2003 —
Le Grand livre des élus vosgiens
HANUS Jean (Marie Léon)
(2 décembre 1891, Charmes - 23 novembre 1966, Charmes)
• Conseiller municipal de Charmes de 1929 à 1945
• Conseiller départemental des Vosges de 1942 à 1944
• Brasseur
• Marié, quatre enfants
À mi-chemin entre Epinal et Nancy, Charmes, patrie de l'écrivain Maurice Barrès, jouit d'une renommée universelle grâce à ses bières de prestige qui attirèrent le brasseur allemand Hans Kanter et la création, en partie, de la fameuse bière KB (Kanterbräu). Une très belle aventure à laquelle il faut évidemment associer la famille Hanus. Le premier membre de cette famille est Marc, rejoint ensuite par ses deux fils, Achille et Edmond. Le premier nommé quitte Charmes et part pour Paris. Les fils d'Edmond, Antoine, Marc et Pierre, rachètent ses parts et forment, le 1er juillet 1892, la Société Hanus frères. C'est l'heure du grand développement.
[Légende de la photographie] Dans le bureau de la brasserie de Charmes (de gauche à droite) : Jean Hanus, conseiller départemental, son fils Michel, son frère
André et son neveu Etienne
Après la Grande Guerre, Antoine Hanus appelle à la co-gérance son fils Jean, puis son fils
André. Hélas ! Le patriarche décède rapidement le 30 septembre 1925. Ce sont donc ses deux fils qui prennent, en 1926, la double gérance de la société
Les Grandes Brasseries de Charmes et
les Fils d'Antoine Hanus et Compagnie. Après avoir fait des études en Allemagne où il obtient le diplôme d'ingénieur de l'Ecole technique de Manheim, Jean Hanus est appelé à seconder son père, puis à lui succéder. Jean Hanus arrive à la tête de la plus importante industrie brassicole vosgienne portant très haut et très loin, le renom de la cité carpinienne. C'est lui qui rencontre à Bordeaux, le brasseur berlinois Hans Kanter, de religion juive et qui a fuit son pays et le régime nazi. La fabrication de la
KB à Charmes naît de leur entente. Malheureusement, Hans Kanter ne pourra profiter pleinement du succès considérable de sa bière car la maladie le frappe cruellement à Zurich en Suisse, où il a trouvé refuge auprès de sa fille. Une leucémie l'emporte la veille de la
drôle de guerre.
À côté de sa formidable carrière professionnelle, Jean Hanus a un passé militaire brillant. Il est l'un des rares aviateurs de la Grande Guerre à compter 200 heures de vol en qualité d'observateur, ce qui lui vaut de recevoir la croix de chevalier de la Légion d'honneur sur le champ de bataille, le 23 juin 1918. Après avoir été également décoré de la croix de guerre avec cinq citations, le brasseur est de nouveau mobilisé du 2 septembre 1939 au 2 avril 1940. Lors de la libération de Charmes, il sert dans les rangs des F.F.I durant plusieurs mois. Jean Hanus s'éteint le mercredi 23 novembre 1966 en son domicile carpinien, rue Marcel-Goulette. Ses obsèques ont lieu trois jours plus tard en l'église de Charmes où, selon ses vœux, aucun discours n'est prononcé. Ainsi disparaît le co-gérant des fils d'Antoine Hanus.
Cinq ans plus tard, le couperet tombe. La brasserie de Charmes ne répond plus présente qu'aux nostalgiques d'un passé prestigieux. Contrairement à de nombreux industriels de la région, la famille Hanus n'a jamais
tombé sous le charme électoral de leurs concitoyens. Jean Hanus est seulement conseiller municipal de Charmes de 1929 à 1945. À ce titre, il est nommé en 1942, conseiller départemental. Une assemblée qui préside aux destinées des Vosges durant la Seconde Guerre mondiale. Marié à Marie-Thérèse Dulceux, Jean Hanus était père de quatre enfants : Anne-Marie, Jacques, Michel et Jean-Claude.