Notices documentaires
1971 —
Le Pays lorrain
M. Jean Crouzier est décédé à l’âge de 71 ans d’une défaillance cardiaque le 26 décembre 1970.
Né à Raon-l’Etape le 2 novembre 1899, il avait fait ses études de droit à Nancy, puis s’était établi notaire à Blâmont dont il fut le maire de 1937 à 1966. Il devint vice-président du Conseil général de Meurthe-et-Moselle et fut député de 1947 à 1958. Il était aussi membre de l’Assemblée parlementaire européenne.
Il s’occupa beaucoup de la reconstruction et fit voter une loi sur le remboursement des dommages de guerre. Vice-président de la Fédération nationale des sinistrés de France depuis 1945, il était également président de la caisse autonome de la Reconstruction.
En 1955, il était nommé dans le ministère Faure secrétaire à la Défense et aux Forces armées, et ce fut sous son impulsion que fut construit le premier sous-marin atomique français.
Le défunt était officier de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme, officier du Mérite militaire et médaillé de l’Aéronautique.
[
Le Pays Lorrain , 1971, N° 2, p. 89 ]
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
CROUZIER (Jean), notaire, homme politique
(Raon-l’Étape, 2 novembre 1899 - Saint-Dié, 26 décembre 1970)
Fils d’un négociant de Raon-l’Étape, Jean Crouzier fait ses études au collège de Saint-Dié, puis au lycée de Nancy. Il est ensuite étudiant à la faculté de droit et opte pour les études notariales. Appelé au service militaire en avril 1918 dans l’artillerie, libéré en novembre 1919, il obtient sa licence en 1922 et son diplôme de notaire en 1924. Il s’installe alors à Blâmont (Meurthe-et-Moselle) où il exerce jusqu’en 1945.
En 1928, il est élu conseiller municipal de Blâmont, puis maire de 1937 à 1968. En 1945, il entre au Conseil général de Meurthe-et-Moselle (pour le canton de Blâmont) dont il est plusieurs fois vice-président jusqu’en 1967. Élu député de ce département le 11 novembre 1946, il est réélu en 1951, puis en 1956 sur les listes du P.R.L. puis du Centre National des Indépendants et Paysans.
A l’Assemblée de 1946 au 30 novembre 1958, il travaille surtout à la commission de la reconstruction et du logement, puis à celles de la justice et de la défense nationale. Élu d’un département sinistré par la guerre, il s’attache aux problèmes de la reconstruction et fait voter une loi qui porte son nom en 1946. Il fonde (en 1947) et préside la fédération de Meurthe-et-Moselle des associations de sinistrés et divers organismes créés dans le but de favoriser la reconstruction. Au plan national, il préside le comité national des groupements d’emprunts (1949-1958) et la caisse autonome de la Reconstruction (1952-1958).
De février 1955 à février 1956, il est appelé, dans le cabinet Edgar Faure, au secrétariat d’état à la Défense Nationale et aux Forces Armées.
Enfin, de 1954 à 1958, il est membre de l’assemblée de la Communauté économique Charbon Acier (C.E.C.A), puis de l’Assemblée parlementaire européenne.
En 1959, sa carrière parlementaire terminée, il ouvre un cabinet de conseil juridique. Enfin, en 1968, retiré de la vie politique et de la vie professionnelle, il s’installe à Saint-Dié où réside son fils aîné, Pierre, le cadet étant avocat à Lunéville.
Mobilisé en 1939 comme lieutenant de réserve d’artillerie, il commande une batterie du 69ème R.A., puis est envoyé comme instructeur à l’école des chars de combat. Il est démobilisé en juillet 1940.
Jean Crouzier, qui avait obtenu la croix de guerre avec palme, était chevalier de la Légion d’honneur depuis le 30 décembre 1948.
Bibl. : Pays Lorrain, p. 89.
Documentation fournie par la famille.
[
Albert RONSIN
, Les Vosgiens célèbres ]
2003 —
Le Grand livre des élus vosgiens
CROUZIER Jean
(2 novembre 1899, Raon-l’Étape – 26 décembre 1970, Saint-Dié)
• Conseiller municipal de Blâmont de 1925 à 1937.
• Maire de Blâmont de 1937 à 1966.
• Député de la Meurthe-et-Moselle de 1946 à 1958.
• Conseiller général de la Meurthe-et-Moselle.
• Secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense nationale et aux Forces armées du 1er mars 1955 au 1er février 1956.
• Notaire.
• Marié, deux enfants.
C’est avec une vive émotion que les Déodatiens apprennent le décès brutal, survenu le 26 décembre 1970 à l’âge de 71 ans, de Jean Crouzier. Avec lui disparaît une haute personnalité, connue et respectée dans toute la Lorraine et même au-delà des frontières régionales. Il naît en 1899 à Raon-l’Étape, au foyer de Paul Crouzier, commerçant en fers, et de Maria Gabriel. Cette naissance rappelle que cette famille est originaire depuis plusieurs siècles de la ville de Saint-Clément en Meurthe-et-Moselle, réputée pour sa faïencerie. D’ailleurs, Augustin Crouzier, le grand-père du nouveau-né, est célèbre pour ses peintures sur faïence et son étroite collaboration avec Émile Gallé.
Jean Crouzier poursuit des études secondaires au collège de Saint-Dié, puis au lycée Henri-Poincaré à Nancy pour une année de philosophie et de mathématiques. Son baccalauréat obtenu, il entre à la faculté de droit où il gagne brillamment son diplôme de licencié et s’oriente vers la profession notariale. En 1924, maître Crouzier reprend l’étude de son oncle à Blâmont en Meurthe-et-Moselle et très vite s’attire la sympathie de ses concitoyens qui le conduisent au conseil municipal (1925). Onze ans plus tard, il prend en mains les destinées de sa commune et occupe le poste de premier magistrat.
Le 3 juin 1966, en raison de son état de santé, il quitte son fauteuil de maire, passant le relais à l’architecte Roland Belin après avoir démissionné, le 2 mars, de son siège cantonal. Pendant vingt-neuf années, il traverse avec ses administrés de dramatiques périodes. Élu du peuple, il supporte difficilement sa lourde charge municipale pendant l’occupation allemande. Tous les habitants de ce bourg de Meurthe-et-Moselle se souviennent de son attitude en 1944, pendant les dix semaines d’isolement du canton et spécialement au cours des violents bombardements qui détruisirent une partie de la ville.
Se dépensant sans compter avec le plus grand mépris du danger, il organise les secours, assurant le ravitaillement de la population passée de 1 600 à plus de 3 000 âmes, par suite de l’arrivée des personnes expulsées des communes voisines. Et enfin, Jean Crouzier permet par son action personnelle le sauvetage en pleine nuit, sous les obus, des 110 enfants de la pouponnière de Blâmont en feu. Refusant l’ordre d’évacuation de la population qui lui était notifié par les Allemands, il sauve d’une mort certaine un grand nombre de ses administrés.
Une guerre que Jean Crouzier ne connaît malheureusement que trop bien. Engagé volontaire en 1918, il est mobilisé dès les premières heures du second conflit mondial en qualité d’officier d’artillerie sur la ligne Maginot. Son allant, son courage au feu, lui valent d’être décoré de la croix de guerre 1939-45 avec palme. Après la tourmente, une carrière politique s’ouvre à lui. Conseiller général, vice-président de l’assemblée de la Meurthe-et-Moselle, l’élu de Blâmont rejoint le Palais-Bourbon pour une durée de treize années et reçoit un poste de secrétaire d’État. Notaire à l’origine, Jean Crouzier passa sa vie dans les affaires à la tête de diverses sociétés. Quoique spécialiste des gestions de reconstruction, il est appelé à un secrétariat d’État militaire où Edgar Faure veut installer un « indépendant ». Il assume cette fonction du 1er mars 1955 au 1er février 1956.
Au terme de sa riche carrière politique, l’ancien ministre-parlementaire se fixe à Saint-Dié auprès de son fils Pierre, ingénieur et directeur d’usine ; son second enfant, Jacques, étant avocat à Lunéville. Jean Crouzier s’éteint à son domicile quai Carnot à Saint-Dié. Après des obsèques célébrées en l’église Saint-Martin, il repose au cimetière de sa ville natale dans la sépulture familiale auprès de son épouse Thérèse. Miné par la maladie, il s’était pratiquement retiré de la vie publique à laquelle il avait consacré tant d’années.
Membre également de l’Assemblée parlementaire européenne, officier de la Légion d’honneur, Jean Crouzier avait reçu la médaille de vermeil communale et départementale, ainsi que celle de l’Aéronautique. Une distinction dont il était particulièrement fier.
[
Bertrand MUNIER
, Le Grand livre des élus vosgiens ]
Sources structurées
-
Le Pays lorrain
1971 — Le Pays Lorrain — 1971, N° 2, p. 89
-
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
1990 — Albert RONSIN — Les Vosgiens célèbres
-
Le Grand livre des élus vosgiens
2003 — Bertrand MUNIER