Joseph Clément POULLAIN DE GRANDPREY

[ Lignéville (88) , 23/12/ 1744 – Tranqueville-Graux (88) , 06/02/ 1826 ]

homme politique

Biographie vosgienne

1829 — Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel

POULAIN-GRANDPREY Joseph Clément.- Législateur actif et instruit, ancien membre de la Convention et du conseil des Cinq-Cents, né à Lignéville (Vosges) en 1744, mort en 1826 ; il proposa l’abolition de la peine de mort, le décret d’accusation contre Marat, et la mort de Louis XVI en cas d’invasion.

1833 — Biographie universelle ou Dictionnaire historique

POULLAIN DE GRANDPREY (Joseph-Clément), conventivnnel, né en 1744 à Ligneville, près Mirecourt, en Lorraine, exerça les fonctions d’avocat à Mirecourt jusqu’en 1770, époque à laquelle il fut pourvu de l’office de procureur du roi, assesseur civil criminel au bailliage royal de la même ville. Un an après, il devint prévôt de Bulgnéville, et il l’était encore lorsque la révolution éclata.

Chargé de rédiger les doléances du bailliage de Neufchâteau et les demandes du tiers-état de toute la province de Lorraine, il fut élu enfin procureur général syndic du département des Vosges, lors de la première formation des administrations populaires. En 1792, il fut élu député des Vosges à la Convention, et, avant de rompre l’assemblée électorale qu’il présidait, il obtint d’elle l’improbation (consignée au procès-verbal) de la circulaire contenant la relation sanglante des 2 et 3 septembre, adressée aux départements par la commune de Paris.

Arrivé à la Convention, Poullain de Grandprey fit partie de la commission des vingt-quatre, créée pour faire le dépouillement des papiers trouvés le 10 août aux Tuileries dans l’armoire de fer, et il fut un des deux membres qui communiquèrent à Louis XVI ceux de ces papiers que l’on jugeait pouvoir être à sa charge. Il rendit ensuite compte à l’assemblée des communications faites au roi, et son Rapport mécontenta les Montagnards. Dans le procès de Louis XVI, il demanda d’abord que le jugement n’appartint pas à la Convention, puis il vota la mort, mais avec la réserve expresse du sursis et de l’appel au peuple.

On le vit bientôt après voter pour le décret d’accusation contre Marat ; mais plus tard il employa une foule de demi-résistances et de petites ruses pour échapper aux fureurs révolutionnaires, et il atteignit ainsi le 9 thermidor. Il fut chargé presque aussitôt d’une mission à Lyon, qui ne fut signalée que par des mesures d’ordre et de pacificat. Dans le conseil des Anciens et dans celui des Cinq-Cents, où il fut admis successivement, il vota constamment pour le Directoire contre le parti dit de Clichy, qui formait l’opposition, et il prit une part active au coup d’état du 18 fruclidor de l’an V.

Le 2 brumaire suivant, au nom d’une commission spéciale, il fit un Rapport qui concluait à la confiscation des biens des personnes condamnées à la déportation le 18 fructidor. Il fit encore plusieurs Rapports en faveur d’une foule de mesures tendant à fortifier l’action du gouvernement, et fut élu président du conseil des Cinq-Cents en 1798. Il commença à lutter contre le Directoire lors de la loi du 22 floréal an VI, qui soumettait les élections à l’influence illégale du gouvernement, et il contribua pour sa part à amener la crise du 3o prairial an VIII, qui procura au parti ultra-démocratique un triomphe éphémère.

Il fut le président et plusieurs fois le rapporteur d’une commission chargée alors de présenter des mesures de salut public ; mais il combattit avec énergie les opinions qui se hasardaient sur des changements à faire à la constitution et sur la possibilité de proroger les pouvoirs des députés. Son attachement à cette constitution le rangea parmi les adversaires décidés du 18 brumaire an VIII ; il fut à ce titre exclu du corps législatif, et condamné à une déportation qui n’eut pourtant pas lieu.

Il s’occupait dans la retraite d’essais agricoles, lorsqu’il fut nommé, avant la fin de la même année, président du tribunal civil de Neufchâteau (Vosges). Il eut, en 1811, l’une des présidences de chambre de la cour impériale de Trêves, place qu’il dut perdre en 1814, par suite du traité de Paris. Il siégea durant les Cent Jours à la chambre des députés, s’y rallia aux patriotes de 1789, et fut un de ceux qui signèrent, chez le président Lanjuinais, une protestation contre la violence qui les empêchait de continuer leurs délibérations.

Après la seconde Restauration, bien que son vote au procès de Louis XVI eût été compté dans la minorité, il fut exilé. Rappelé en France par l’ordonnance royale de février 1818, il mourut à sa terre de Graux près Neufchâteau, en 1826.


[in Biographie universelle ou Dictionnaire historique contenant la nécrologie des hommes célèbres de tous les pays, etc.- Par une société de gens de Lettres, de professeurs et de bibliographes.- Paris : Furne libraire-éditeur, 1833.- Tome 6, page 189].

1839 — Biographie lyonnaise

POULLAIN DE GRANDPREY (Joseph-Clèment), conventionnel, né à Ligneville (Vosges), le 23 décembre 1744, mort à sa terre de Graux (Vosges), le 6 février 1826.

Envoyé à Lyon vers la fin de 1795, en qualité de commissaire du gouvernement dans les départements de l’Ain, de l’Isère, de la Loire, du Rhône et de Saône-et-Loire, il rendit plusieurs arrêtés pour rappeler dans cette cité le goût des lettres et des arts, fit rouvrir la Bibliothèque publique, etc. Il fut remplacé, en janvier, par le représentant Reverchon.

A. Guillon, Mémoires, passim.


[in Biographie lyonnaise, Catalogue des Lyonnais dignes de mémoire.- Par Breghot du Lut et Pericaud aîné.- Paris, Lyon : Société littéraire de Lyon, Techener, Giberton et Brun, 1839.- Page 236].

1845 — Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton

Joseph Clément POULLAIN DE GRANDPREY, né le 23 décembre 1744 [à Lignéville], mort le 16 février 1826.

De l’âge de 18 à 25 ans, il fut avocat à Mirecourt ; en 1770, il fut pourvu de l’office de conseiller du roi, assesseur civil et criminel au bailliage de la même ville, et l’année suivante nommé prévôt de Bulgnéville. En 1790, il fut nommé commandant de la garde nationale de Bulgnéville et de ses environs, et procureur-général syndic. En 1791, il présida l’assemblée électorale, fut nommé ensuite député à la Convention nationale, puis président de cette assemblée.

Chargé d’aller apaiser les troubles du Midi, il s’acquitta de cette mission avec zèle et humanité. En l’an V, il fut secrétaire, puis président du conseil des Anciens, ensuite membre du conseil des Cinq—Cents. En l’an VIII, il fut nommé président du tribunal de Neufchâteau ; en l’an X, porté sur la liste des Notables ; en l’an XII et en 1807, nommé candidat au Corps législatif et membre du conseil général des Vosges. En 1814, il fut envoyé par ce département à la chambre des représentants.

Condamné à l’exil en vertu de la loi d’amnistie, il se retira à Trèves et ne rentra en France qu’en 1818.

Une longue notice biographique, qui renferme de curieux détails sur M. Poullain de Grandprey, a été insérée dans l’Annuaire de 1833.


[Tome 2, p. 305].

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

POULAIN DE GRANDPREY Joseph Clément.- Conventionnel, naquit à Lignéville (arrondissement de Neufchâteau), le 23 décembre 1744. Avocat à 18 ans, il fut pourvu, en 1770, de l’office de conseiller du roi au bailliage de Mirecourt, et plus tard des fonctions de juge-prévôt à Bulgnéville. En 1790, il fut nommé procureur général syndic du département des Vosges, et envoyé à la Convention nationale, deux ans après, par le même département.

En décembre 1792, il fut l’un des commissaires chargés de communiquer à Louis XVI les documents qui tendaient à établir sa culpabilité, afin de donner à ce malheureux prince les moyens de préparer sa défense. La modération dont il fit preuve en rendant compte de sa mission, décida Legendre à faire décréter, par la Convention, qu’il ne serait plus fait à l’avenir de communications de cette nature. Lors du jugement de Louis XVI, il vota la peine de mort avec sursis jusqu’à l’acceptation de la constitution, le bannissement des Bourbons, et, en cas d’invasion du territoire, la mort immédiate du roi [Note].

Dans la séance du 27 mars 1793, il annonça à la convention que 13 bataillons de volontaires s’étaient levés spontanément dans les Vosges pour voler aux frontières, et fit décréter que ce département avait bien mérité de la patrie. Le 12 avril 1793, il fit aussi décréter la mention honorable en faveur des habitants d’Épinal, qui, aux premières nouvelles de la défection de Dumouriez, s’étaient mis au nombre de douze cents à la disposition du conseil exécutif. Il combattit le maximum, sollicita des secours pour les Vosges, fit rendre un décret sur le partage des biens communaux, et demanda, le 31 mai 1793, que les membres de la Convention ne pussent être réélus à la législature suivante.

Envoyé en mission à Lyon et dans les environs, dix mois après le 9 thermidor, il mit enfin un terme aux excès qui avaient jeté la désolation dans ce malheureux pays. Réélu au conseil des anciens, dont il fut secrétaire et président, il en sortit par la voie du sort, et entra dans celui des Cinq-cents, qu’il présida également et où il défendit, avec une rare énergie, la constitution de l’an III. Il parut à la tribune au 18 fructidor, déclara que la patrie avait couru de grands dangers, et demanda la formation d’une commission de salut public ; le 28 prairial, il proposa au conseil des Cinq-cents de se déclarer en permanence ; sa proposition fut adoptée, et il contribua puissamment à la révolution du 30 prairial, qui fit sortir Merlin et Laréveillère-Lépaux du Directoire.

Enfin, il appuya vivement en 1799 la proposition du général Jourdans, de faire déclarer la patrie en danger, proposition qui fut rejetée à une assez faible majorité. Exclu et arrêté après le 18 brumaire, il fut condamné à la déportation, mais on se borna à l’exiler, avec ses autres collègues, dans le département de la Charente, où il se retira chez le célèbre Montgolfier, son ami. A la demande du général Bernadotte, avec qui il était lié, il fut nommé, en l’an VIII, président du tribunal de Neufchâteau, fonctions qu’il conserva jusqu’en 1811, époque à laquelle il fut nommé président de chambre à la Cour d’appel de Trèves.

Député pendant les cent jours, il monta à la tribune le 25 juin, à l’occasion de la discussion de la loi de haute police, et fit décréter que les motifs d’arrestation seraient communiqués aux prévenus. A la seconde rentrée des Bourbons, il fut exilé, et se réfugia à Trèves, où il fut parfaitement accueilli. Les habitants de cette ville lui donnèrent le droit de bourgeoisie, et obtinrent que l’ordonnance du roi de Prusse, qui défendait aux bannis français de se fixer ailleurs qu’à Koënigsberg ou Magdebourg, ne lui serait point appliquée. En considération des services qu’il avait rendus à son pays pendant 42 ans, il fut autorisé à rentrer en France en 1818, et on lui restitua une modique pension de 1700 francs.

Depuis cette époque, il refusa constamment les honneurs de la députation, et s’occupa exclusivement d’agriculture. Il est mort à Greux, arrondissement de Neufchâteau, le 6 février 1826.

 

Note : Voici, d’après le Moniteur, le vote motivé de Poulain de Grandpré :
Je dois voter définitivement, puisqu’un décret m’y oblige. Ce n’est point à la loi pénale que je dois me conformer, mais à l’intérêt général. Si je me trompe, je ne veux pas que ma faute soit irréparable. Je dis Louis étant déclaré coupable, mérite la mort ; mais je demande qu’il soit sursis à l’exécution, jusqu’à l’acceptation de la Constitution, ou jusqu’au moment où les ennemis envahiraient notre territoire.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

POULAIN DE GRANDPREY (Joseph-Clément), né à Lignéville, le 23 décembre 1774, mort à Graux, le 6 février 1826. Il avait neuf ans, quand tout à la fois il apprit à lire et à écrire. Sa santé était très délicate. Un des secrétaires de Voltaire lui fit faire sa rhétorique. Il fit sa philosophie à l’université de Pont-à-Mousson. Il avait 17 ans lorsque son père, maître particulier des forêts, mourut. De 18 à 25 ans il exerça la profession d’avocat à Mirecourt, puis celle d’assesseur criminel au bailliage de cette ville, puis devint prévôt de Bulgnéville.

C’est là qu’il salua la révolution de 89, dans laquelle il devait jouer un grand rôle. En homme instruit et convaincu, il en adopta les principes. Il fut un des 28 députés des bailliages des Vosges qui, réunis à Mirecourt, se réduisirent à 4, qui furent envoyés aux États-Généraux. Il fut nommé secrétaire des députés de la Lorraine, réunis à Nancy par M. de Boufflers, de la fédération des Vosges, à Épinal, et de la garde nationale de toute la Lorraine. Il était alors commandant du bataillon de Bulgnéville. Malgré sa qualité de propriétaire de deux hautes-justices et d’un fief dont il portait le nom , il fut nommé procureur général syndic.

On lui doit en grande partie, par ses soins et ses démarches, la reconstruction du village de Mandres-sur-Vair, incendié presque en totalité en 1781. En 1779, il fit acquitter un pauvre jeune homme qui avait été condamné à Neufchâteau, et qui subissait déjà la question ; horrible spectacle qui disparut un an plus tard, le 24 août 1780.

En 1791, il présidait l’assemblée électorale qui voulut le nommer député, mais il refusa par dévouement pour son pays. Il étouffa une insurrection prête à éclater dans le régiment d’Angoulême en garnison à Épinal. C’est lui qui opéra la clôture du chapitre de Remiremont et fit respecter les propriétés, même féodales, en maintenant le peuple qui voulait se porter à des excès. Partout il exerça avec une fermeté tempérée de douceur. L’abbé Georgel lui témoigna toute sa gratitude et sa reconnaissance pour les services qu’il avait rendus au clergé. C’est Poulain de Grandprey qui organisa, avant d’en avoir été requis, les treize bataillons des Vosges. On peut dire qu’il alluma dans le cœur des Vosgiens le feu sacré de l’amour de la patrie.

Sur la fin d’août 1792, Desaix, dont le nom est devenu célèbre, était alors aide-de-camp du général de Broglie, chargé de lettres d’officiers supérieurs de l’armée du Rhin, pour son général qui se trouvait à Bourbonne-les-Bains, avait voulu, pour abréger la route, éviter un poste de garde nationale, à l’entrée du gros village de Xertigny. Cette précaution inspira de la méfiance, et Desaix bientôt arrêté, fut conduit à Épinal, suivi d’une partie de la population de Xertigny, à laquelle se joignit ensuite celle d’Épinal. Poulain de Grandprey fit interrompre la publicité de la séance du Conseil général du département, et pour soustraire Desaix aux suites de l’effervescence populaire, il fit adopter la mesure de faire conduire l’aide-de-camp en prison, d’où sa sortie clandestine fut favorisée dans la nuit du lendemain ; le secret des lettres dont Desaix était porteur, fut respecté, et sa vie hors de danger.

Il s’attacha surtout à recommander aux Vosgiens d’être calmes et d’éloigner de leur esprit toute vengeance, aussi à part quelques mauvais sujets et quelques têtes exaltées, le pays n’a pas eu à enregistrer beaucoup de noms sanguinaires. Nous passerons néanmoins sous silence ceux de quelques Vosgiens qui se sont signalés par leur trop rouge patriotisme. Les électeurs vosgiens décident enfin leur bien-aimé et dévoué compatriote d’accepter le mandat de député, que celui-ci avait refusé plusieurs fois et qu’il accepta enfin par dévouement. Dès les premiers jours d’octobre 1792, il fit partie de la Commission des Vingt-Quatre, parmi lesquels deux membres furent choisis pour communiquer à Louis XVI les papiers que l’on attribuait à ce monarque et qui devaient lui procurer le moyen de préparer sa défense. Poulain de Grandprey, l’un de ces deux membres chargés de porter la parole, montra tant d’égards pour l’illustre accusé, que Drouet et Legendre, les deux plus grands ennemis de Louis XVI, firent décréter la défense formelle de toute communication, et la Commune de Paris motiva une plainte contre le juste et honnête député vosgien. Voici comme il se prononça dans le procès du roi.

On sait que trois questions furent posées par la Convention nationale : la 1ère tendait à décider par qui le roi devait être jugé; la 2e, à savoir si le jugement serait soumis à la ratification du peuple ; et la 3e, à déterminer la peine qui serait infligée à Louis (la culpabilité avait été affirmativement prononcée à l’unanimité de ceux qui prirent part à la délibération ; mais quelques-uns, au nombre de neuf, s’en abstinrent). Sur la première, Poulain de Grandprey demandait que le jugement n’appartint pas à la Convention nationale. La cumulation des fonctions de jurés d’accusation, de jurés de jugement et de juges, dit-il, est une monstruosité révoltante.

Et dans la même opinion, il proposait l’abolition de la peine de mort. Sur la seconde, obligé contre son gré de concourir au jugement, il vota la ratification du peuple. Sur la question pénale, il adopta une opinion concertée avec les députés girondins les plus modérés, dans l’intention non seulement de sauver la vie à Louis XVI, mais encore de le soustraire aux poignards dont il était menacé en cas d’absolution. Il vota, donc, comme législateur, pour la mort, avec, la réserve expresse et inséparable de son vote, de surseoir à l’exécution jusqu’à ce que la Constitution fut acceptée par le peuple. Cette réserve du sursis, émise par 46 membres, ne fut pas aussi influente que ces députés l’avaient espéré : ils furent en trop petit nombre. Vingt-six autres donnèrent une direction différente à cette mesure, en déclarant après l’explication donnée par Mailhe, qu’elle était indépendante de leur vote ; aussi ceux-ci furent-ils comptés pour la condamnation à mort. Mais les 46 n’accordaient, à proprement parler, que l’apparence d’un arrêt capital, puisque la condition essentielle, formelle, en était de laisser vivre l’auguste accusé : ces votes ainsi restreints, assimilée aux opinions pour le bannissement ou la réclusion, classèrent avec raison leurs auteurs dans la minorité, composée de 334 opposants à la peine de mort, qui fut prononcée par une majorité de 387. Celui de Poulain de Grandprey, s’il eût prévalu, aurait eu l’avantage de mettre le roi sous la protection spéciale des assemblées primaires. Je dois faire en sorte, dit-il, que si dans l’émission de mon vœu, j’ai commis une erreur, elle ne soit pas irréparable. Observation qu’il reproduisit encore dans son opinion en faveur du sursis mis en délibération immédiatement après le prononcé de l’arrêt. Plusieurs de ses concitoyens, notamment M. Falatieu, furent témoins de la profonde douleur que lui causa la déplorable journée du 21 janvier.

Les 13 et 14 avril 1793, il vote pour le décret d’accusation contre Marat, qui troublait l’ordre, à raison de ses écrits et de ses propos incendiaires.

Il combattit avec énergie l’aliénation des forêts. Sur son refus de rédiger le rapport d’un acte révoltant, Legendre le fit exclure du Comité du domaine dont il faisait partie. Je n’attacherai jamais mon nom à une telle infamie, fut sa réponse. Il s’agissait de changer les conclusions du jugement sur l’affaire de l’abbaye de Wadgass, afin de traduire les amis devant le tribunal révolutionnaire. Poulain de Grandprey demanda un congé et eut à s’en féliciter, car il courait de grands dangers après une résistance aussi énergique. S’il échappa à la mort pendant toute la tourmente révolutionnaire, c’est parce qu’on ne le vit plus à la tribune à partir du 20 juin, et qu’il ne prit plus part aux débats politiques, sa santé l’ayant obligé de se retirer à la campagne. Il fut pendant un an, comme oublié, et cependant il avait des ennemis puissants et acharnés.

Un jour, à onze heures du soir, des gendarmes vinrent l’arracher de son lit et le traînèrent sans ménagement devant le Comité de Salut public, il s’agissait de déposer immédiatement des papiers qui lui avaient été confiés et qui concernaient Marie-Antoinette qu’on jugeait cette nuit. Il fut tellement adroit qu’il put se dispenser de les remettre à ces misérables... Ils n’en eurent pas besoin pour condamner à mort cette royale victime, qu’ils eussent mieux fait de rendre à sa famille. Quelle honte, que la mort de cette femme !…

Dix mois après la chute de Robespierre, Poulain de Grandprey fut envoyé en mission à Lyon et dans les départements voisins, pour arrêter les excès sanglants de la république, il y parvint et eut le bonheur de rendre le repos à cette malheureuse contrée. On releva tous les monuments qui avaient été saccagés et on créa, sous les auspices du sage républicain, un jardin botanique. Voici un épisode de cette mission :

Le département de la Haute-Loire venait de voir éclater une révolte fanatique ; Poulain de Grandprey sut la comprimer sans effusion de sang ; il se mit à la tête de l’expédition, composée de deux demi-brigades d’infanterie et d’un escadron du 8e régiment de dragons, auxquels il donna pour commandant, l’adjudant général Duphot, alors suspendu par Aubry. C’est ainsi que sans l’autorisation du Comité de Salut public, qui confirma cette mesure, il rendit, en le réintégrant, aux armées françaises, un guerrier qui fut surnommé le nouveau Bayard, et dont on a donné le nom à une rue de Paris. En arrivant au Puy, Poulain de Grandprey fut complimenté par toutes les autorités, qui vinrent à sa rencontre, comme le libérateur de la contrée.

Voici un extrait d’une proclamation du successeur de Poulain de Grandprey, affichée à Lyon, le 30 nivôse an IV :

À l’époque où les sections de Paris levèrent l’étendard de la révolte contre la Convention nationale, un rassemblement de brigands armés se porta sur Yssingeaux, dans l’intention d’enlever les 32 000 fusils qui y étaient en dépôt ; mais le représentant Poulain de Grandprey, informé de leur projet, vole à la tête de nos braves frères d’armes, oppose une barrière invincible aux démarches des rebelles. C’est ainsi que ce républicain courageux a couronné une mission pénible, où il a déployé un grand caractère et une étonnante activité.

Rentré à Paris, il fit partie de toutes les commissions et fut nommé secrétaire-rédacteur de toutes les assemblées. Il prit part, à la réorganisation de la gendarmerie, fit suspendre la vente des presbytères ; proposa l’usage exclusif du nouveau calendrier ; signala les graves abus qui se commettaient à la Trésorerie nationale, et fit un rapport sur la poste aux chevaux. Il a reproché vivement et avec amertume au Directoire d’avoir abandonné le malheureux général Humbert, sans renfort, sans vêtements et sans ressources, dans un pays ennemi acharné de la France, de cette France alors menacée d’être envahie par Suwarow. Si, au lieu d’attendre une ordonnance de fonds, à Brest, le général Hardy, bras droit d’Humbert, l’eût accompagné avec tout ce qui était nécessaire pour cette expédition, le succès était certain ! La honte fut pour le Directoire, la gloire pour cette poignée de braves, qui, pour récompense d’un courage inouï, chefs et soldats, n’ont eu en partage que la misère, les plus grandes souffrances et la mort.

Un jour viendra où la France inscrira sur le marbre les noms de toutes les victimes de cette folle descente en Irlande !

En 1799, ce grand patriote, assisté du général Jourdan, provoque un message au Directoire, pour déclarer que la patrie est en danger. Fidèle à son serment, il s’est opposé à la révolution du 18 brumaire an VIII. Il fut alors exclu du Corps législatif et relégué dans la Charente. C’est là qu’il se lia de la plus étroite amitié avec le célèbre Montgolfier, qui lui offrit l’hospitalité la plus généreuse, la plus amicale. Quelque temps après, il revint dans les Vosges où il s’occupa d’agriculture.

Sur la demande de Bernadotte, il fut nommé en l’an VIII, président du tribunal de Neufchâteau, fonctions qu’il conserva jusqu’en 1811. Aux élections des députés pour la Chambre de 1816, dite Introuvable, il fut ballotté avec M. Cuny, qui l’emporta. Quoique le vote de Poulain de Grandprey, dans le procès de Louis XVI, fût classé parmi ceux de la minorité, le patriote républicain fut mis au nombre des bannis et exilé.

Il se retira à Trèves, où les habitants l’accueillirent en l’inscrivant sur le livre de la bourgeoisie, et peu de temps après, les magistrats le nommèrent président de chambre à la Cour d’appel. Par ordonnance du roi de France de février 1818, il rentra dans ses foyers en 1820, se livra constamment à l’agriculture, et pour prix de 43 ans de services si divers, on lui rendit sa pension de 1700 francs, dont il avait été privé pendant son exil.

Poulain de Grandprey fut un grand citoyen, un honnête homme, n’ayant jamais varié dans ses opinions ; il a servi la Révolution dans tout ce qu’elle avait de bon. Ayant toujours eu en horreur l’effusion du sang, il n’a pas même fait couler une larme et a eu le bonheur d’en essuyer...

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

POULAIN dit de GRANDPRÉ Joseph Clément.- Lignéville a vu naître, en 1744, un intendant de la maison seigneuriale, Joseph Clément Poulain, dit de Grandpré. Devenu avocat, il fut pourvu, en 1770, de l’office de conseiller du Roi au bailliage de Mirecourt.

En 1790, il embrassa les principes de la Révolution, fut nommé procureur général syndic du département des Vosges, et envoyé, deux ans plus tard, à la Convention. Lors du jugement de Louis XVI, il vota la peine de mort, avec sursis, il est vrai, mais la mort immédiate, en cas d’invasion. Cependant Poulain n’était pas un méchant homme : la terreur lui fit voter celte peine ; sa conscience lui inspira une échappatoire. Chargé d’aller apaiser les troubles du Midi, Poulain s’acquitta de cette mission avec zèle et humanité.

En l’an V, il devint secrétaire, puis président du Conseil des Anciens ; il en sortit par la voie du sort, et il entra au Conseil des Cinq-Cents. Exclu de cette assemblée au 18 brumaire, il fut interné dans la Charente, où il se retira chez le célèbre Montgolfier, son ami. En l’an VIII, sur la recommandation de Bernadotte, il fut nommé président du tribunal de Neufchâteau, et en 1811 président de chambre à la cour d’appel de Trèves.

Député des Vosges, pendant les Cent-Jours, il fut exilé à la rentrée des Bourbons, et trouva un refuge à Trèves, dont les habitants lui avaient conservé bon souvenir el lui accordèrent le droit de bourgeoisie. Autorisé à rentrer en France en 1818, il s’occupa uniquement d’agriculture, jusqu’à sa mort, qui arriva en 1826, au château de Graux, canton de Coussey.

1882 — Annuaire des Vosges / Léon Louis

POULAIN DE GRANDPREY Joseph Clément.- L’un des huit Vosgiens représentants du peuple à la Convention (avec Balland, Bresson, Couhey, Hugo, Noël, Perrin, Souhait).

Voici comment, après plusieurs tours de scrutin, furent élus les représentants du peuple à la Convention [le 2 septembre 1792, en l’église des ci-devant Cordeliers à Mirecourt, par 435 électeurs vosgiens, sous la présidence de Poulain-Grandprey]: Poulain-Grandprey, procureur général syndic du Département, passa le premier avec 415 suffrages ; François de Neufchâteau fut élu ensuite avec 413 ; Hugo, l’un des administrateurs du département, avec 257 ; Perrin, président du directoire du département, avec 228 ; Noël, procureur-syndic du district de Remiremont, par 250 voix ; Souhait, maire de Saint-Dié, par 241 ; Bresson, membre du directoire du district de Darney, l’un des suppléants à la Législative, par 198 ; et Couhey, juge au tribunal de Neufchâteau, par 198 voix.

Les trois suppléants furent Balland, procureur-syndic du district de Bruyères, élu par 185 voix ; Cherrier, juge au tribunal du district de Neufchâteau, par 198, et Martin (Nicolas-Félix), de Morizécourt, juge au tribunal du district de Lamarche, par 241 suffrages.

François de Neufchâteau ayant refusé […], fut immédiatement remplacé par Balland, premier suppléant élu.

Le corps électoral des Vosges s’était attaché, comme on voit, à choisir ses représentants un peu dans tous les districts du département, afin que les intérêts de chacun fussent défendus. Les hommes à qui ils accordèrent leurs suffrages avaient tous, sans exception, déjà été investis, souvent à plusieurs reprises, de la confiance de leurs concitoyens et exerçaient, depuis le début de la Révolution, diverses fonctions électives.

Celui qui remplissait le poste le plus important était Poulain-Grandprey, procureur-général-syndic, fonction qui correspond presque exactement à celle du préfet dans l’organisation administrative actuelle.

Poulain de Grandprey (Joseph-Clément), était né à Lignéville (dans le canton de Vittel), le 23 décembre 1754, d’une famille de petite noblesse ; son père était maître-particulier des eaux et forêts. Il eut une enfance maladive et ne quitta point la maison paternelle pour faire ses études.

Chose à noter, c’est un secrétaire de Voltaire qui lui servit de précepteur, lorsque, déjà plus avancé en âge, il put étudier les humanités et la rhétorique. Plus tard il alla faire sa classe de philosophie au collège de Pont-à-Mousson. Il en sortait à peine, à dix-huit ans, que son père mourut. Sa résolution fut bientôt prise et il devint avocat au bailliage de Mirecourt, où il plaida avec distinction, puisqu’on lui confia successivement les fonctions d’assesseur criminel ou conseiller du roi au présidial de Mirecourt, puis de juge-prévôt de Bulgnéville. Il donna dans ces deux fonctions des preuves touchantes de son amour de la justice et de l’humanité.

Le village de Mandres-sur-Vair, incendié en 1781, lui doit sa reconstruction, et il avait de lui-même supprimé la torture un an avant sa suppression officielle. D’un esprit cultivé, tout imprégné de la philosophie du siècle, ouvert à toutes les idées généreuses qui fermentaient alors dans les cerveaux, Poulain-Grandprey (il supprima très vite la particule de son nom) accueillit avec enthousiasme les préludes de la Révolution. Délégué des bailliages des Vosges pour l’élection aux États généraux, il fut un des 28 électeurs du Tiers-État qui, réunis à Mirecourt, envoyèrent quatre des leurs pour les représenter aux États qui devaient être peu après la grande Assemblée constituante. Ceux-ci, réunis à Nancy avec les députés des autres, parties de la Lorraine, sous la présidence de M. de Boufflers, avant leur départ pour Versailles, le choisirent pour secrétaire de leurs délibérations.

Dès lors, il joua un rôle dans tous les évènements qui marquèrent cette période. A la formation des gardes nationales, il fut élu commandant du bataillon de Bulgnéville, et c’est en cette qualité qu’il participa à la confédération des g’ardes nationaux vosgiens sur le Cours à Épinal, le 6 mars 1790. Il y fut désigné pour être un des rédacteurs du pacte fédératif. Peu après, lors de la nouvelle organisation du territoire, il fut élu procureur-général-syndic du nouveau département. Président de l’Assemblée électorale chargée d’élire les députés à l’Assemblée législative (septembre 1791), il refusa de se laisser nommer député et voulut se consacrer entièrement à l’administration. Ce n’était pas une tâche facile et il eut l’occasion d’y rendre d’importants services. D’un caractère ferme et conciliant, il apaisa la sédition du régiment d’Angoulême-Cavalerie, qui tenait garnison à Épinal. Plus tard, ce fut lui qui présida à la clôture de l’insigne chapitre des dames de Remiremont. Partout où l’on lui signalait quelque effervescence, il accourait pour l’apaiser, et c’est ainsi qu’il put empêcher bien des excès contre les personnes et les propriétés. Il protégea notamment le célèbre abbé Georgel (de Bruyères), inquiété à cause de ses relations avec le fameux cardinal de Rohan.

Quand éclata la guerre, c’est encore à lui qu’échut l’honneur d’organiser ces bataillons de volontaires des Vosges qu’il enflamma de son amour patriotique, et qui demeurent une des gloires de notre département. En quelques semaines, 13 bataillons étaient sur pied, équipés, armés et partaient à la frontière du Rhin. Vers cette même époque (août 1792), il sauva la vie à un jeune capitaine d’état-major, aide de camp du général Victor Broglie, que la garde nationale de Xertigny, pleine de défiance à l’égard des étrangers, avait arrêté au moment où il portait des dépêches à son général. On l’amena prisonnier à Épinal et la foule allait se porter à quelque extrémité, quand Poulain-Grandprey fit enfermer le jeune officier, calma le peuple, et la nuit fit évader l’aide de camp. Ce jeune capitaine se nommait Desaix et devait mourir huit ans plus tard, général en chef, sur le champ de bataille de Marengo, entouré d’une gloire immortelle.

Poulain-Grandprey était donc tout désigné pour représenter les Vosges, lorsqu’il fut élu à la Convention, et cette fois il ne se déroba point au voeu de ses concitoyens [p. 15-16].

Poulain-Grandprey et Souhait allèrent habiter ensemble, près du club des Jacobins, rue de la Sourdière, d’abord, puis rue de Grenelle- Saint-Germain, dans la maison numérotée alors 1113 [p. 18].

Quand le procès du roi fut terminé et que les représentants eurent à rendre leur jugement, voici comment se prononcèrent les Conventionnels vosgiens. Sur la première question posée : Louis Capet, ci-devant roi des Français, est-il coupable de conspiration contre la liberté et d’attentat contre la sûreté générale de l’État ?, la députation des Vosges fut unanime, comme la Convention elle-même, et déclara que Louis était coupable. Seul, Noël, par un scrupule de conscience, d’ailleurs fort louable, refusa de se prononcer : J’ai l’honneur d’observer, dit-il, que mon fils était grenadier aux bataillons des Vosges ; il est mort sur 1es frontières en combattant des ennemis que Louis est accusé d’avoir suscité contre nous. Louis est cause première de la mort de mon fils, la délicatesse me force à ne pas voter. N’était-ce pas reconnaître implicitement et de la façon la plus touchante la culpabilité de l’ex-roi ? Poulain fit remarquer qu’il était regrettable d’établir une confusion de pouvoirs et d’être en même temps juges et accusateurs, mais vota cependant.

Sur le second point : Le jugement qui sera rendu sur Louis sera-t-il soumis à la ratification du peuple, réuni dans ses assemblées primaires ?, Souhait, Bresson, Couhey, Balland et Poulain-Grandprey se prononcèrent pour l’affirmative ; seul Perrin répondit non. Quant à Noël, il se récusa de nouveau d’après les motifs qu’il avait énoncés lors du premier appel nominal et ne prit pas part non plus au scrutin suivant.

Enfin pour le troisième vote, objet aujourd’hui encore de tant de colères : Quelle peine Louis, ci-devant roi des Français, a-t-il encourue ?, les représentants des Vosges se séparèrent en Montagnards et Girondins en votant les uns la mort du roi, les autres simplement sa détention.

Poulain-Grandprey parla le premier : Je dis : Louis étant déclaré coupable mérite la mort ; mais je demande qu’il soit sursis à l’exécution jusqu’à l’acceptation de la Constitution, ou jusqu’au moment où les ennemis envahiraient notre territoire. Poulain n’avait-il donc pas assez d’une invasion allemande et lui en fallait-il une seconde pour oser frapper le coupable ?

Balland fut assez peu net dans son vote : L’intérêt public commande que le tyran n’ait jamais de successeur. Ainsi je vote, quant à présent, pour sa détention, sauf à le bannir ou à le faire mourir, si le peuple le veut. Il était, comme on voit, prêt à toutes les solutions.

Perrin, qui se montra le plus énergique de tous, dit brièvement : Je prononce la peine de mort.

Souhait fut moins résolu, quoique votant d’ordinaire avec Perrin : Je vote pour la mort, mais je demande qu’elle soit suspendue jusqu’à la ratification de la Constitution. En attendant cette époque, je demande la détention.

Couhey timidement dit : Je vote pour la détention et je demande que Louis soit banni trois ans après la paix.

Bresson vint le dernier : Je demande que Louis soit détenu jusqu’à l’époque où la tranquillité publique permettra de le bannir.

Au total, trois membres avaient voté la mort avec ou sans conditions, et trois avaient préféré la détention [p. 19-20].

[1882, Félix Bouvier : Les Conventionnels vosgiens.]

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

POULLAIN DE GRANDPREY (Joseph Clément).- Né à Lignéville le 23 décembre 1744, fils d’un maître-particulier des eaux et forêts, il fut successivement avocat au bailliage de Mirecourt, puis assesseur criminel ou conseiller du roi au conseil présidial de Mirecourt et juge-prévôt à Bulgnéville. En 1789 il fut un des électeurs du tiers-état des bailliages des Vosges pour l’élection des députés aux Etats-Généraux. Commandant du bataillon de garde nationale de Bulgnéville en 1789, il figura à la Fédération des Vosges, le 7 mars 1790.

Maire de Bulgnéville peu de temps après, il fut élu, le 5 juin 1791, au 3e tour de scrutin, par 222 voix sur 432 votants, procureur général syndic du département des Vosges, fonctions correspondant à celles de préfet dans l’organisation actuelle, et il les remplit avec énergie jusqu’à la fin de 1792. Il avait refusé d’être élu député à l’Assemblée Législative, en septembre 1791, alors qu’il était président de l’assemblée électorale. Mais le 3 septembre 1792, il fut élu représentant du peuple des Vosges à la Convention nationale, le 1er sur 8, par 415 voix sur 435 électeurs. Il vota la mort de Louis XVI, tout en admettant un sursis. Il remplit avec fermeté plusieurs missions, notamment à Lyon et dans la Loire.

Réélu député des Vosges le 12 octobre 1795, le 1er sur 5, par 227 voix, il siégea jusqu’en 1797 au Conseil des Anciens et le 9 avril 1797, membre sortant du Conseil des Anciens, il fut élu député des Vosges au Conseil des Cinq-Cents par 150 voix. Il protesta contre le 18 brumaire et fut un moment proscrit et interné à La Rochelle. Rentré enfin en grâce, Napoléon le nomma président du tribunal civil de Neufchâteau, puis en 1811 président de Chambre à la cour impériale de Trêves.

Destitué en 1814, à la chute de l’empire, il rentra dans la vie privée. Le 5 mai 1815, il fut élu de nouveau député des Vosges à la Chambre des Représentants ; il y fit partie du Comité de Constitution et lutta énergiquement pour empêcher le retour des Bourbons après Waterloo. Il échoua en août 1815 aux élections pour la Chambre introuvable. Proscrit comme régicide, en 1816, il se réfugia à Trèves et rentra en France en 1820.

Poullain-Grandprey est mort dans son château, à Graux, le 6 février 1826.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

POULLAIN DE GRANDPREY (Joseph-Clément), conventionnel et homme politique
Lignéville, 23 décembre 1744 – Graux, 6 février 1826


Avocat à 18 ans, il remplit d’abord l’office de conseiller du Roi, assesseur civil et criminel au bailliage de Mirecourt, puis de juge-prévôt à Bulgnéville (la maison de prévôté existe toujours dans cette localité). Le 5 juin 1791, il fut nommé procureur général syndic du département des Vosges, élu le 3 septembre 1792 à la Convention Nationale ; lors du procès de Louis XVI, il vota la mort avec sursis. Il fut représentant en mission dans la Loire et à Lyon. Dans la séance du 17 mars 1793, il annonçait à la Convention qu’à l’appel de la Patrie en danger, 33 bataillons de volontaires s’étaient levés spontanément dans les Vosges pour défendre nos frontières, et il fit décréter que notre département avait bien mérité de la patrie.

Président du Conseil des Cinq-Cents, puis du Conseil des Anciens, il défendit toujours les institutions du Directoire, ce qui lui valut d’être arrêté, puis exilé, lors du coup d’état du 18 brumaire (il passa cet exil en Charente chez son ami Montgolfier). A la demande de Bernadotte, il rentra en grâce, et fut nommé président du tribunal de Neufchâteau, fonctions qu’il quitta en 1811 pour occuper celles de président de chambre à la Cour d’Appel de Trèves.

Exilé à la seconde rentrée des Bourbons, il fut autorisé à rentrer en France en 1818 en considération des services rendus à son pays, et on lui restitua une modique pension de 1.700 francs. A partir de ce moment, il ne s’occupa plus que d’agronomie dans le domaine de Graux, près de Tranqueville, qu’il avait acquis peu avant la Révolution.

Son épitaphe, visible autrefois dans la chapelle castrale du château (elle se terminait par : mes enfants n’oubliez pas que c’est moi qui ai planté tous les arbres dont vous recueillez aujourd’hui les fruits, a malheureusement disparu avec l’édifice il y a une trentaine d’années.


Bibl. : Une épitaphe de Clément Poullain de Grandprey dans la chapelle castrale du château de Graux, in La Révolution dans les Vosges, 1923.
Bouvier.– Biographie générale vosgienne, p. 492-493.
Robert.– Dictionnaire des parlementaires, tome V, p.32-33.


[ Jean-François Michel ]

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