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GAUTIER D’ÉPINAL

[ ?? , 1230 – , 1270 (40 ans) ]

trouvère

Biographie vosgienne

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

GAUTIER D’ÉPINAL, chansonnier
décédé vers 1270/1272


Ce chevalier lorrain, protégé par les comtes de Vaudémont et ceux de Champagne, est l’auteur d’une vingtaine de chansons d’amour actuellement connues, composées au milieu du XIII° siècle. Elles s’inscrivent dans la tradition de la poésie amoureuse courtoise et ne sont pas dépourvues d’agrément, qu’elles doivent davantage à leur style et à leur rythme qu’à l’originalité de la pensée.


Bibl. : Dictionnaire des lettres françaises, Le Moyen Age, Paris, 1964, p. 301.


[ Albert Ronsin ]

1995 — Fabrice Thomas

Biographie de Gautier d’Epinal.- Le XIIe siècle lorrain fut un véritable désert dans le domaine de la fine amors ; le XIIIe, quant à lui, nous a livré quelques poètes dignes d’intérêt. On peut en mentionner plusieurs :
- les trouvères messins aujourd’hui quelque peu oubliés Aubertin des Arvols (fils d’un habitant aisé de la ville de Metz, il mena une vie errante faute d’avoir su gérer l’héritage paternel), Jean le Taboureur (le seul renseignement qu’on ait sur lui est qu’il vivait à Metz dans le quartier de Port-Sailly) et Anchise de Moivrons (on sait qu’il venait d’un village gouverné par des moniales de Sainte-Glossinde),
- également le comte Henri II de Bar (ce protecteur de Gautier d’Epinal mourut aux croisades aux côtés des croisés français),
- et les deux Vosgiens Garnier d’Arches (protégé d’Henri II, comte de Luxembourg. On lui attribue deux chansons bien que d’autres pièces puissent être de lui) et Jacques d’Epinal (il n’était pas de la famille de Gautier et ne nous a laissé qu’un seul poème).

Mais les deux figures dominantes de la poésie courtoise lorraine sont incontestablement Colin Muset* et Gautier d’Epinal. Ce dernier est l’auteur d’une oeuvre de belle facture et, comme le fait justement remarquer G. Muraille, il manie rythmes et rimes avec une libre maîtrise et sait, à l’occasion, donner du relief à son style**.

Sur Gautier d’Epinal (ou Wautiers d’Espinalz), on ne sait que peu de choses sinon qu’il vécut approximativement entre 1230 et 1270, et qu’il fut seigneur de Ruppes (village vis-à-vis de Domrémy). Bien qu’issu de la famille qui donna plusieurs voués à la ville d’Epinal (le voué est l’administrateur d’une seigneurie écclésiastique, il est laïc mais dépend de son évêque), il semble n’avoir rien possédé dans cette ville.

Par l’intermédiaire de ses chansons, on parvient toutefois à obtenir quelques renseignements complémentaires. Par exemple dans la troisième il écrit :
En perillose contree
Me sot fine amors laissier,
Champaigne bieneüree,
Que ne m’eüstes premier !
Plus legier
En fussent mi desirier
Entre la gent apensee.


Il ne peut taire la difficulté qu’il éprouve à vivre dans cette Lorraine (la perillose contree) imperméable à l’esprit courtois et dont la rudesse de vie (générée par les rivalités incessantes et les luttes multiples des seigneurs lorrains) ne pouvait que lui faire envier la vie plus sereine qu’offrait, à la même époque, la cour de Champagne.

Dans d’autres chansons, il nous donne le nom de ses plus grands protecteurs. Ainsi dans la douzième (Mon bon seignor de Bar), il est fait allusion à Henri II de Bar. Dans la treizième, il s’agit cette fois de Hugues III de Lorraine (Mon bon seignor Huon) qui était également comte de Vaudémont : une charte de 1240 nous apprend que Gautier d’Epinal s’était reconnu vassal de ce Hugues III de Lorraine (mort en 1241). Dans la quinzième chanson, il est fait mention de Philippe de Boulogne, fils de Philippe Auguste, qui prit la tête du comté de Bar en 1229 :
Chançons, Phelipe salue,
Le conte sené,
Qui a France maintenue
Et resconforté.


On peut ainsi déterminer l’entourage dans lequel notre chevalier-poète vivait, c’est-à-dire essentiellement auprès des comtes de Vaudémont, de Bar et de Champagne. Ses origines nobles lui permirent de ne pas avoir à quémander les secours financiers de ses protecteurs, et il put se consacrer à l’écriture de sa délicate poésie.


[Les Chansons de Gautier d’Epinal, in revue Aisthésis, N° 1, printemps 1995, pp. 5-49].


* Auteur de vingt chansons, il naquit vers 1210 aux confins de la Champagne, de la Bourgogne et de la Lorraine (actuelle Haute-Marne). On garde de lui l’image du joyeux trouvère courant les provinces françaises en quête d’un mécène lui accordant de bons repas arrosés de bons vins en échange de quelques chansons. Colin Muset, plus champenois que lorrain malgré ses rapports étroits avec la cour de Lorraine, est reconnu actuellement comme l’un des grands poètes du moyen âge. On consultera avec profit l’édition de J. Bédier : Colin Muset, les chansons (Paris, 1969).

** Dictionnaire des lettres françaises, Le moyen âge (Paris, 1964, p. 301).
 

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