Je suis la brume

 
 
 

Date et lieu

Mai 1972, dans le Tennessee.

Sujet

Elle se nomme Rachel. Elle est jolie, jeune. C'est une des rares femmes qui se sont imposées dans le domaine de la bande dessinée. Elle a de l'argent, elle a réussi.Lorsqu'elle quitte la rédaction du journal de Nashville qui l'emploie, ce jour-là, elle est heureuse et gaie. Comment ne pas être heureuse et gaie, lorsque l'on part pour un ravissant bungalow en Floride, où l'amant du moment doit venir la rejoindre ? La Floride… Le soleil, la mer… L'amour et le corps de Gen…

Mais la Floride, le soleil, la mer, Gen, tout cela va s'éteindre brusquement pour Rachel, sur une petite route de montagne dans les collines du Tennessee. Et l'étrange, l'incroyable aventure commencera par la rencontre de ce gueux qui dort dans sa camionnette délabrée, en bordure de route. Ce gueux qui dort et respire normalement, mais qui pourtant pèse du plomb, qui est froid comme la Mort… (4ème de couverture, 1974).

 

Éditions

Couverture de Michel Gourdon.

  • 1ère édition, 1973
  • Paris : Fleuve Noir, I/1974 [impr. : 30/11/1973].
  • 18 cm, 235 p.
  • Illustration : Michel Gourdon (couverture).
  • (Angoisse ; 251).
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    Couverture de Pierre Golvan.

  • 2ème édition, 1982
  • Paris : Fleuve Noir, décembre 1982 [impr. : 20/10/1982].
  • 18 cm, 183 p.
  • Illustration : Pierre Golvan (couverture).
  • (Super luxe Horizons de l'au-delà ; 128).
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    Couverture de Philippe Jozelon.

  • 3ème édition, 1997
  • in La Peau de l'orage.
  • Paris : Fleuve Noir, septembre 1997 [impr. : 09/1997].
  • Illustration : Philippe Jozelon (couverture).
  • (Bibliothèque du fantastique)
  • Texte pp. 327-478.
  • Prix : 69,00 F.
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  • 4ème édition, 2014
  • Paris : éditions Bragelonne, 9 juin 2014.
  • (Bragelonne Classic).
  • Livre numérique.
  • 122 p.
  • ISBN : 978-2-8205-1592-6.
  • Rachel est heureuse, réussit tout, et compte bien passer ses vacances avec Gen en Floride. Pourtant, sur la route, un accident l’emporte. Mais pas de corps. Pas de corps alors que Rachel rencontre un homme sur le bord du chemin, étrange et perturbant, à la rencontre d’un univers parallèle.
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    Première page

    C'était relativement tôt dans le matin, mais le soleil cognait déjà comme un damné. Sous la bâche de la camionnette, cela prenait des allures de fournaise, et tout un tas d'odeurs s'y mélangeaient hardiment. Sueur, vieux tabac, cuir moisi et chaud, odeur de papiers poussiéreux…cent autres encore.

    Cette atmosphère étouffante réveilla Deddie Dull.

    D'abord, il grogna. Se racla la gorge et tenta de cracher. Ensommeillé, un maigre jet plutôt boueux et sec fusa, malhabile, entre ses lèvres et retomba sur son menton hérissé de barbe blonde. Deddie Dull grogna encore, essuya les dégâts d'un revers de main mou.

    Ensuite, il ouvrit les yeux, et sans bouger laissa glisser son regard sur la bâche trouée.

    Un grand moment. Puis avec des gémissements d'écorché vif, il se dressa assis. Alors, il se souvint qu'il était assis dans la caisse de sa camionnette, au milieu de tout son bric-à-brac.

    Il était grand et maigre, la face plate et les yeux parfaitement globuleux, surmontant d'incroyables pommettes saillantes-comme des avancées rocheuses plantées dans quelque falaise abrupte. Ses cheveux étaient un buisson informe et décoloré.

    Un instant, Deddie Dull demeura sans bouger, assis au milieu de ses cartons et de ses rouleaux de fil de cuivre.

    Puis il rota.

    Puis il se souleva sur une fesse, grimaça longuement pour aider un pet qui ne voulut rien savoir.

    Ensuite, il avisa quelques bouteilles traînant ici et là. Elles étaient vides, aussi désespérément vides que la tête de Deddie était pleine de migraine. Pourtant, l'un de ces cadavres conservait, ras le cul, la valeur d'une mince gorgée d'alcool. Deddie Dull gloussa, empoigna le flacon et déboucha fébrilement. Il vissa le goulot à ses lèvres, renversa la tête. En rien de temps, c'était fait.

    Il demeura hagard quelques instants, puis hocha la tête. Lança ses longues jambes au dehors du plateau et descendit de sa camionnette.

    La route était parfaitement déserte, silencieuse. Elle s'enfonçait tout droit sous le couvert de la forêt, disparaissait en tournant après quelques dizaines de yards de ligne droite. il y avait, là-haut, un fameux soleil de fer, et ça faisait des tas d'éclats lumineux dans les branches des pins. La -dessus, mettez un bon millier d'oiseaux complètement dingues….

     

    Épigraphe

    Je suis Lilith-Isis, l'âme noire du monde.
    Tremble ! L'être inconnu, funeste, illimité,
    Que l'Homme en frémissant nomme Fatalité,
    C'est moi ! Tremble ! Ananké, c'est moi. Tremble ! Le voile,
    C'est moi. Je suis la brume, et tu n'es que l'étoile ;
    Tu n'es qu'un des flambeaux possibles ; moi je suis
    La noirceur éternelle et farouche des nuits ;
    Je suis la bouche obscure et soufflant sur les phares ;
    Va-t'en ! Malheur à toi, ver luisant qui t'égares !
    Qu'est-ce que tu viens faire ici ? Va-t'en. Ces lieux
    Sont du ciel et du jour et du maître oublieux.
    (Victor Hugo, La Fin de Satan).

     

    Revue de presse

    Fleuve Noir Informations

    Février 1974

    Je m'appelle Gen.

    Il y a eu le coup de téléphone de Peggy, ce matin là. Peggy m'annonçait l'accident de Rachel. Je savais bien que Rachel était partie par la route pour la Floride : je devais la rejoindre, et on avait presque un mois de soleil devant nous, pour nous deux.

    A voir la voiture, on ne pouvait pas en vouloir au shérif du patelin de croire en la mort de Rachel. Une fameuse dégringolade ! Seulement, pas de trace du corps. Pas de Rachel. On avait retrouvé son carnet d'adresses. Sur le carnet, des adresses et des dates, comme un répertoire soigneusement tenu. Le plus étrange était que certaines de ces dates s'éloignaient en avant dans le temps. Dans le futur. Et que c'était des dates de mort. Et que la mort, c'était moi.

     

    Horizons du Fantastique

    N° 28, juillet 1974. Markus LEICHT, p. 83

    Ce troisième roman fantastique de Pierre Suragne commence d'une manière si classique que le lecteur peut se demander si l'auteur pour une fois ne s'est pas laissé dépasser par son sujet.

    Jugez-en plutôt : à la suite d'un accident de voiture, une jeune femme se retrouve dans un étrange univers parallèle. L'habitué de la collection a tôt fait de comprendre que la jeune femme en question est morte. Scénario on ne peut plus classique abordé par de nombreux débutants. Mais Pierre Suragne lui n'est pas un débutant. Et c'est là que nous retrouvons toute sa maîtrise. Car sur ce thème archi-classique, il parvient à construire une histoire particulièrement originale.

    C'est ainsi que nous découvrons dans l'"au-delà" une organisation au rôle inattendu.

    Je n'en dirai cependant pas plus pour ne pas déflorer le sujet de cet excellent roman dans lequel le fantastique pur côtoie une poésie de l'étrange qu'on ne retrouve que dans les grandes œuvres du genre.

    Pierre Suragne s'affirme non seulement comme une recrue de choix pour la série Anticipation du Fleuve, mais également comme une valeur sûre de la série Angoisse.

     

    Les Nouvelles littéraires

    10 février 1983. Monique GEHLER

    Dommage, voici un roman dont la première partie s'annonçait sous d'heureux auspices littéraires. On pouvait penser à Caldwell, notamment, à qui l'auteur fait un petit clin d'œil. Il y avait là une véritable atmosphère américaine de grandes routes désertes, petit village paumé avec pour toute distraction un bar et le fameux poste d'essence. Soudain, un accident…

    Il vaudrait mieux s'arrêter là, car la suite vire à la métempsycose molle et mal digérée.

     

    Fiction

    N° 339, avril 1983. Dominique WARFA, pp. 160-161

    Les rééditions auxquelles se livre périodiquement le Fleuve Noir, tant de la collection Anticipation que, comme ici, de la collection Angoisse, ont ceci d'intéressant, outre l'intérêt propre des ouvrages présentés, qu'elles permettent d'appréhender une strate particulière de l'œuvre d'un écrivain, strate passée sur laquelle il est souvent bon de revenir. Ainsi des quelques romans fantastiques écrits par Pierre Suragne, alors qu'il n'était pas encore Pelot. La Peau de l'orage, Duz, aujourd'hui Je suis la brume, furent peut-être, il n'y a guère, trop vite lus et trop vite oubliés.

    On découvre en y revenant que la fascination des États-Unis est une constante chez Pelot - jusqu'à influencer son écriture. Dernièrement, trois romans policiers de sa plume - L'Été en pente douce, Pauvres z'héros et La Forêt muette - semblaient dériver davantage de James Cain et de quelques autres spécialistes de l'Amérique profonde que du polar français, malgré leur insertion dans un cadre géographique hexagonal. On a répété à satiété combien Pelot utilisait des techniques d'écriture fortement américanisées, au confluent de Dick et de William Irish.

    Ici, un genre aussi codé que le fantastique, historiquement situé pour l'essentiel en Europe, se voit transplanté en plein cœur du Middle West. Le récit évolue dans des décors de stations-service et de bourgades perdues qui évoquent davantage Steinbeck ou Caldwell (d'ailleurs nommément cité) que Nodier ou Hoffmann. En ce sens, l'inspiration de Pelot n'a guère varié, et il serait curieux de s'en étonner aujourd'hui alors que la tendance était parfaitement lisible voici plusieurs années déjà.

    Cela dit, Je suis la brume est une agréable histoire thématiquement classée dans le registre "survie après la mort", avec un soupçon d'ésotérisme judéo-chrétien (le mythe de Lilith). La mort est la vraie vie, et c'est sur Terre que nous "vivons" notre véritable mort, littéralement infernale. Ce n'est pas bien original, mais le récit se tient et la technique permet à la sauce de prendre. Je suis intimement persuadé que c'est dans ce genre d'ouvrages sans trop de prétentions que gît le véritable Pelot.

     

    La Liberté de l'Est

    22 octobre 1997. Raymond PERRIN

    Pierre Pelot : come back puissance 4

    En attendant la parution du deuxième tome de sa saga préhistorique prévue début 1998, Pelot offre à chacun l'occasion, grâce à des rééditions automnales, d'apprécier cinq facettes de son talent multiforme.

    [...] Si Je suis la brume a pour cadre les U.S.A., le 4ème récit est né des Brouillards de la Haute-Saône comme l'étrange Marine, son héroïne.

     

    Page créée le mercredi 15 octobre 2003.