L'Été en pente douce

 
 
 

Date et lieu

En août 1980, à Vizentine (Saint-Maurice-sur-Moselle), dans les Vosges.

Sujet

Quand on est "différent", un petit village de province n'est pas exactement le meilleur endroit pour être heureux. Fane ne demande pourtant qu'une chose : qu'on lui fiche la paix. Il veut vivre tranquillement, en buvant de la bière, entre son frère un peu simple et sa jolie petite amie. Mais c'est sans compter la morale, la jalousie, et la haine... jusqu'à l'explosion finale. (4ème de couverture, 1980, 1981, 1987, 2001).

Ce roman a été adapté pour le cinéma en 1986 par Gérard Krawczyk, avec Pauline Lafont, Jean-Pierre Bacri...

 

La petite histoire... Pierre Pelot écrit, dans Fiction n° 317 (avril 1981, p. 189) : "Petite information en passant qui illustrera l'allusion de l'échotier concernant ma possibilité de "carrière" littéraire dans le mainstream : L'Été en pente douce a été lu - sait-on jamais !- et refusé par Belfond, Gallimard, Grasset, Albin Michel, Le Seuil, Alta, Sagittaire, Calmann-Lévy, Lattès, Stock... (En note : Tiens, je n'ai pas essayé Laffont. Ca vous intéresserait, mes livres "noirs", M'sieur Laffont ?). Au bout d'un certain nombre, ça lasse. Un jour, si vous êtes sages, je vous donnerai quelques-unes des raisons de ces refus... Résultat, ce bouquin termine sa carrière avant de la commencer - j'en suis certain - aux éditions Kesselring qui sont en train de sombrer... qui, en tout cas, remuent une merde noire. Fermons la parenthèse, sur le néant total des articles de presse concernant à ce jour et à ma connaissance ce roman - sauf un rot délicat d'un mongolien quelconque dans une revue chatoyante que je ne citerai pas : donc, comme je le disais, le néant."

 

Éditions

Couverture de Sylvain Brossard.

  • 1ère édition, 1980
  • [Yverdon, Suisse] : Kesselring, III/1980 [impr. : 08/1980].
  • 24 cm, 204 p.
  • Illustration : Sylvain Brossard (couverture).
  •  

    Couverture de Patrick Magaud.

  • 2ème édition, 1981
  • Paris : Fleuve Noir, IV/1981 [impr. : 20/10/1981].
  • 18 cm, 189 p.
  • Illustration : Patrick Magaud / Look (couverture).
  • (Engrenage ; 35). Collection dirigée par Alex Varoux et Caroline Camara (1979 - 1985).
  • ISBN : 2-265-01815-5.
  •  

    Couverture de Bernard Bernhardt.

  • 3ème édition, 1986
  • Paris : France Loisirs, avril 1986 [impr. : 00/00/1986].
  • 21 cm, 189 p.
  • Illustration : Bernard Bernhardt, d'après l'affiche du film de Gérard Krawczyk (couverture).
  • ISBN : 2-7242-3407-3.
  • Réimpressions : 04/1987 [impr. : 09/04/1987], 09/1987 [impr. : 03/09/1987], 1988 ?
  •  

    Couverture de Bernard Bernhardt.

  • 4ème édition, 1987
  • Paris : Fleuve Noir, mai 1987 [impr. : 05/1987].
  • 18 cm, 183 p.
  • Illustration : Bernard Bernhardt, d'après l'affiche du film de Gérard Krawczyk (couverture).
  • (Grande dif).
  • ISBN : 2-265-03599-8.
  •  
  • 5ème édition, 1992
  • Paris : J'ai Lu, juin 1992 [impr. : 23/06/1992].
  • 17 cm, 189 p.
  • Illustration : Bernard Bernhardt, d'après l'affiche du film de Gérard Krawczyk (couverture).
  • (Roman ; 3249).
  • ISBN : 2-277-23249-1.
  •  

  • 6ème édition
  • Brain-sur-L'Authion (Maine-et-Loire) : CNELBLA, [s.d.].
  • Livre en braille (7 volumes).
  •  

    Photo DR.

  • 7ème édition, 2001
  • Paris : Folio, mai 2001 [impr. : 2/05/2001].
  • 18 cm, 243 p.
  • Illustration : photo D.R. de Pauline Lafont dans le film de Gérard Krawczyk (couverture).
  • (Folio policier ; 210).
  • ISBN : 2-07-041468-X.
  •  

  • 8ème édition, 2014
  • Paris : Editions Gallimard, 7 mai 2014.
  • (Folio Policier).
  • Livre numérique.
  • 256 p.
  • ISBN : 978-2-0724-7122-3.
  • Quand on est différent, un petit village de province n'est pas exactement le meilleur endroit pour être heureux. Fane ne demande pourtant qu'une chose : qu'on lui fiche la paix. Il veut vivre tranquillement, en buvant de la bière, entre son frère un peu simple et sa jolie petite amie. Mais c'est sans compter avec la morale, la jalousie et la haine... jusqu'à l'explosion finale.
  •  

    Première page

    Il n'était pas du genre à se laisser impressionner facilement - du moins en apparence -, mais tout même, la lecture du journal, rubrique "avis de décès", semblait lui avoir porté un coup. Il avait juré, grommelé des choses, et Lilas avait compris le principal. Pour confirmation, elle s'était reportée au journal. Depuis, Fane n'avait pas desserré les dents. Ou presque. Juste pour des banalités. Et pour enguirlander Lilas qui n'en finissait pas de se préparer. Lui, il s'était vaguement passé un coup de peigne dans les cheveux, c'est tout. Il n'avait pas mangé.

    Fane transpirait. De grosses gouttes de sueur perlaient sur son front ridé, coulaient dans ses yeux, le long de son gros nez, puis se décrochaient n'importe comment et tombaient un peu partout, sur sa chemise, son pantalon, sur ses mains - la droite gantée et la gauche nue - sur le volant. La sueur mouillait son front et le côté gauche de son visage, le droit était intact - c'est-à-dire qu'il y avait seulement les cicatrices entrecroisées, roses et violacées, la peau luisante mais sèche sur laquelle ne poussait pas un poil de barbe. C'était bizarre. Lilas ne s'y était pas encore habituée.

    Une autre chose qui avait étonné Lilas (mais elle avait ravalé tout commentaire à ce propos), c'était la façon qu'avait Fane de conduire la voiture avec sa main intacte et l'autre amputée de quatre doigts. Le moignon avait une drôle d'allure, avec juste le pouce qui émergeait comme une espèce de crochet incongru, les quatre doigts sectionnés au ras de la paume. Il portait un gant à cette main-là et il avait une manière toute particulière d'envelopper le volant avec les doigts vides, pour les pincer sous le pouce.

    Lilas trouvait Fane fascinant. Elle ne le lui avait pas dit - ni à lui, ni à personne d'autre, d'ailleurs - mais cela se lisait dans ses yeux quand elle le regardait. Les entrelacs de cicatrices qui recouvraient la partie droite du visage de Fane ne la dérangeaient pas. On pouvait le trouver hideux, à cause de cela, mais cela pouvait également lui donner un certain charme…Sa main droite aux doigts sectionnés également. Il ne portait pas ces marques dures honteusement, au contraire, il avait tendance à la provocation. C'était peut-être à cause de cela.

    En fait, Lilas était rudement contente d'être avec Fane - particulièrement en ces moments difficiles. Elle le connaissait depuis un mois, environ. Depuis le début marqué des grosses chaleurs de l'été. Elle vivait alors avec ce salaud de Claude Shawenhick, dans un logement de trois pièces des anciennes cités ouvrières (des logements que les patrons en faillite des tissages louaient maintenant à n'importe qui et ne réservaient pas, comme avant, aux ouvriers des usines en priorité ; la preuve : ce salaud de Claude Shawenhick travaillait pour un entrepreneur de travaux public, et Fane était employé dans le magasin à grande surface de la sortie de la ville). Elle était avec ce salaud de Shawenhick, et Fane avait emménagé dans le logement d'en face. Ils avaient tout de suite sympathisé. Une fois, pas longtemps après la première cuite prise en commun, Fane avait dit, tout en frottant doucement ses cicatrices faciales du bout des doigts de sa main gauche, comme il le faisait quand un problème le turlupinait (et on sentait généralement que c'était du sérieux), Fane avait dit : "J'ai entendu gueuler Lilas, cette nuit. Tu trouves utile de lui foutre des trempes ?" Ce salaud de Shawenhick avait répliqué que "les femme, ça se dresse" - une fois sur deux, il ouvrait sa grande gueule pour proférer ce genre de sentence. Fane avait hoché la tête, sans rien dire, en avalant une gorgée de bière tiède. Il avait jeté un coup d'œil à Lilas, et celle-ci avait compris qu'elle comptait pour lui. Elle s'était sentie toute regonflée.

    Maintenant, c'était fait : elle avait changé de logement. Fait sa valise, ramassé ses revues de cinéma pour émigrer de l'autre côté du palier. Elle vivait avec Fane. Depuis cette nuit de mercredi à jeudi. Fane l'avait achetée à Claude Shawenhick pour une caisse de vin, un lapin et cinquante francs. Ils avaient bu la caisse de vin ensemble, tous les trois, et mangé le lapin ; le lendemain matin, Fane avait donné les cinquante francs à Claude qui, dessoûlé, avait fait mine de vouloir revenir sur sa décision, mais c'était trop tard.

    On était vendredi.

     

    Prix littéraires

    Premier prix du Festival de l'Insolite, La Garde-Freinet 1982.

     

    Page créée le jeudi 30 octobre 2003.