Paul MAHALIN
[
Epinal (88) , 17/01/
1828 –
Paris (75) , 20/03/ 1899 ]
homme de lettres
/ pseudonyme
s :
TRIOLET, Émile BLONDET
Auteur vosgien
Biographie vosgienne
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1828
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Naissance à Épinal (Vosges), le 17 janvier, d’Emile Blondet, son véritable patronyme. Ses parents (Antoine, 26 ans, employé à la préfecture d’Épinal avant de s’installer comme "marchand", est le fils d’un boulanger d’Épinal ; sa mère, Pierrette Émélie Kienné, 23 ans, née en Prusse, est la fille d’un chef de bataillon en retraite à Épinal) se sont mariés dans cette ville le 16 avril 1827.
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1843
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Décès de sa petite sœur, Lise Émélie, le 15 décembre, à l’âge de dix ans, au domicile familial, 6 rue du Pont.
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1857
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Après des débuts de critique à Nancy, il "monte à Paris" et devient d’abord l’un des trois rédacteurs (avec Darthenay et Xavier Eyma) du Messager des Théâtres, fondé en 1847, puis son rédacteur en chef. Il démissionne le 1er avril 1859, juste avant la dissolution de la société par le tribunal de commerce au cours du mois de mai suivant.
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1861
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Il poursuit sa carrière de critique, chroniqueur puis feuilletoniste, au sein de divers journaux de théâtre parisiens, dont le Courrier des Théâtres et des Arts, une nouvelle feuille, fondée le 10 juillet 1859, par Louis Poirier.
Au gré de ses collaborations, en particulier au sein de la rédaction de plusieurs feuilles satiriques, il utilise divers pseudonymes :
- Émile Blondet (du nom d’un personnage de Balzac), pour signer des chroniques dramatiques, notamment dans les pages de La Lune (qui paraît de 1865 à janvier 1868) et de L’Éclipse (janvier 1868 - juin 1876).
- Triolet, pour les chroniques théâtrales du Gaulois (1868-1929), où il fait le portrait des étoiles de la scène parisienne qu’il rassemble en plusieurs tomes sous les titres Les Jolies actrices de Paris (1868, 1878-1884, 1889...) et Au bal masqué (1868), suite de petites monographies concernant l’Opéra, le Prado, le bal Bullier, le Casino, Valentino, etc...
D’après Les Pseudonymes du jour (1884), il signe également ainsi dans la revue satirique Le Nain jaune (paraissant de mai 1863 à 1876) :
- Georges Fontenay
- Aimé Kienné
- Mary Mercier
Le Dictionnaire de pseudonymes de Georges d’Heylli (1887) confirme ces trois derniers pseudos, en ajoutant celui de P. de Trailles.
Puis il publie de nombreux ouvrages sous le pseudonyme de Paul Mahalin : romans, essais, monographies…, certains sous son nom véritable...
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1866
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Il a 37 ans et épouse à Chaillot Joséphine Duchêne, 23 ans, sans profession. Madame Mahalin fit la guerre de 1870-1871 comme infirmière (mouvement des Femmes de France) avec les Francs-tireurs de la Compagnie de son mari.
Le couple a deux filles :
- Aimée Marie Caroline Mahalin (1866) qui a fait une carrière d’ingénue dans le théâtre (Théâtre de Cluny, Vaudeville, L’Ambigü, etc.) sous le pseudonyme de Mlle de Braine ou Debraine, décédée à la Maison nationale des Artistes à Nogent-sur-Marne (94),
- et Marie Alice Mahalin (1880).
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1872
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Dans le N° 211 de la revue satirique L’Éclipse, daté du 10 novembre, il publie un article sur la mort de Théophile Gautier.
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1880
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A partir de cette date, il publie surtout des romans d’inspiration populaire, exploitant une veine commerciale éprouvée, celle des héros d’Alexandre Dumas ou de Paul Féval pour lesquels il imagine des épilogues ou des épisodes intermédiaires.
Il est peut-être l’auteur du plus grand nombre de suites de romans de Dumas. Contrairement à d’autres qui se contentent d’imaginer des prolongements aux histoires des mousquetaires, il puise plus largement dans l’œuvre du maître et publie Le Fils de Porthos (1883), D’Artagnan, etc. (1890) et Le Filleul d’Aramis (1896).
Le Comte de Monte-Cristo lui inspire Mademoiselle Monte-Cristo (1896), tandis que la série de La Reine Margot lui suggère quatre suites : Le Roi de la Ligue (1893), Les Barricades (1894), Le Dernier Valois (1894), La Fin de Chicot (1898).
Mahalin compose également une suite aux aventures de Lagardère : La Filleule de Lagardère en deux tomes : La Saltimbanque et L’Héritière (1885).
Plusieurs de ses romans sont adaptés au théâtre et joués avec un certain succès, donnant lieu parfois à de grands spectacles. On lui doit aussi Le Carnaval de Boquillon, vaudeville en trois actes (1877), en collaboration avec Raoul Jolly.
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1885
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Dans son roman L’Hôtellerie sanglante, il s’inspire de l’affaire judiciaire des Cardinaux, qui avait eu pour cadre le village de Vittel en 1804.
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1892
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Il débute une collaboration avec la revue hebdomadaire Le Soleil du dimanche illustré : ses articles seront publiés jusqu’en mai 1899.
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1899
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Paul Mahalin succombe le 20 mars 1899 à une attaque d’apoplexie foudroyante, à son domicile parisien, 115 avenue de Villiers. Il est âgé de soixante et onze ans.
Les obsèques sont célébrées à Saint-François-de-Sales, et l’inhumation a lieu au cimetière de Malakoff (93), dans le caveau de famille où sont également enterrés sa femme, ses filles, ses petites-filles et son arrière-petit fils Robert Svan.
Il possédait au Vésinet, 45 bis route de Chatou (actuel boulevard Carnot), une maison de villégiature où furent écrites nombre de ses chroniques et que sa femme a occupée jusqu’à sa mort en 1921.
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1860 - Les débuts de M. Paul Mahalin, d’après un contemporain
Paul Mahalin est né à Épinal, patrie de Pellerin, de Rigolboche, de Pixérécourt, des cartes à jouer et des soldats de papier à 1 sou, il y a de cela trente-sept ans. En dépit de ses insurrections quotidiennes contre son acte de naissance, il passa sa première jeunesse à méditer les œuvres dramatiques de son compatriote, à boire du cassis, à culotter des pipes, à médire de Racine, à apprendre par cœur Molière dans les sentiers fleuris de l’école buissonnière. Il préférait cette école-là à celle des Frères.
Enfourchant un wagon de 3e classe, il débarqua, un beau matin, à Nancy, la ville cléricale et aristocratique, qu’il étonna longtemps par l’excentricité de son fez algérien, les crocs vainqueurs de ses moustaches, le fouillis de sa chevelure, l’ampleur de ses chausses et l’exiguïté de ses pourpoints. Le jeune Paul rêvait alors de moyen âge, de poulaines, d’archers, de châtelaines et de damoiselles, de damoiselles surtout ! Aujourd’hui, il en rêve encore, mais ne les appelle plus que des bébés de marbre.
Il écrivit, à cette époque, la Biographie de Pierre Gringoire, qu’il publia tour à tour dans trois ou quatre journaux de province et de Paris. Il compilait alors à la solde d’une compagnie d’antiquaires lorrains. Mais tout s’use en ce bas monde, même le métier de compilateur. Le jour arriva où Mahalin dut dire adieu aux archives et à l’antiquité, pour se réfugier dans la Bohême. Le célèbre livre de Murger venait de paraître. Mahalin crut à une régénération sociale ! Il remplaça avec enthousiasme ses bretelles par des ficelles, la réalité par des songes, ses déjeuners par des calembours, ses diners par des mots.
Correspondant, pour le théâtre de Nancy, du Messager des Théâtres, il adressait à MM. Hiltbrunner et Achille Denis des articles empanachés de phrases comme celles-ci :
— Il pleut de l’ennui, et je suis sous la gouttière.
— Pour que je comprenne, il me faut allumer un bec de gaz dans mon intérieur.
— A propos du Cheval de Bronze, opéra dont l’action se passe en Chine, il y a cette différence entre la mère Moreau et M. Auber, que la mère Moreau se sert d’une recette pour faire des chinois, et que M. Auber se sert des Chinois pour faire une recette. — Il a incrusté cette dernière plaisanterie dans près de deux cents comptes rendus.
A cette époque, il fit paraître un roman, Le Capitaine Fabrice, dans L’Europe artiste. De Nancy, il s’élançait, de temps à autre, sur Strasbourg, passait le Rhin en compagnie de son camarade E. Mathieu de Monter, et se livrait, avec ce dernier, jeune, romanesque et croyant comme lui, amoureux de toutes les femmes, à une incroyable consommation de chopes, de calembours, de vin du Rhin, pendant que les bandes d’Eckerr et de Robert Blum combattaient pour la liberté dans les gorges de la Schwarzwald. Plus tard, il racontera cette période étonnante de l’histoire de la Souabe, où les dés des femmes servaient de moules à balles, et où la mousqueterie des dragons ducaux scandait, parfois dans les villages, les lieders patriotiques.
De retour à Nancy, au milieu des cabotins dont il faisait sa société habituelle et ses délices, Mahalin écrivait ses souvenirs d’Allemagne avec cette phraséologie qui rappelle trop la phrase pyrotechnique de Paul de Saint-Victor, les débauches d’esprit de Banville, les afféteries de Marivaux et la vivacité de répartie des Crispins et des Tabarins. Une fraction de cette correspondance a paru dans L’Europe artiste, sous ce titre : De Strasbourg à Nancy.
A la mort de Pommereux, Achille Denis quittant le Messager des Théâtres pour la rédaction en chef de la Revue et Gazette, Mahalin lui succède, et sa critique ravive un moment cette feuille. Mais toujours entraîné par ce que Montaigne nomme si justement : L’envie de paroistre, il tombe dans l’exagération, et détériore, sans s’en douter, les qualités littéraires de son esprit. Incapable de modération, amoureux des couleurs vives, des excentricités, des rodomontades, il proclame Théophile Gautier son maître, l’appelle tout comme Arsène Houssaye, Théo, jalouse les gilets et le passé de Roger de Beauvoir, met sa gloire à tutoyer les comédiens.
A sa sortie du Messager, il a fondé, avec M. Poirier, Le Courrier (quatre numéros) ; — a travaillé à la Causerie avec M. Cochinat qu’il nomme un ramoneur de lettres ; — au Gaulois, au Rabelais ; a passé au Diogène, au Mousquetaire. L’entrevue de Villafranca a interrompu, au Cirque-Billion, les répétitions générales des Martyrs de l’Autriche, drame de commande, fait avec Carjat et la collaboration imposée de Labrousse, l’homme qui a gagné toutes les batailles de l’Empire... au Cirque.
Essentiellement bohème, M. Paul Mahalin ne se fera jamais un nom sérieux ; il manque de jugement, de tact, de logique et d’esprit d’ordre. On a dit de lui que ses articles sentaient la femme, les soupers fins et les londrès. Cette odeur-là n’est pas plus mauvaise qu’une autre quand on sait en user, mais autrement elle énerve. M. Paul Mahalin est une incarnation frappante du Lousteau de Balzac ; il est et restera articlier. Au physique, c’est une moustache rutilante et un nez de travers juchés sur une anatomie mobile comme une girouette.
Au moral... ah ! diable ! qu’est-ce que M. Paul Mahalin peut être au moral ?... Permettez-moi de glisser sur ce mystère. J’ai peur de la loi qui va protéger les morts !
Jean-François Vaudin
[Gazetiers et Gazettes / Histoire critique et anecdotique de la presse parisienne, années 1858-1859.- Paris : en vente chez tous les libraires, 1860. Pages 127-131].
S’il est un écrivain vosgien totalement oublié aujourd’hui, mais dont la plume fut - ô combien - féconde, c’est bien Paul Mahalin.
Selon une tradition non démontrée, il aurait été l’un des collaborateurs occultes d’Alexandre Dumas.
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