Maurice BARRES
[
Charmes (88), 19/08/1862
–
Neuilly-sur-Seine (92), 04/12/1923 ]
homme de lettres
Auteur vosgien
Biographie vosgienne
- 1862 - 1923
- Académicien français, né à Charmes (Vosges) le 19 août 1862, mort à
Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) le 4 décembre 1923.
L’article suivant, que l’on doit à Georges Poull, est paru dans Les
Vosgiens célèbres (éd. Gérard Louis, 1990) :
Maurice Barrès est le fils d’Auguste, receveur des impôts à Charmes, et
d’Anne Claire Luxer. Sa famille paternelle est originaire d’Auvergne, mais sa mère
appartient à une ancienne lignée lorraine. Il est âgé de huit ans quand les
Allemands envahissent les Vosges et il souffre de voir sa patrie déchirée,
mutilée et partiellement asservie. Il fait ensuite de bonnes études au collège
catholique de La Malgrange à Nancy.
En 1883, il se rend à Paris afin de se mêler à la vie mondaine, littéraire
et politique. Les articles qu’il publie presque aussitôt dans les revues
d’avant- garde sont immédiatement remarqués. En 1884, il lance une revue périodique,
Les Taches d’encre, dont les rares numéros sont entièrement écrits de
sa main. Il lit de préférence Taine, Renan, Leconte de Lisle, Stendhal et
Spinoza. Il se qualifie volontiers de "gamin trop sensible et trop
raisonneur", et il nous indique que sa raison "condamne ce que son cœur
parfois ne peut s’empêcher d’aimer". Son style contraste absolument avec
l’écriture artiste que les Goncourt ont mise à la mode. Sous l’œil des
Barbares (1888), Un homme libre (1889) et Le Jardin de Bérénice
(1891) forment une trilogie dont le lien est l’égotisme. Ces romans sont
consacrés à la définition du "moi", à sa liturgie, à son éducation
et à sa mise en défense contre les "Barbares". Le "moi" étant
la seule réalité sensible, l’égotisme conduit logiquement à l’individualisme
anarchique. Il a pour précepte de conduite : "Ne faisons de peine à aucun
être". Il est inutile de légiférer.
Pendant ce temps, Barrès soutient la politique du Général Boulanger. Élu
député de Nancy en 1889, il siège à la Chambre jusqu’en 1893. Au cours de
cette année, il publie L’Ennemi des lois en même temps que Le Culte
du moi, examen de trois idéologies. Il reste fidèle à l’égotisme tout en
passant de la méditation à l’action, qui prolonge sa vie intérieure. Il loue
l’énergie individuelle et montre des préoccupations de solidarité dans le
recueil de récits, de descriptions et de pages de critiques qu’il réunit sous
le titre Du sang, de la volupté et de la mort en 1895.
A partir de cette époque, Barrès se donne volontairement une discipline et
recherche une règle qu’il trouve dans la fidélité à "la Terre et aux
Morts". Le sort de l’individu lui apparaît comme lié au sort de la race.
Le culte agissant de l’âme ancestrale, de la tradition et de l’énergie
nationale succède chez lui au culte subtil et raffiné du "moi". Il
indiquera plus tard que "c’est par la méditation intérieure et par
l’analyse que j’ai vu la terre et les morts, c’est-à-dire la nature faisant le
fondement de la personnalité, formant et alimentant notre individu". Ses
romans Les Déracinés (1897), L’Appel du soldat (1900) et Leurs
figures (1902) constituent un ensemble cohérent dans lequel il nous montre
que les individus composant une nation ne doivent pas être des "citoyens
du monde", mais se considérer comme possédant en commun "des
souvenirs, des mœurs, un idéal héréditaire". S’ils savent "se pénétrer
des habitudes accumulées au cours des siècles, ils seront forts et la nation
sera résistante.
Au service de l’Allemagne (1905) est un épisode de la lutte séculaire qui se poursuit en Alsace entre le pangermanisme et la culture latine. Ce roman inaugure la série des Bastions de l’Est, qui a pour suite Colette Baudoche, histoire d’une jeune fille de Metz (1909). Cette période est faste pour l’auteur qui a été élu député de Paris en 1906 et académicien le 26 janvier de la même année. Sous la coupole, il succède à José Maria de Hérédia dont il fait l’éloge.
Aux marais d’Aigues-Mortes, de Ravennes et de Venise, aux paysages de Tolède
qu’il décrit en 1912 dans Le Greco ou Le Secret de Tolède, il préfère
bientôt le "modeste cimetière lorrain" où devant lui "s’étale
sa conscience profonde". Il incarne désormais dans le mouvement idéaliste
cette forme de tradition qu’il définit ainsi : "Notre terre nous donne une
discipline et nous sommes le prolongement de nos morts".
La Colline inspirée (1913) est sans doute son chef d’œuvre. L’histoire a pour cadre
la colline de Sion-Vaudémont, acropole lorraine, pauvre et modeste éminence,
mais "coteau d’éternité" où "nos sentiments rejoignent ceux de
nos prédécesseurs, s’en accroissent et croient y trouver une sorte de perpétuité".
Parallèlement, à la suite de la publication de la loi de séparation, il
entreprend une campagne très active pour assurer la sauvegarde des églises.
Les discours qu’il prononce à la Chambre des Députés les 16 janvier 1911, 25
novembre 1912 et 15 mars 1913 ont pour corollaire la publication en 1914 de La
Grande pitié des églises de France, où il demande notamment "une
alliance du sentiment religieux avec l’esprit de la terre".
Lorsque la guerre éclate, Maurice Barrès se fait journaliste patriote. La
grandeur des événements, une immense gloire à chanter lui fournissent une
illustre matière. Il publie ensuite Les Diverses familles spirituelles de la
France (1917), L’Appel du Rhin (1919), Le Génie du Rhin
(1921). Un jardin sur l’Oronte (1922) marque son retour au romanesque le
plus ardent. Il meurt dans son hôtel de Neuilly quelques mois plus tard. La
publication posthume de ses Cahiers révèle avec quelle finesse il a su
analyser ses contradictions et quel regard critique il a porté sur son
personnage officiel.
Sur la "Colline inspirée", à Sion-Vaudémont, une lanterne des morts est élevée à sa mémoire. Le 2 novembre 1952, une stèle à son effigie est inaugurée sur la place de l’Hôtel de Ville de Charmes.
Chaque année depuis cette époque, le président de Terre lorraine, assisté des membres de cette association et des personnalités de la région, célèbre la grandeur du chantre de la Lorraine au cours d’une cérémonie qui se déroule à la Toussaint.
Nouvelle recherche