Paul effectue ses études secondaires à Saint-Dié où ses parents se fixent pour leur retraite, puis entre à l’École Normale Supérieure en 1894 et passe avec succès l’agrégation de lettres en 1897. Il effectue une carrière de professeur de lycée à Bourg, Douai, Marseille, puis à Paris au lycée Condorcet où il reçoit, en 1914, son ordre de mobilisation comme officier d’administration. Attaché d’abord à la 59° division d’infanterie en Lorraine, il est à Verdun, en mai 1916.
Nommé au camp retranché de Paris avec le grade de capitaine, il est en septembre 1917 affecté au secrétariat général de la Marine Marchande et, le 1er février 1918, à la direction technique du ministère du commerce. En octobre 1919, il retrouve sa chaire au lycée Condorcet, mais dès novembre 1919 il est appelé comme chef adjoint au cabinet du ministre du commerce. Il passe ensuite à la direction des accords commerciaux. Il participe à toutes les grandes conférences internationales en sa qualité de président du Comité économique de la S.D.N., poste où il est désigné en juillet 1930 pour sept ans. Il se lance alors dans l’arène politique et, en 1932, il échoue dans la circonscription de Saint-Dié devant le sortant Constant Verlot. Le décès de ce dernier lui permet d’être élu député de Saint-Dié le 18 juin 1933 et il est réélu le 3 mai 1936.
Il s’inscrit au groupe radical-socialiste qu’il préside jusqu’en février 1938. Il manifeste une grande activité parlementaire, surtout sur les problèmes du commerce et de l’économie ; il préconise notamment une monnaie de compte internationale, idée qui se concrétisera quelques décennies plus tard. Il est nommé ministre de la marine marchande dans le 3° cabinet Chautemps (18 janvier - 13 mars 1938).
Victime d’une crise d’appendicite, il meurt des suites de l’opération, cinq jours après sa dernière intervention à la tribune de la chambre des députés. Il est inhumé à Saint-Dié.
Décoré de la croix de guerre 1914-1918, Paul Elbel était titulaire de nombreuses décorations étrangères. Il était commandeur de la Légion d’honneur.
Bibl. : Jolly.- Dictionnaire des parlementaires français 1889-1940, tome V, p. 1616-1617.
ELBEL Paul (Marie Victor)
(6 mars 1875, Isches - 9 avril 1940, Paris)
• Député des Vosges de 1933 à 1940
• Ministre de la Marine marchande de janvier 1938 à mars 1938
• Professeur
• Marié.
Petit-fils de douanier et fils de percepteur, Paul Elbel naît le 6 mars 1875 à Isches, dans une famille alsacienne installée à Ittenheim (Bas-Rhin) depuis le XVIe siècle. La famille Elbel compte parmi ses membres un magistrat municipal fusillé en 1794 par l’armée des émigrés (le bisaïeul de Paul Elbel) et un soldat des armées de la Révolution et de l’Empire (son aïeul), qui termine sa vie comme lieutenant de douanes à Strasbourg. Joseph et Victor Elbel, son père et son oncle, s’emploient activement, le premier à Strasbourg, le second à Paris, à faire triompher la révolution de 1848 et participer à la libération de Strasbourg.
Alors que Victor est expulsé d’Alsace, Joseph, chef de division à la préfecture de Strasbourg sous le second Empire, opte pour la France après l’annexion. Il obtient, non sans mal, de faire carrière dans l’administration des finances au poste de percepteur des contributions directes, dans le Doubs et dans les Vosges à Isches notamment. C’est au collège de Saint-Dié où ses parents finissent par se fixer en 1888, à l’heure de la retraite, que Paul Elbel fait ses études. Il entre à dix-neuf ans à l’École normale supérieure et passe son agrégation de lettres en 1897. Le jeune agrégé enseigne alors dans les lycées de Bourg, Douai, Marseille, et rejoint en 1908, le lycée Condorcet à Paris.
En 1914, Paul Elbel est mobilisé et se trouve sur le front de Lorraine à Verdun. En septembre 1917, Clémentel l’appelle au secrétariat général du sous-secrétariat d’État à la Marine marchande et, le 1er février 1918, ses compétences le conduisent à la direction des services techniques du ministère du Commerce. Un an plus tard, le professeur Elbel retrouve sa chaire de lettres au lycée Condorcet, mais pour très peu de temps. Il accède en juillet 1928 à la direction des accords commerciaux et il est souvent délégué de la S.D.N. (société des nations). C’est vers la fin d’une carrière de grand commis de l’État que Paul Elbel se lance dans la politique. Il se présente, mais sans succès dans ses Vosges natales, lors des élections générales de mai 1932, dans la circonscription de Saint-Dié, contre le député sortant Constant Verlot, conseiller général et maire de Senones. Le décès de ce dernier, le 15 avril 1933, lui permet de triompher lors de l’élection partielle du 18 juin suivant. À l’origine de la démission sans vote du troisième cabinet Chautemps en 1938, il reçoit de celui-ci, qui se succède à lui-même, le portefeuille de la Marine marchande. Le mandat de Paul Elbel est de courte durée : deux mois, du 18 janvier au 13 mars 1938.
Au cours d’une conférence publique à Étaples (Pas-de-Calais) où il prêche l’union et la paix, l’ancien ministre est agressé par un fanatique, l’épicier Cardon. Il est frappé d’un coup de poing d’une telle violence que son lorgnon est brisé, et que les éclats de verre lui crèvent un œil, obligeant l’énucléation.
Le 4 avril 1940, Paul Elbel monte encore à la tribune de la Chambre, bien qu’il lutte contre une cruelle souffrance. Terrassé en effet par une crise d’appendicite, il s’éteint brusquement cinq jours plus tard, le 9 avril, à l’âge de soixante-cinq ans, des suites de l’opération qu’il vient de subir. Après l’incinération au Père-Lachaise, les cendres du député déodatien sont dirigées vers la ville vosgienne qu’il représentait au Parlement. Il repose au cimetière de la rive droite de Saint-Dié auprès de son épouse Marguerite, originaire de cette ville. Pour anecdote, le nom de Paul Elbel reste attaché au plus grand corso fleuri de France. En effet, il crée en 1936 à Gérardmer, la Fête des Jonquilles, qui attire encore aujourd’hui des milliers de spectateurs.
Référence suggérée : ecriVOSGES, « Marie Victor Paul ELBEL », fiche bio-bibliographique, https://www.ecrivosges.com/fiche.php?id=4255 (consultée le 14 septembre 2026).