GRATIA (Louis Charles).- Né à Rambervillers ; c’est un peintre distingué, qui a obtenu une 3e médaille au Salon de 1844 et un rappel de médaille en 1861.
1897 —
Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve
Rambervillers, cette petite ville des Vosges, a le droit d’être fière d’avoir vu naître dans ses murs un des enfants les plus illustres de la Lorraine. De bonne heure, son père l’emmena à Paris et le mit dans l’atelier d’Henry Decaine qui devina bientôt les aptitudes de son élève et prédit qu’il irait loin dans les arts.
L. Gratia a débuté au Salon de 1837. Depuis cette époque, tous les ans il envoya au Salon des Champs-Élysées. Citons les plus connus de ses toiles et pastels :
- M. le comte d’Eu ;
- Mme la comtesse de Solms, née Lëtitia Bonaparte ;
- La comtesse de Woldegrève ;
- John Blakwood ;
- Le colonel Donalle ;
- Le général Stuart ;
- Le capitaine de marine Belcher et le capitaine Aumanney, à la veille tous deux de partir à la recherche de Franklin ;
- Le naturaliste Verreaux ;
- Miss Carrington ;
- Lady Norreys ;
- Lord Follet ;
- Lord Willoubey, premier chambellan de la reine ;
- Mme Salomon de Rothschild et sa fille ;
- Le maréchal et la maréchale Bazaine ;
- Le général comte de Montaigu ;
- Le cardinal Lavigerie ;
- L’Homme d’arme ;
- Corsaire turc ;
- Jeune liseuse, acheté récemment par l’État, etc., etc.
Et dans presque tous les salons et galeries de nos Lorrains et Vosgiens on admire des oeuvres du maître, soit des portraits de famille, soit de ces têtes de fantaisie qui ont tant de charme, soit la tête expressive de l’auteur. Et chacun exprime tout haut le regret que le musée de Nancy ne possède pas une oeuvre de son artiste Lorrain, ce maître du pastel dont Charles Blanc, le critique par excellence, disait : M. L. Gratia n’a point de rival dans le genre pastel ; il sait lui donner la chaleur de ton unie à la fraîcheur et au velouté des teintes, la vigueur du coloris, l’harmonie, et il en assure la durée en fabriquant lui-même ses crayons.
En 1844, il a obtenu une médaille de troisième classe, son rappel en 1861. Depuis cette lointaine époque, il est hors concours. De l’Académie de Stanislas en 1868, une première médaille et une médaille d’honneur en 1870.
Lorsque s’organisa la société des Artistes lorrains, il en fut élu président à l’unanimité. Il est membre de la société des Artistes français depuis 1882.
Il est l’auteur d’un Traité sur le pastel qui a paru en 1890.
Jusqu’en 1848, M. Gratia habita Paris où il avait alors une très belle situation, puis la Révolution arrêtant tous les travaux, il se réfugia en Angleterre où il resta 17 ans. Meissonnier qui déplora souvent l’absence de son ami était alors bien lancé et avait de très belles relations.
De retour en France, en 1861, il habita alternativement Lunéville et Nancy. En butte aux mesquines jalousies de quelques-uns de ses contemporains qui se plaignaient qu’il vivait trop longtemps, il s’en affecta et revint à Paris où il travaille encore malgré son grand âge. Tous les artistes louent cette science profonde de dessin, ce chaud coloris, loin de baisser ses oeuvres sont de plus en plus saisissantes. Et cependant cet artiste semble aujourd’hui relégué et voué à l’oubli.
Que d’exemples de ce sort injuste qui atteint les hommes de talent qui illustrent leur époque et leur pays. On s’accorde à dire que les toiles de Gratia se vendront un jour leur pesant d’or, et il en faudrait si peu de cet or pour adoucir les dernières années de cet homme de bien et lui permettre de terminer paisiblement sa carrière.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
GRATIA (Charles Louis), peintre
Rambervillers, 9 novembre 1815 - Montlignon (Val d’Oise), 11 août 1911
Conduit par son père à Paris dans l’atelier de Henri Decaisne, Louis Gratia débute au Salon en 1837 avec trois pastels dont l’un représente le portrait de son père. Il envoie ensuite chaque année au Salon jusqu’en 1850, puis à nouveau à partir de 1861, des portraits au pastel parmi lesquels ceux de nombreux artistes de variétés : Henri Alix et Prosper Gothi (1840), Melle Esther (1843), Elisa de Boisgonthier (1844), Mlle Judith (1846), M. Neuville, artiste dramatique (1849) et des personnalités en vue : M. le comte d’Eu, Mme la comtesse de Solms, le colonel Donalle, le général Stuart, le maréchal et la maréchale Bazaine, le cardinal de Lavigerie.
En 1850, il quitte Paris pour Londres, où il vit jusqu’en 1867, peignant des Anglais : Lady Morreys, Lord Pollet, Lord Willoubey. De retour en France, il s’installe à Nancy, puis à Lunéville qu’il quitte quelques années plus tard pour Paris, puis Rouen en 1893.
Il peint également : Hommes d’armes (1873), L’Album (1882), Ecce Homo (1900), La Jeune bohémienne (1878), Corsaire de la côte (1878).
Cet artiste, célébré comme l’un des plus éminents pastellistes français du XIX° siècle, dépourvu de ressources à la fin de sa vie, vient finir ses jours à la maison de retraite des artistes à Montlignon où, en juin 1911, le peintre Léon Bonnat lui remet la croix de chevalier de la Légion d’honneur.
Un prix artistique portant son nom a été créé à Rambervillers dans les années 1980.
Bibl. :Dictionnaire de biographie française, publié sous la dir. de M. Prévot, Roman d’Amat, H. Tribout de Morambert, Paris : Letouzey (lettres A-H parues de 1928 à 1989), col. 1088.
Jouve.- Dictionnaire biographique des Vosges.
Rambervillers - Conférence Charles Louis Gratia : une vie comme un long roman
L’orangerie du château des Capucins n’avait vu pareille affluence depuis lurette. Quatre-vingt personnes, pressées autour de la grande table, étaient venues entendre Fernand Grosjean qui donnait une conférence, dans le cadre des Journées du Patrimoine, sur le pastelliste Charles-Louis Gratia.
Dominique Sourdot, adjointe au maire, a présenté les deux intervenants : la vedette américaine, Chantale Caland, et le plancheur du soir. Elle a remercié les hôtes, Francis et Édith Phélipeaux, ainsi que Pascal Colombain qui assistait les deux intervenants en assurant le passage de diapositives tout en enregistrant leur prestation avec sa caméra.
Chantale Caland, présidente de l’association Isartis qui exposait lors de cette semaine à la chapelle des Arts, a présenté ce médium méconnu qu’est le pastel. De véritables ingénieurs chimistes le fabriquent à Paris et Albi. La Maison du pastel Henri Roché à Paris propose 1200 teintes ! Les couleurs ne se mélangeant pas comme la peinture ou l’aquarelle, il est nécessaire de travailler avec une palette extrêmement élargie. Elle a retracé l’histoire du pastel au moyen d’une vingtaine de tableaux depuis 1500 environ avec Jean Clouet jusqu’à notre époque.
Charles Gratia fabriquait ses pastels, inventait des formules, écrivit un traité resté inédit. Il est très certainement à l’origine de nombreuses recettes exploitées encore aujourd’hui par le fabricant parisien. Certaines poudres, très rares, viennent alors de l’Inde, cueillies sur des étamines de fleurs ou sur les ailes de papillons des tropiques.
Pas de rival dans son genre
Dans l’écrin de pierre et de grès, blanc, blond, rose, de l’orangerie, Fernand Grosjean a pris la parole pour présenter l’homme du jour, Charles-Louis Gratia, né le 9 novembre 1815 à Rambervillers et mort le 11 août 1911 à Montlignon dans le Val-d'Oise.
Son père Nicolas Gratia, installé à Rambervillers comme tailleur d’habits, avait été marin sous l’Empire. Arrivé tout jeune à Paris avec sa famille, Charles Louis entre à l’École des beaux-arts et se spécialise dans le pastel.
Il a 22 ans et débute au Salon de 1837 en exposant trois œuvres. Le portrait de Mlle Élisa de Borsgoutiers, étoile des Variétés, lui vaut sa première médaille. Il exécute le portrait au pastel de George Sand et un portrait à l'huile de Frédéric Chopin (1838) et fréquente alors des personnalités comme Victor Hugo, Alphonse de Lamartine ou Ernest Meissonnier.
L'historien d'art Charles Blanc écrit : Il n’a pas de rival dans son genre ; il sait lui donner la vigueur des coloris, l’harmonie, la chaleur de ton, unies à la fraîcheur et au velouté des teintes…
Mais compromis par ses relations avec la monarchie de Juillet, il doit traverser la Manche avec sa femme et ses deux filles et gagner Londres en 1850, en compagnie de son ami le comédien Frédérick Lemaître.
Au palais du cardinal
Pendant ses deux premières années anglaises, il fabrique des crayons de pastel pour la manufacture de couleurs Neumann, où il est employé à broyer des poudres de pigments. Neumann finit par exposer ses œuvres dans ses vitrines et le présenter à des collectionneurs : il acquiert dès lors une excellente réputation comme pastelliste et s’installe au palais du cardinal Nicholas Wiseman à côté de Regent's Park.
Gratia produit une série de portraits dont celui de Lord Willoughby, premier chambellan de la Reine. Il peint la reine Victoria par l'entremise de ce lord : elle posa à condition que ce portrait ne soit pas exposé afin de ne pas exciter la jalousie des peintres anglais (notamment Winterhalter, peintre officiel de la cour).
À Londres, il réalise le fameux tableau de La Liseuse, portrait de sa seconde fille, Louise, alors âgée de 19 ans, tableau qui sera acquis plus tard par l'État français pour le Palais de l'Élysée. Pendant toute sa période anglaise, Gratia envoie chaque année des pastels au Salon de Paris.
Fondateur des Artistes lorrains
En 1867, après 17 ans d'absence, Gratia regagne la France et vient habiter Lunéville où sa fille Louise meurt peu de temps après son retour. Le couple divorce, le retour est plein de désillusions, les commandes se raréfient et son succès décline.
Il peint les portraits de la baronne Salomon de Rothschild et de Mgr Lavigerie, évêque de Nancy. Il expose à la Société des Amis des arts où il remporte une médaille en 1868 et la médaille d’honneur en 1870. À l’Exposition universelle de 1900, il envoie un Ecce Homo.
Il est à l'origine de la création de l'Association des Artistes Lorrains, encore active aujourd'hui.
Charles Louis Gratia, remarié avec une femme de 38 ans sa cadette, s'installe à Montlignon, près la forêt de Montmorency. Il y meurt dans le dénuement le plus total.
Quelques mois auparavant, en juin 1911, Léon Bonnat lui remet la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Ses admirateurs érigent une stèle à son effigie. À Rambervillers, sa ville natale, une rue porte son nom depuis 1946.
Il n’est pas facile de retracer la vie et l’œuvre de Charles Louis Gratia. De nombreuses œuvres ont été détruites en 1870, d’autres sont à l’étranger, d’autres encore sont éparpillées chez des collectionneurs non recensés jusqu’alors. Une œuvre intitulée La Dame à la mantille est conservée à l’hôtel de ville de Rambervillers. Depuis longtemps, Fernand Grosjean pourchasse le moindre renseignement sur cet artiste rambuvetais. Il est aidé depuis quelques années dans ses démarches par Hervé Piraud, 39 ans, arrière-arrière-arrière-petit-fils du peintre, qui lui aussi traque inlassablement tout renseignement, en particulier dans les salles des ventes. Il était présent à l’orangerie ce vendredi soir.
Le conférencier a conclu par ces mots sa passionnante biographie : La vie de Charles Louis Gratia est un long roman dont les pages sont emplies de tristesse. Une vie faite de gloire et d’oubli.
[L'Echo des Vosges, 21 septembre 2017, Bernard Visse].
Référence suggérée : ecriVOSGES, « Louis Charles GRATIA », fiche bio-bibliographique, https://www.ecrivosges.com/fiche.php?id=1357 (consultée le 1 septembre 2026).