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Exposition virtuelle n° 1

Julie-Victoire
Daubié

Une Vosgienne ouvre les portes du savoir

En 1861, à trente-sept ans, elle devient la première bachelière de France. Cette victoire n’est pourtant qu’une étape dans une vie consacrée à l’instruction, au travail et aux droits des femmes.

1824
Bains-les-Bains
1861
première bachelière
1874
Fontenoy-le-Château
Julie-Victoire Daubié photographiée en 1861
Pierre Petit, 1861. Bibliothèque Marguerite Durand, Paris — domaine public.

Suivez les tableaux dans l’ordre ou choisissez librement une étape du parcours.

11 mars 2024

Un visage sur un timbre

Deux cents ans après sa naissance, la pionnière vosgienne voyage sur les lettres de toute la France.

La Poste lui consacre un timbre dessiné et gravé en taille-douce par Sarah Lazarevic. La même année, le bicentenaire de sa naissance figure parmi les commémorations nationales de France Mémoire. L’hommage philatélique ne célèbre pas seulement la première bachelière : il remet en lumière une penseuse et une journaliste dont les combats dépassent largement l’examen de 1861.

Voir le dossier du timbre publié par Philaposte

Timbre Julie-Victoire Daubié émis par La Poste en 2024
Émission du 11 mars 2024 · création et gravure Sarah Lazarevic, d’après photos © Alamy/ABACA et © Ville de Paris/Bibliothèque Marguerite Durand · © La Poste 2024.

26 mars 1824

Une enfance entre deux lieux

Bains-les-Bains lui donne le jour ; Fontenoy-le-Château devient son port d’attache.

Julie-Victoire naît dans la maison des Commis de la Manufacture royale de Bains. Son père, employé de l’établissement, meurt alors qu’elle n’a pas deux ans. Sa mère rejoint Fontenoy-le-Château avec ses huit enfants. La cité accompagnera toute sa vie : elle y revient, y travaille et y repose.

Découvrir la maison natale dans la base POP

1844

Apprendre par les portes entrouvertes

À une époque où les études des filles s’arrêtent tôt, elle se construit sa propre voie.

Elle profite des leçons données à ses frères et approfondit le latin et le grec avec Florentin, l’un de ses aînés. Le 31 août 1844, elle obtient le brevet de capacité nécessaire à l’enseignement. Institutrice puis préceptrice, elle enseigne à son tour tout en poursuivant seule une formation normalement réservée aux garçons.

« J’ai démontré ailleurs que l’étude du latin et du grec serait souvent nécessaire à l’ouvrière même. »

Julie-Victoire Daubié, La Femme pauvre au XIXe siècle, 1866.

1859—1866

Observer, enquêter, démontrer

Avant le diplôme qui la rend célèbre, il y a déjà une œuvre.

En 1859, son étude sur la condition économique des femmes remporte le premier prix d’un concours de l’Académie de Lyon. Développée puis publiée en 1866 sous le titre La Femme pauvre au XIXe siècle, elle analyse le manque de formation, les salaires, les métiers fermés et les mécanismes qui maintiennent les femmes dans la dépendance.

Daubié n’écrit pas depuis l’abstraction : elle croise les faits, les chiffres, le droit et les situations observées. Son féminisme est aussi une enquête économique et sociale.

Feuilleter l’ouvrage dans Gallica

Reliure de l’exemplaire de La Femme pauvre au XIXe siècle numérisé par Gallica
La Femme pauvre au XIXe siècle — exemplaire numérisé par la BnF.

17 août 1861 · Lyon

Le jour où le baccalauréat change de genre

Le règlement ne l’interdit pas aux femmes. Les usages, eux, ont jusque-là suffi à les tenir dehors.

À trente-sept ans, Julie-Victoire Daubié se présente devant les examinateurs de la Faculté des lettres de Lyon et réussit le baccalauréat ès lettres. Son diplôme porte le masculin « bachelier » : l’administration n’a encore prévu aucun autre mot.

L’événement est immense. L’enseignement secondaire féminin est alors presque inexistant ; les lycées publics de jeunes filles ne seront créés qu’en 1880, et les programmes féminins ne prépareront au baccalauréat qu’à partir de 1924.

Lire le dossier de France Mémoire

Les années 1860

Écrire pour rendre visible

Le baccalauréat lui donne une tribune ; elle s’en sert pour parler des autres femmes.

Articles, essais, conférences : Daubié défend l’accès des filles à une instruction véritable et réclame pour les femmes le droit de vivre de leur travail. Elle étudie également la pauvreté, l’inégalité des salaires, la prostitution réglementée et les obstacles juridiques qui limitent l’autonomie féminine.

« L’interdiction pour la femme de puiser l’instruction aux mêmes sources que l’homme… »

Sa pensée relie ce que l’on sépare souvent : apprendre, exercer un métier, disposer d’un revenu, puis devenir une citoyenne à part entière.

1870—1872

Du diplôme à l’action

Elle poursuit ses études au moment même où elle organise le combat collectif.

En 1870, elle participe à une commission parisienne chargée de réfléchir à la réforme de l’enseignement primaire. Au début de 1871, elle fonde une association pour le suffrage des femmes. Le 28 octobre de la même année, elle réussit les examens de la licence ès lettres ; le diplôme lui est matériellement délivré en 1872.

Elle prépare ensuite un doctorat sur la condition de la femme dans la société romaine. La maladie et sa mort précoce l’empêcheront de l’achever.

  1. 1870Commission pour l’enseignement
  2. 1871Suffrage et licence ès lettres
  3. 1872Diplôme et nouveaux écrits

26 août 1874 — aujourd’hui

Une mémoire vosgienne devenue nationale

Elle meurt à cinquante ans ; son nom, lui, continue d’ouvrir des écoles, des rues et des salles.

Julie-Victoire Daubié s’éteint à Fontenoy-le-Château, où sa tombe est encore visible. Sa maison natale est labellisée « Maison des Illustres ». Un salon du ministère de l’Éducation nationale porte son nom. Établissements scolaires, rues, prix et associations entretiennent sa mémoire jusqu’au timbre du bicentenaire.

Le plus bel hommage reste peut-être celui-ci : son parcours n’est plus raconté comme une anomalie, mais comme une étape décisive dans une histoire collective.

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Sources, images et précisions documentaires

Dates. L’acte de naissance et les sources du bicentenaire donnent le 26 mars 1824. Pour la licence, l’examen est réussi le 28 octobre 1871 et le diplôme est délivré en 1872. Les sources modernes ne s’accordent pas toutes sur le 25 ou le 26 août 1874 ; l’état civil et les commémorations locales retiennent le 26.

Portrait. Pierre Petit, 1861, Bibliothèque Marguerite Durand (Ville de Paris), image du domaine public diffusée par Wikimedia Commons. Ouvrage. Bibliothèque nationale de France, Gallica.