CONSTANT

[ Bruyères (88) , 1823 – Épinal (88) , 09/01/ 1871 ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1872 — Annuaire administratif des Vosges 1872 / Léon Louis

L’abbé Constant, curé d’Épinal.- Depuis un an, le diocèse de Saint-Dié a été cruellement éprouvé. Des ecclésiastiques, jeunes encore et pleins d’avenir, des prêtres vénérables sont tombés sous les coups de l’épidémie variolique, victimes du dévouement et de leur devoir. Mais, parmi ces nombreuses et rapides disparitions, une des plus tristes a été celle de M. l’abbé Constant, curé d’Épinal, né à Bruyères en 1823, et mort le 9 janvier 1871.

Doué d’une intelligence brillante et de tous les dons extérieurs qui séduisent et qui dominent, l’abbé Constant allait, plein de courage et d’ardeur, par les chemins de l’âge mûr. Il touchait d’un pied fier une terre qui ne l’a jamais captivé, aimant la vie comme l’aiment les belles âmes, en la dédaignant, et parlant de la mort comme on en parlerait à vingt ans, dans les illusions de la première jeunesse. C’était une âme puissante et vigoureuse, dès longtemps préparée au ministère sacerdotal qu’il a si dignement exercé parmi nous.

Quelques mois avant son ordination, en 1847, M. l’abbé Constant fut nommé professeur d’histoire au séminaire de Châtel. Possédant des facultés heureuses, il sut leur donner encore plus de puissance en les concentrant dans une étude dont le champ est immense et les détails infinis. Dans les enseignements féconds des siècles qui ne sont plus, il a puisé cette élévation de pensées, cette sûreté de jugement et cette netteté d’appréciation qui ont toujours dirigé sa conduite. Mais une tâche plus pénible et plus ardue l’attendait. Préparé par le travail et la solitude, il se voua bientôt, sous le nom modeste de prêtre auxiliaire, à l’apostolat des missions diocésaines. Sept années consécutives, sa voix retentit dans les villes et dans les campagnes ; se dévouant pour ses frères, il portait à tous avec zèle, science et discrétion la parole divine. Faut-il alors s’étonner que M. l’abbé Constant, mûri par le sacrifice et l’expérience, ait laissé soit à Rochesson, sa première paroisse, soit à Épinal, où il fut appelé en 1864, une mémoire vénérée et d’unanimes regrets ?

C’était l’homme de la paix, inflexible sur les principes ; dans les questions complètement libres, il préférait les moyens de conciliation ; c’était l’homme du dévouement et de la miséricorde. C’était un spéculateur, mais dans le sens divin du mot ; il spéculait le bonheur pour les autres et la fatigue pour lui. C’était enfin l’homme de la charité. Il s’est constamment oublié, il s’est dépouillé pour enrichir les autres. Sa charité a pris toutes les formes du beau et du bien, toutes les nuances délicates de la bienveillance et de la consolation : elle a épié la trace des douleurs et il en est peu qui ait entièrement échappé à son influence salutaire.

Aussi, quand brisé par la maladie, M. l’abbé Constant eut exhalé son dernier soupir, les pauvres et déshérités, guidés par la reconnaissance, se sont pressés, nombreux et attendris, autour de son lit funèbre, et en le voyant, il était impossible de ne pas songer aux gloires de la charité et au triomphe de la bonté. Ce n’est pas seulement dans les rangs du clergé que cette mort rapide a soulevé d’immenses regrets ; elle a arraché à notre population spinalienne le même accent de douleur. Ses oeuvres sont connues ; sa générosité est gravée sur la pierre en caractères ineffaçables, et longtemps son souvenir vivra dans la population d’Épinal, dont il était le bienfaiteur et l’ami.

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