1845 —
Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton
La famille des FLEUROT, du Val-d’Ajol, est depuis longtemps célèbre dans le pays, autant par sa science en ostéologie que pour sa bienfaisance et son humanité.
Bexon, dans sa Notice des hommes illustres, raconte une intéressante visite du comte de Tressan aux hommes du Val-d’Ajol.
[Tome 2, p. 525].
1848 —
Biographie vosgienne / François Vuillemin
La famille des FLEUROT.- Du Val-d’Ajol, célèbres renoueurs. La connaissance de l’ostéologie semble être héréditaire dans cette famille, depuis longtemps historique. C’est à l’époque de l’invasion des Suédois en Lorraine, c’est-à-dire vers 1630, que les Fleurot furent initiés aux premiers principes de l’art qu’ils ont pratiqué, depuis deux siècles, avec tant de distinction. Ils les reçurent, si on en croit la tradition, de Forget, médecin de Charles IV, qui séjourna quelque temps au Val-d’Ajol, avec l’armée de ce prince.
Le plus ancien membre de cette famille, dont le nom se soit conservé, est Nicolas Demange ; il eut une fille qui épousa Nicolas Fleurot ; celui-ci reçut des leçons de son beau-père, et devint bientôt aussi habile que lui.
Ses descendants, Jean et Jean-Joseph, jouirent d’une brillante réputation ; le dernier, surtout, fit des cures si merveilleuses, qu’elles firent bruit jusqu’à la cour de France, et que Louis XV le fit appeler au mois d’octobre 1759, pour donner des soins au duc de Bourgogne. Ce prince fut extrêmement satisfait de Fleurot, et lui témoigna sa reconnaissance en lui remettant un exemplaire in-folio, richement relié, de l’Ostéologie de Monro, véritable chef-d’oeuvre typographique de ce temps, et pour donner plus de prix encore à ce souvenir, il écrivit sur le premier feuillet : Donné par moi, le duc de Bourgogne, le 20 mars 1760.
De son côté, Louis XV donna à Fleurot une preuve d’estime et de haute satisfaction, l’habile ostéologiste n’ayant pas voulu accepter une forte somme d’argent qui lui était offerte à titre de récompense : Que puis-je faire pour vous, lui dit le roi ? Parlez ; quelque chose que vous me demandiez, je vous l’accorderai. Fleurot lui témoigna aussitôt le désir de voir ses descendants exemptés de la milice, afin que son art pût se perpétuer dans sa famille. Cette demande inattendue parut contrarier Louis XV ; néanmoins il signa et fit expédier, le même jour, les lettres d’exemption sollicitées par Fleurot ; il fit plus, il le nomma professeur de bandage à l’école vétérinaire de Charenton. Fleurot passa une année environ dans cette école, puis revint au Val-d’Ajol pour enseigner l’ostéologie à ses quatre fils, qui, sous sa direction, opérèrent bientôt avec une grande habileté, et achevèrent de rendre populaire en France le nom qu’ils portaient.
Le désintéressement des Fleurot est passé en proverbe. Ils n’ont jamais spéculé sur leur science, et l’offrande du riche a souvent allégé, les besoins du pauvre [Note 1]. Le duc Léopold, touché de leurs vertus, et désirant récompenser, d’une manière éclatante, les nombreux services rendus par eux au pays, voulut les anoblir ; mais ils refusèrent cet honneur, représentant respectueusement que leurs enfants pourraient s’enorgueillir de leur noblesse, et se dispenser de servir l’humanité.
Tous les écrivains distingués de la Lorraine, dom Calmet, Durival, Bexon, ont rendu hommage aux Fleurot. Le peuple a longtemps attribué leurs talents à quelques dons surnaturels.
Le Traité d’ostéologie, donné par le duc de Bourgogne, est précieusement conservé dans la famille des Fleurot. Le père, en mourant, le laisse à son fils, et celui-ci le conserve religieusement à son tour, pour transmettre à ses descendants cette preuve irrécusable de la gloire de ses aïeux [Note 2].
Note 1 : Le fait suivant donnera une idée du désintéressement des Fleurot. Vers 1770, un membre de cette famille fut appelé à Nancy par un riche seigneur, dont le fils venait de se fracturer une jambe ; un séjour de trois jours près du malade fut nécessaire ; mais celui-ci étant enfin en bonne voie de guérison, Fleurot demanda à se retirer. Le seigneur s’étant informé du montant des honoraires dus par lui : - Je n’ai point songé à cela, lui dit Fleurot ; quand les personnes à qui nous donnons nos soins sont riches, nous recevons leurs offrandes : je recevrai la vôtre ! et malgré les instances du seigneur, il ne voulut fixer aucune somme. Celui-ci, impatienté, prit un sac d’argent et le jeta sur le parquet. Fleurot l’ouvrit, y prit un écu de six livres et sortit ; or, il y a vingt-cinq lieues de Nancy au Val-d’Ajol.
Note 2 : Ce volume est actuellement entre les mains de M. Amé Fleurot, ancien maire et ostéologiste au Val-d’Ajol.
1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
FLEUROT. La famille des Fleurot, célèbres renoueurs, a pris naissance au Val-d’Ajol, canton de Plombières. La connaissance de l’astrologie semble être héréditaire dans cette famille, depuis longtemps historique. C’est à l’époque de l’invasion des Suédois en Lorraine, c’est-à-dire vers 1630, que les Fleurot furent initiés aux premiers principes de l’art qu’ils ont pratiqué depuis deux siècles, avec tant de distinction.
Ils les reçurent, si on en croit la tradition, de Forget, médecin de Charles IV, qui séjourna quelque temps au Val-d’Ajol, avec l’armée de ce prince. Le plus ancien membre de cette famille, dont le nom se soit conservé, est Nicolas Demange ; il eut une fille qui épousa Nicolas Fleurot ; celui-ci reçut des leçons de son beau-père, et devint bientôt aussi habile que lui.
Ses descendants, Jean et Jean-Joseph, jouirent d’une brillante réputation ; le dernier, surtout, fit des cures si merveilleuses, qu’elles firent bruit jusqu’à la cour de France, et que Louis XV le fit appeler au mois d’octobre 1759, pour donner des soins au duc de Bourgogne. Ce prince fait extrêmement satisfait de Fleurot, et lui témoigna sa reconnaissance en lui remettant un exemplaire in-folio, richement relié, de l’Ostéologie de Mouro, véritable chef-d’œuvre typographique de ce temps, et pour donner plus de prix encore à ce souvenir, il écrivit sur le premier feuillet : Donné par moi, duc de Bourgogne, le 20 mars 1760. De son côté, Louis XV donna à Fleurot une preuve d’estime et de haute satisfaction : l’habile ostéologiste, n’ayant pas voulu accepter une forte somme d’argent qui lui était offerte à titre de récompense : Que puis-je faire pour vous, lui dit le roi ? Parlez, quelle que chose que vous me demandiez, je vous l’accorderai. Fleurot lui témoigna aussitôt le désir de voir ses descendants exemptés de la milice, afin que son art pût se perpétuer dans sa famille.
Cette demande inattendue parut contrarier Louis XV ; néanmoins il signa et fit expédier, le même jour, les lettres d’exemption sollicitées par Fleurot ; il fit plus, il le nomma professeur de bandage à l’école vétérinaire de Charenton. Fleurot passa une année environ dans cette école, puis revint au Val-d’Ajol pour enseigner l’ostéologie à ses quatre fils, qui, sous sa direction, opérèrent bientôt avec une grande habileté, et achevèrent de rendre populaire en France le nom qu’ils portaient. Le désintéressement des Fleurot est passé en proverbe. Ils n’ont jamais spéculé sur leur science, et l’offrande du riche a souvent allégé les besoins du pauvre. Le duc Léopold, touché de leurs vertus, et désirant récompenser, d’une manière éclatante, les nombreux services rendus par eux au pays, voulut les ennoblir ; mais ils refusèrent cet honneur, représentant respectueusement que leurs enfants pourraient s’enorgueillir de leur noblesse, et se dispenser de servir l’humanité.
Le fait suivant donnera une idée du désintéressement des Fleurot. Vers 1770, un membre de cette famille fut appelé à Nancy par un riche seigneur dont le fils venait de se fracturer une jambe ; un séjour de trois jours, près du malade, fut nécessaire ; mais celui-ci étant enfin en bonne voie de guérison, Fleurot demanda à se retirer. Le seigneur s’étant informé du montant des honoraires dus par lui :
- Je n’ai point songé à cela, lui dit Fleurot ; quand les personnes à qui nous donnons nos soins sont riches, nous recevons leurs offrandes : je recevrai la vôtre !
Et malgré les instances du seigneur, il ne voulut fixer aucune somme. Celui-ci impatienté, prit un sac d’argent et le jeta sur le parquet ; Fleurot l’ouvrit, y prit un écu de 6 livres et sortit ; or, il y a 25 lieues de Nancy au Val-d’Ajol.
Tous les écrivains distingués de la Lorraine, Dom Calmet, Durival, Bexon, ont rendu hommage aux Fleurot. Le peuple a longtemps attribué leurs talents à quelques dons surnaturels.
Le Traité d’Ostéologie, donné par le duc de Bourgogne, est précieusement conservé dans la famille des Fleurot. Le père, en mourant, le laisse à son fils, et celui-ci le conserve religieusement à son tour, pour transmettre à ses descendants cette preuve irrécusable de la gloire de ses aïeux. Il est actuellement entre les mains de M. Amé Fleurot, ancien maire et ostéologiste au Val-d’Ajol.
L’Empereur Napoléon III, lors de son premier séjour aux eaux de Plombières, a honoré d’une visite la famille des Fleurot.
1879 —
Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim
FLEUROT.- Célèbres rebouteurs et médecins, du Val d’Ajol, près Remiremont.
1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
FLEUROT.- Le hameau de la Broche domine le Val [d’Ajol] de ses hauteurs ; il nous présente le plus splendide spectacle que puissent envier les yeux, à ce moment où les derniers rayons du jour dorent les vallées, les monticules et les collines.
Ce hameau de la Broche fut le berceau de la famille Fleurot, de cette famille célèbre de rebouteurs, dans laquelle semble héréditaire la science de l’ostéologie. Ils en reçurent les premiers principes du Dr Forget, médecin du duc Charles IV, pendant le séjour que fit ce prince dans le pays, lors de l’invasion des Suédois en Lorraine. Ils acquirent une si brillante réputation dans ce genre que l’un d’eux, sur l’indication du duc Stanislas, fut appelé à Paris, en 1759, par le roi Louis XV, pour donner des soins au duc de Bourgogne.
Le prince, en témoignage de reconnaissance, lui remit un magnifique exemplaire de l’ostéologie de Monro, et il écrivit sur le premier feuillet : Donné par moi, le duc de Bourgogne, le 20 mars 1760. Le modeste et habile praticien n’ayant pas voulu recevoir de récompense pécuniaire, le roi lui dit : Mais que puis-je faire pour vous ? Fleurot lui demanda l’exemption de la milice pour ses descendants : ce qui lui fut accordé. Le roi fit plus ; il le nomma professeur de son art à l’École vétérinaire de Charenton. Fleurot n’y passa qu’un an : le désir de revoir ses montagnes le ramena au pays de son enfance, où il forma ses quatre fils, qui opérèrent bientôt avec une grande habileté, et achevèrent de rendre leur nom populaire.
Le désintéressement de cette famille patriarcale était passé en proverbe ; jamais ils n’avaient spéculé sur leur talent : souvent l’offrande du riche leur servait à soulager l’indigence du pauvre. L’un d’eux, un jour, fut appelé à Nancy par un grand seigneur, dont le fils s’était fracturé une jambe. Quand il s’agit de l’honoraire, Fleurot dit qu’il n’y avait pas songé. Le riche seigneur jeta sur la table un sac d’argent ; Fleurot l’ouvrit et y prit un écu de six livres pour ses frais de voyage, et du Val d’Ajol à Nancy on compte plus de vingt lieues !
Tous les écrivains de Lorraine ont rendu hommage aux Fleurot. Le duc Léopold avait voulu les anoblir. Le chef de la famille refusa cet honneur, représentant respectueusement que cela pourrait enorgueillir ses descendants, et les porter à se dispenser de servir l’humanité.
1889 —
Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier
FLEUROT.- Famille célèbre au Val-d’Ajol ; ils pratiquent leur art depuis 1630 et ont obtenu de nombreuses guérisons.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
FLEUROT (Famille), rebouteux
Célèbre famille, originaire du Val d’Ajol, à l’intérieur de laquelle se sont transmis, du XVII° jusqu’au XX° siècle, les secrets et l’art de remettre en place les membres démis ou fracturés, ce qui valut à ses représentants principaux une célébrité jusqu’à la Cour de France, l’exemption du tirage au sort de la milice et le surnom de rebouteux. Établis d’abord au hameau de la Broche, on vit les Fleurot attirer une nombreuse clientèle par leurs dons incontestables, inventer un baume - la graisse des Fleurot - encore fabriqué au début du siècle et surtout s’attirer une réputation de philanthropie en raison de leur inépuisable générosité. Ils exercèrent leurs talents à Hérival, au Val d’Ajol, à Remiremont et à Mossoux.
Les plus connus de cette illustre dynastie sont Jean Fleurot, fils de Nicolas et d’Anne Le Tisserand, né au Val d’ Ajol le 3 septembre 1683, mort au même lieu le 20 mars 1756, dont parlent dom Calmet et le comte de Tressan qui lui rendit visite.
Son fils, Jean-Joseph Fleurot (1718-1784) exerça à la Cour de Lunéville et fut appelé en octobre 1759 à Versailles par le roi Stanislas pour guérir le jeune duc de Bourgogne, l’aîné des fils du Dauphin, victime d’une chute de cheval. En récompense, il reçut des mains du prince et avec sa dédicace, l’ouvrage d’ostéologie de Mours, médecin anglais, pieusement conservé jusqu’à nos jours dans la famille. Jean Joseph Fleurot ne rentra pas immédiatement dans les Vosges : il fut quelque temps professeur de bandages à l’école vétérinaire de Charenton (où il est encore signalé en 1780), avant de revenir mourir dans ses foyers le 10 novembre 1784, laissant quatre fils dont trois perpétuèrent la tradition.
Il s’agit de Jean-Joseph Fleurot (1747-1815) qui continua à exercer à la Broche.
Jean-Nicolas Fleurot (1750-1806), établi au Val d’Ajol et dont le petit fils Joseph (1804-1865) se lança dans l’industrie textile fondant un tissage qui fonctionna jusqu’à nos jours.
Enfin, Jean-Baptiste Fleurot (1748-1828) qui fut à l’origine de la dynastie des rebouteux établie à Hérival.
Bibl. : Lévêque (L).- Une famille de rebouteux lorrains - Les Fleurot du Val d’Ajol, in Le Pays Lorrain, 1909.
Vaubourg (J.).- L’Ascension d’une famille d’industriels, les Fleurot, in Le Pays de Remiremont, n° 8, 1986.
[Pierre Heili].