Les Pirates du Graal

 
 
 

Date et lieu

A la fin des années 1990, à Paris et en Louisiane.

Sujet

Huit mois se sont écoulés depuis que Matt Garden a publié un roman inspiré de son aventure personnelle où il révèle comment une mystérieuse "Organisation Mondiale de Protection du Mensonge" falsifie l'histoire au profit d'une minorité aussi occulte qu'omnipotente…

Au cours de ces huit mois, Matt est parti en expédition au Spitzberg pour y réaliser un film documentaire. A son retour, il appelle sa cousine Nadia, la seule personne en qui il ait confiance. Il se rend chez elle et… est victime d'un enlèvement. Quand il revient à lui, c'est pour se rendre compte qu'il est maintenu prisonnier dans un endroit sans fenêtre situé Dieu sait où… Mais prisonnier de qui ? Et pourquoi ? (4ème de couverture, 1998).

 

Éditions

Couverture de J.-J. Chaubin.

  • 1ère édition, 1998
  • Paris : Fleuve Noir, octobre 1998 [impr. : 09/1998].
  • 18 cm, 220 p.
  • Illustration : J.-J. Chaubin (couverture)
  • (SF Mystère ; 53). Collection dirigée par Daniel Riche.
  • ISBN : 2-265-05469-0.
  • Prix : 35,00 F.
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    Première page

    Cinq jours avant Noël et la température extérieure, sur Paris, avoisinait les vingt-cinq degrés. Sur toutes les chaînes de télé, les hérauts de la météo en bégayaient, répétant qu'on n'avait pas vu l'équivalent depuis plus d'un siècle. "Et pour cause, connard !" ne pouvait s'empêcher de penser Nadia à chaque fois que lui parvenait à l'oreille l'annonce ressassée de l'événement, après que James, au journal, eut lancé une première fois l'apostrophe à l'adresse d'un quelconque Gillopétré ébahi en gros plan sur l'écran de la vieille télé, au fond de la salle de rédac.

    Dans les rues, c'étaient moiteurs et transpirations, entassements d'affalés aux terrasses. La profusion de lumières s'ajoutait à l'écrasement de la Ville, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans même attendre la fin du jour, comme pour défendre le rite des fêtes de fin d'année mis à mal par les dérapages climatiques. Paris ville tropicale.

    L'atmosphère évoquait à Nadia des souvenirs de petite fille. Elle n'avait pu résister à l'envie de retremper sa mémoire à la source, pas plus tard que la veille, extirpant du rayonnage aux BD l'album bien fatigué. Dès les premières pages, c'était ça : la chaleur inexplicable qui écrasait la ville, le goudron fondant aux pattes de Milou. Elle avait relu L'Étoile mystérieuse quasiment sans respirer… attendant que s'élèvent au-dehors, dans la nuit gluante et bizarre, les exhortations hystériques d'un prophète de fin du monde à la longue barbe blanche. Mais rien. Les bruits de la rue, sans plus, la rue des Canettes en été.

    A sa connaissance, personne n'avait signalé jusqu'à présent la moindre horde de rats déboulant des égouts pour dévaler les rues de la capitale… Elle avait rêvé de cette séquence de l'album, s'était réveillée avec un drôle de goût dans la bouche, en nage sous le drap pesant. Genre gueule de bois pas vraiment franche. Mais néanmoins quand même. Genre désagréable. Et ce n'étaient pas les deux pets grillés pour aider au sommeil qui pouvaient être tenus responsables de ce réveil flottant.

    Ces matins-là vous tombent dessus avant que vous ayez eu le temps d'ouvrir l'autre œil, parfois même pas le premier, comme le ferait un virus installé en douce pendant votre bienheureux sommeil paradoxal. La première certitude : que ça va être une dure journée, forcément.

    Et c'était bien sous ces couleurs pas gaies que les choses avaient très ordinairement commencé, s'étaient installées, avaient franchi le cap du déjeuner en compagnie de trois sombres crétins (vraiment !) sélectionnés pour le Printemps de Bourges, en mars prochain ; c'était bien sur cet élan que les choses menaçaient de se poursuivre, dans ce climat-dont-personne-ne-se-souvenait-avoir-vu-l'équivalent-depuis-un-siècle-au-moins (pauvre connard !), jusqu'au coup de fil de Matt, un peu après quinze heures.

    Le coup de fil de Matt Garden, célèbre reporter casse-cou et néanmoins cousin, réapparu dans la vie de Nadia quelque douze ou treize mois auparavant dans des circonstances qu'elle n'était pas près d'oublier¹. Apparu, puis disparu, puis refaisant surface, après six mois de vagabondages qui ne l'avaient certes pas emmené là où il le voulait au départ, et même à l'opposé, mais pendant lesquels il n'en avait pas moins été physiquement absent du quotidien de Nadia.

    Cette absence, Nadia n'aurait jamais avoué par principe, même sous la torture, combien elle l'avait bizarrement perturbée à certains moments, certains jours, certaines nuits. Avec, en plus, les angoisses germées et écloses sur ce qu'ils avaient traversé ensemble dans les jours immédiats suivant leurs retrouvailles - et ce qui n'était pas terminé, sans aucun doute.

     

    Revue de presse

    Bifrost

    N° 12, février 1999. Jean-Pierre LION

    Balancer le Christ à la flotte. Dans les bayous, en Louisiane. Voir sa tête couronnée d'épines gobée comme un gros bonbon par les alligators du cru, ça vous inspire ? Si oui, il va vous falloir lire ce petit roman de Pierre Pelot qui fait suite au Chant de l'homme mort, naguère paru dans la collection Aventures et mystères (même éditeur).

    D'enlèvements en détentions, de détentions en évasions, de séparations en retrouvailles, il vous faudra suivre Matt Garden et sa nièce, Nadia, sur la piste du Graal qui, du fief cathare de Montségur aux bayous du pays Cajun, est semée de nombre d'embûches. Piste qui mène au père de l'un, oncle de l'autre, chasseur de trésor qui a exhumé celui des Templiers sous la forme d'une momie christique — fausse au demeurant — et n'a rien d'une sinécure. L'Organisation Mondiale de Protection du Mensonge étant prête à tout afin que ne soit pas révélé, et encore moins prouvé, que ce brave Jésus ne mourût pas le moins du monde sur la croix mais en France après avoir assuré sa descendance. Un petit coup de pouce des Enfants du Graal, ces authentiques descendants du fils de Dieu, ne sera pas de trop pour arracher les héros à un sort funeste...

    Sur ce thème pour le moins iconoclaste, Pierre Pelot brosse un sympathique roman d'aventures et d'actions. Les Pirates du Graal n'a bien évidement rien d'un livre ambitieux ; c'est juste un bon petit moment de détente. Si ce n'est pas un impérissable Fleuve Noir, il faut néanmoins reconnaître à Pierre Pelot le talent de produire ici un œuvre alimentaire sans se foutre du monde ni sombrer dans la médiocrité, assumant son statut d'écrivain populaire et professionnel.

    C'est supérieur à une bonne part de la collection. De la littérature de quai de gare, certes, mais en première classe.

     

    Page créée le lundi 17 novembre 2003.