Le Nom perdu du soleil

 
 
 

Date et lieu

Il y a un million d'années, sur le territoire de l'actuelle Birmanie.

Sujet

Il y a un million d'années, quelque part dans l'immensité des montagnes de l'actuelle Birmanie. Ceux-là s'appellent les Xuah. Jour après jour, depuis longtemps, les vents trop froids ont tué nombre de leurs enfants. Alors, la mémoire du plus âgé d'entre eux parle : avant de s'arrêter, les Xuah marchaient vers le lieu d'où monte, chaque matin, un nouveau soleil.
Et les Xuah se lèvent pour reprendre la marche interrompue, à la recherche du nom perdu du soleil. Ils vont, de rivière furieuse en forêt d'arbres jamais vus peuplés d'animaux inconnus - comme ce géant, ni homme ni animal, que craignent même les grands tigres -, jusqu'à la rencontre avec ces autres hommes qui, eux, s'ils ne savent pas attraper le feu, connaissent le nom du soleil… De l'aventure commune, faite de terreurs et d'émotions mêlées, va naître un étrange et nouveau sentiment partagé : ce qui sans doute s'appelle l'espoir. (4ème de couverture, 1998).

Perdus au milieu de l’actuelle Birmanie vivent les Xuah, un groupe d’hommes préhistoriques qui regardent mourir leurs enfants chaque années sous les vents trop froids. Mais l’un d’eux, le plus âge, se souvient d’une époque où les siens marchaient vers le lieu d’où monte, chaque matin, un nouveau soleil, sans jamais s’arrêter. C’est ainsi que les Xuah vont reprendre leur marche… (Présentation de l'éditeur, 2013).

 

Éditions

Couverture de Pierre Pelot.

  • 1ère édition, 1998
  • Paris : Denoël, janvier 1998 [impr. : 12/1997].
  • 23 cm, 366 p.
  • Préface de Yves Coppens (pp. 7-10), collaborateur scientifique.
  • Illustration : Pierre Pelot (couverture).
  • Ouvrage publié sous la direction de Brigitte Strauss.
  • ISBN : 2-207-24500-4.
  • Prix : 125,00 F.
  • Titre de travail : Sans bruit, le nom perdu du soleil.
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    Couverture anonyme.

  • 2ème édition, 1998
  • Paris : Grand livre du mois, (février) 1998 [impr. : 12/1997].
  • 24 cm, 366 p.
  • Illustration : document Hubert Josse / Lauros-Giraudon(couverture).
  • Préface de Yves Coppens (pp. 7-9).
  • ISBN : 2-7028-1415-8.
  • Prix : 125,00 F.
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    Couverture de Pierre Pelot.

  • 3ème édition, 1999
  • Paris : Folio, décembre 1999 [impr. : 24/12/1999].
  • 18 cm, 420 p.
  • Illustration : Pierre Pelot (couverture).
  • (Folio ; 3313).
  • ISBN : 2-07-041211-3.
  • Prix : catégorie F9.
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  • 4ème édition, 2012
  • Paris : Omnibus, février 2012 [impr. : ].
  • 20 cm, XIII-1248 p.
  • Préface de Pierre Pelot (p. I-XIII) : A la source du vent et des hommes.
  • Illustration : (couverture).
  • ISBN : 978-2-258-09108-5.
  • Prix : 28,50 €.
  • Ce volume rassemble les cinq titres de la série : Qui regarde la montagne au loin (pp. 7-246), Le Nom perdu du soleil (pp. 249-513), Debout dans le ventre blanc du silence (pp. 516-759), Avant la fin du ciel (pp. 761-1060), Ceux qui parlent au bord de la pierre (pp. 1063-1247).
  • 4éme de couv. : La saga de l'Homme.- Cette histoire – notre histoire – commence en Afrique 1,7 million d'années avant notre ère avec le voyage de Nî-éi, une jeune australopithèque rejetée par sa tribu ; elle se poursuit 700 000 ans plus tard en Birmanie, puis dans le Caucase il y a 380 000 ans, dans ce qui sera la France voici 65 000 ans et se termine sur les bords de la Méditerranée 32 000 ans avant J.-C. parmi les hommes de Cro-Magnon, nos ancêtres directs.
    En cinq tableaux, cinq romans épiques, voici restituée l'évolution de l'Homme dans ses grandes étapes : il prend conscience de lui-même, de ses émotions, il invente le langage, il maîtrise le feu et façonne des outils de plus en plus sophistiqués.
    Pierre Pelot a utilisé sa verve et son imagination pour raconter les pas hésitants de l'homme sur terre et le paléontologue Yves Coppens, le père de Lucy, sa rigueur scientifique en l'éclairant de son savoir.

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  • 5ème édition, 2013
  • Paris : éditions Bragelonne, mai 2013.
  • (Bragelonne Classic).
  • Livre numérique.
  • 323 p.
  • ISBN : 978-2-8205-1034-1.
  • Prix : 2,99 €.
  • Perdus au milieu de l’actuelle Birmanie vivent les Xuah, un groupe d’hommes préhistoriques qui regardent mourir leurs enfants chaque années sous les vents trop froids. Mais l’un d’eux, le plus âge, se souvient d’une époque où les siens marchaient vers le lieu d’où monte, chaque matin, un nouveau soleil, sans jamais s’arrêter. C’est ainsi que les Xuah vont reprendre leur marche...
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    Première page

    Les Xuah marchaient depuis qu'ils étaient des Xuah. Mais un jour, ils s'étaient arrêtés.

    Et les enfants sortis du ventre des femmes, devenus des hommes et femmes Xuah, ne savaient plus que le monde s'étendait aussi de l'autre côté des montagnes.

    Celui qui s'appelait Notlra, à la tête lourde de beaucoup de choses vues, au corps marqué par les os saillants qui crèveraient bientôt sa peau sombre, se mit à parler, et parler encore de ce temps-là enfoui derrière la montagne où le ciel s'éteint chaque jour, d'où venaient les Xuah. Notlra dit que là-bas n'était pas un territoire de nuit sans fin. Il savait.

    Par la parole et avec les gestes, il dit quand ses jambes étaient celles d'un enfant, alors pas bien grandes, pas bien dures, mais vives et infatigables - il l'affirmait. Il dit comment vivaient les Xuah, à la recherche du nom perdu de la lumière du ciel.

    Ils l'écoutèrent.

    Alors, après que le froid eut collé à la roche le corps raidi et cassant de Ieki, après que le grand roâh noir à la fourrure puante eut massacré deux hommes et un enfant, ne prenant que l'enfant et laissant dans les pierres éclaboussées de neige sanglante les corps déchirés des hommes, les Xuah se levèrent.

    Ceux nés dans la montagne étaient maintenant des hommes et des femmes. Ils laissaient derrière eux ce qu'ils savaient du monde.

    Ils étaient redevenus des Xuah en marche vers le lieu de naissance du jour. Ils allaient dans un monde nouveau, dont ils ne connaissaient rien, qu'ils apprendraient tant qu'ils seraient des hommes et des femmes vivants.

     

    Sheïan écoutait dans la nuit finissante la respiration des autres qui dormaient - s'ils étaient réveillés, ils ne le manifestaient pas encore. La nuit, une de plus depuis que les Xuah avaient quitté le territoire de la montagne, n'en avait jusqu'alors emporté aucun. Sheïan avait veillé.

    Les premiers cris d'oiseaux annonçant le jour proche s'élevèrent parmi les feuilles d'arbres touffus, pour la plupart inconnus des Xuah qui ignoraient s'ils pouvaient les manger (même Notlra ne se souvenait pas avoir vu de tels arbres quand il était petit, avant que le clan s'arrête de marcher, dans la montagne).

    Sheïan écoutait, paupières lourdes entrouvertes sur un filet de regard perdu dans les méandres sombres que la nuit dénouait alentour. S'il donnait l'impression de somnoler, ses narines palpitaient à petits coups brefs, inhalant les odeurs portées par le vent qui tournait bruyamment depuis que le gras de la nuit avait fondu. C'étaient des odeurs de terre, de pierre et de troncs mouillés, de mousses, de feuilles molles pourrissantes. Les odeurs de ceux du clan aussi, groupés à moins de trois pas dans la faille entre les pierres, sous les racines partiellement découvertes et le tronc couché du gros arbre mort (un de ces arbres comme les Xuah n'en connaissaient pas avant de quitter leur territoire de la montagne et qui semblaient pousser nombreux ici, de plus en plus nombreux au fur et à mesure que les pentes du terrain s'arrondissaient).

    Juste avant la montée de la nuit, ils étaient arrivés enfin au bas du ravin d'éboulis tranché de rocs affleurants couverts de mousses qui pelaient traîtreusement sous le pied, parsemé de broussailles étriquées. La descente avait été si pénible sous les bourrasques de pluie, leur fatigue était si lourde et douloureuse, qu'ils n'avaient pas cherché mieux que cet abri, le premier trouvé. Si le sol n'en était pas sec, au moins il ne ruisselait pas. Ils avaient creusé la terre sous les racines dénudées, à l'aide des bâtons, afin d'agrandir l'excavation ; ils avaient étendu au sol les peaux de uah-t'su après les avoir battues contre la pierre pour en extraire la pluie dont elles étaient gorgées, et ils s'étaient couchés dessus, serrés l'un contre l'autre, les enfants contre les femmes et les hommes devant celles-ci. Ils avaient placé la coque de fruit dur contenant le sommeil du feu au plus profond de l'abri, sous un petit entassement de pierres plates. Buhxa avait en charge de ne pas laisser mourir la fumée qui filtrait de la mousse : dans un morceau de peau ficelé à un de ses bâtons, il gardait à l'abri des herbes et petites plantes rampantes presque sèches dont il prélevait des pincées qu'il plaçait sur la fumée dans la coque, de manière que les yeux brillants de rran-o'h, sur les fragment de bois noir et dur, ne se ferment pas. Et c'était tout ce qu'ils pouvaient faire - garder brillants les petits yeux de rran-o'h. L'arbre kâah'o' que les langues chaudes de rran-o'h assombrissent et mangent, qu'il soit sec ou mouillé, ne poussait plus ici, il s'était raréfié, et puis il avait disparu tout à fait, au fur et à mesure de la marche des Xuah vers le bas de la montagne sur les terres aux pentes rondes, remplacé par d'autres à la peau dure qui n'était pas du tout comme celle de kâah'o'.

     

    Revue de presse

    Le Nouvel observateur

    29 janvier 1998. Jean-Louis EZINE, page 95

    Sous le vent du monde, la suite
    Les maîtres du monde

    Pierre Pelot et Yves Coppens sont unis pour nous raconter nos débuts dans la vie. Voici le deuxième tome de leur saga préhistorique.

    Dans le genre dit "à travers les âges", Pierre Pelot est le champion toutes catégories : non content de s'être montré à son avantage dans la science-fiction et l'anticipation, il est un beau jour passé avec armes et bagages dans le roman préhistorique, si bien que l'œuvre plurielle de cet écrivain singulier, riche de cent soixante titres, balaie désormais tous les âges humains, passés, présents et à venir. La raison de cette volte-face ? Une rencontre fortuite avec Yves Coppens, le découvreur de Lucy, longtemps tenue pour la grand-mère de l'humanité (depuis, on a appris que Lucy pourrait bien s'appeler en réalité Lucien, mais cela est une autre histoire). Le fameux paléontologue, nonobstant la fantaisie avec laquelle il lui arrive de brocarder sa discipline, n'a pas son pareil pour chatouiller les fossiles et faire parler la poussière. Pierre Pelot l'écoute, les poings dans les joues. Se met à frotter des silex. A cueillir des baies et à chasser l'escalope par les moyens les plus athlétiques. C'est tout juste s'il ne s'habille pas de peaux de bête en plein hiver vosgien, dans sa quête fébrile des vérités premières et des commencements inconnus. Sous la houlette du professeur Coppens, il devient le conteur le mieux éclairé des âges farouches.

    L'association du romancier et du savant a rallumé le feu primordial. A Pelot l'écriture. A Coppens le savoir. A eux deux, le délire dans l'exactitude. Résultat : une extraordinaire saga, Sous le vent du monde, dont ils nous donnent aujourd'hui le deuxième volume. Au début du siècle, Rosny aîné n'avait guère que ses fantasmes pour alimenter La Guerre du feu, quand la science préhistorique est désormais une véritable machine à remonter le temps. D'où l'original dessein qui gouverne le tandem. D'un côté, Pierre Pelot "scénarise" les acquis de la paléontologie ; de l'autre, Yves Coppens permet à certaines intuitions encore irrecevables dans le dogme "préhistorique" de faire leur chemin dans les esprits. C'est ainsi que le premier tome relatait l'aventure inouïe de la naissance du langage, il y a un million sept cent mille ans.

    Le Nom perdu du soleil, deuxième volet de la tétralogie, est nettement plus proche de nous puisque cette paléofiction se déroule il y a un petit million d'années seulement. L'homme est déjà beaucoup moins archaïque dans sa facture et son enveloppe. Pour un romancier, il est certes plus commode de faite bouger dans le cadre d'une intrigue des erectus bien campés sur leurs bases que des rudolfensis ou des habilis apeurés et confus. C'est donc une population sensiblement dégrossie du point de vue suborbital et même intellectuel que brasse ici le narrateur, sans jamais se départir, ni de la "poésie", ni de la "plausibilité", qui, de l'aveu même d'Yves Coppens, font tout le charme et l'intérêt de l'entreprise. Les personnages de Pelot connaissent la pierre et les techniques de la taille. Par exemple, ils font quatre fois plus de longueurs de tranchant au kilo de caillou que leurs ancêtres du premier tome. Depuis cinq cent mille ans, ils fabriquent des outils symétriques, mais ils n'ont pas encore la maîtrise du feu : ils l'utilisent parfois, mais s'efforcent de l'entretenir, par crainte de le voir disparaître à tout jamais. En somme, on nage encore dans la pensée magique, et dans ce contexte, Pelot est aujourd'hui un conteur indépassable, sans rival aucun. La rencontre des Xuah et des Loh, des nomades et des sédentaires, au milieu du pléistocène inférieur, quelque part dans ce qui deviendra la Birmanie, n'est pas seulement une hypothèse dans la lente marche en avant de l'humanité. C'est de toute façon un moment inoubliable.

     

    La Liberté de l'Est

    4 février 1998. Raymond PERRIN

    Voyage dans le temps
    Pierre Pelot : "paléofiction", acte 2

    Au cœur de la saga des origines de l'homme, voici une passionnante et tragique "paléofiction exotique". C'est ainsi que la nomme Yves Coppens, conseiller scientifique et tuteur de l'expédition Pelot.

    Yves Coppens a esquissé "le cadre sévère de la plausibilité" avant de laisser le romancier entreprendre seul le voyage, "dans ces autres lieux, en ces autres temps", avec pour uniques outils des mots travaillés et lentement mûris.

    Le deuxième épisode de Sous le vent du monde plonge, il y a un million d'années en arrière, au cœur de ce que nous appelons aujourd'hui la Birmanie, pour entraîner le lecteur dans un monde végétal et parfois quasi aquatique, décrit avec autant de précision que de poésie sensuelle et violente, et où se rencontrent des hommes différents, embarqués dans une aventure en commun mais fort peu commune.

    Deux groupes humains occupent montagnes et vallées bordant un fleuve en furie quand il est gonflé par la pluie des moussons. Celui des Xuah est venu il y a longtemps d'Afrique. Fuyant les vents rigoureux et mortels, ses membres conduits par le vieux Notlra, marchent vers l'est "à la recherche du nom perdu de la lumière du ciel", pour s'en faire un allié contre le froid. Ils savent attraper le feu qu'ils transportent dans une coupe de fruit dur où il sommeille, mais ils craignent son départ car ils ne savent pas le créer.

    Les Lob, sortes d'autochtones, vivent en clans réunis en aval des fleuves, au début de la saison des pluies, qu'ils viennent des "montagnes rondes", des "très grands arbres sans beaucoup de lumière" ou de "la terre de petite herbe plate" ! L'événement extraordinaire perturbant les deux groupes, c'est l'agression perpétrée par un monstre gigantesque et griffu qui écrase un Moh contre un arbre et ôte la vue à Sintshu, une femme Xuah. Dans chacune des bandes, des hommes, aussi observateurs et curieux qu'ils sont courageux, vont se mettre en marche. C'est le Xuah Sheïan, pourtant gravement blessé par ses bâtons en fuyant la bête géante aux "poils roux et noirs". C'est le Loh Aaknah qui, ayant repéré les "attrapeurs" de feu, et surtout accompagné du jeune fougueux Ni'Ata, n'hésite pas à enlever des jeunes femmes de son clan pour approcher les "autres" hommes et progresser dans la connaissance. La rencontre fragile, mêlant les plus fortes émotions aux terreurs surgies du sentiment de l'inconnu, se fera aux abords d'un fleuve en colère, d'une "rivière sans retour".

    Nul mieux que l'auteur de La Drave, de Quand la rivière gronde (retrouvée ici, avec son "long ventre rempli de grande pluie"), ne pouvait évoquer la dangerosité naturelle des fleuves, aggravée par les pluies diluviennes des moussons et charriant, dans un même élan dévastateur, les troncs, les bêtes ou les hommes.

    Qui pouvait mieux évoquer la dérive des embâcles, îles flottantes périlleuses chargées de survivants, que le romancier de L'Île aux enragés ou du récit intitulé Les Îles du vacarme, dans lequel il évoque déjà des éléments climatiques en furie.

    Loin d'être bridé par les contraintes scientifiques qui écartent à jamais le récit du flou chronologique de La Guerre du feu, Pelot réussit le tour de force d'impliquer fortement sa thématique la plus intime, la plus personnelle, tout en offrant au lecteur le roman le plus universel puisqu'il permet à chacun d'être au milieu de ses lointains ancêtres, de partager leurs frissons, leurs émotions, leurs angoisses ou leurs joies.

    En fait, tout semble se passer comme si, au bout de 150 récits préparatoires, après plus de trente ans d'écriture quasi quotidienne, Pelot plus que jamais doté d'un souffle épique et poétique, mais d'un lyrisme maîtrisé, pouvait enfin donner la vraie mesure de son talent d'écrivain dans une sorte de chef-d'œuvre dont l'originalité et la puissance créatrice s'imposent d'emblée.

    Cette fois encore, pour rendre ses personnages plus vrais, plus proches, plus sensibles, il a senti la nécessité de créer un langage réduit mais plausible, compte tenu de l'évolution anatomique de "l'homo erectus", révélée par la paléoanthropologie. Si Pelot s'immerge aisément, avec une empathie communicative, au sein de ces groupes dont il restitue les émotions, les conflits, mais aussi les gestes solidaires et les espoirs, sa façon d'être si naturellement au milieu d'eux exclut toute complaisance car il allie, à l'objectivité d'un documentariste, la force évocatrice d'un écrivain sensible et visionnaire. Ce n 'est sans doute pas un hasard si, au bout de la dérive, plus amoureuse que tragique, d'un esquif tournoyant et ivre, comme une éternité rimbaldienne retrouvée, surgit "la mer alliée avec le soleil", ce soleil au nom enfin retrouvé, éclairant "de sa clarté de feu le bord du ciel qui joignait le bord de l'eau".

     

    Grand Livre du mois

    Revue mensuelle N° 178, mars 1998

    Quand un romancier et un scientifique se rencontrent, le résultat est formidable. Pierre Pelot et Yves Coppens nous content une histoire située voilà un million d'années. Décimé par des pluies incessantes, un groupe d'Homo erectus se met en marche vers le soleil en portant le feu dans une coque de fruit. Le yéti et d'autres hommes redoutables se dresseront sur leur route… Un roman fabuleux !

     

    Le Monde

    Vendredi 7 août 1998. Edgar REICHMANN

    Voyage au pléistocène

    Le deuxième tome de l'émouvante saga consacrée par Pierre Pelot à la préhistoire : Le Nom perdu du soleil

    Voici donc le second volet de l'épopée deux cent fois millénaire, intitulée Sous le vent du monde, que Pierre Pelot, conseillé par Yves Coppens, consacre aux avatars de nos lointains ancêtres. Dans le précédent, Les Premiers Venus (1), il ressuscitait ces étranges créatures, ni hommes ni singes, que Stanley Kubrick nous avait rendues familières au début de sa mémorable Odyssée de l'espace.

    Par le truchement de la fiction, Pelot racontait la rencontre entre deux individus d'espèce différente, quelque part au bord de la crevasse du Rift. C'était le commencement des commencements, instant qui se comptera par dizaines de siècles, lorsque les humanoïdes découvraient, bien avant l'aube de l'histoire, l'usage des grognements et du caillou, de certains abris naturels dérisoires mais aussi de l'émotion et d'une vague conscience d'eux-mêmes et des autres.

    Un million d'années s'est écoulé depuis, il en faudra un autre avant que le Croissant fertile et la vallée du Nil ne livrent leurs premiers glyphes chargés de signification. Pourtant, en ce début du pléistocène - début de l'ère quaternaire, correspondant au paléolithique -, période où Pelot fait voyager ses lecteurs, les descendants de Lucy l'Africaine ont eu quand même le temps d'évoluer, leurs onomatopées deviennent paroles, les cailloux pierres taillées, les bâtons qui en sont parfois pourvus, javelots.

    Davantage ! Sur le point de maîtriser le feu, sans toutefois savoir le faire naître, ils déchiffrent le monde en conceptualisant aussi bien ses éléments hostiles que bénéfiques, les situations limites que les gestes coutumiers. Ils désignent l'autre par son nom.

    Rudiment d'une pensée mystique où le verbe se confondrait avec l'être ? Seul le soleil, qui disparaît régulièrement, récupère son nom tous les matins. C'est pourquoi ces errants marchent vers l'Orient à la recherche du nom perdu du soleil, toujours perdu, toujours retrouvé. Quelle belle leçon d'espoir !

    Naissance de l'émotion

    Ils cheminent, à travers les fleuves et les jungles de l'actuelle Birmanie, vers le lieu énigmatique d'où ressuscite à l'aube un nouveau soleil. Dans La Guerre du feu, film de Jean-Jacques Annaud inspiré par le livre de Rosny aîné, on voit la naissance de l'émotion chez les hommes préhistoriques par l'éclat de rire qui secoue l'un des personnages. Pelot recourt aux larmes, larmes d'angoisse face aux terribles épreuves qu'affrontent ses héros mais aussi de joie, surgies à la faveur d'un sentiment neuf, encore innommé.

    Comme dans La Guerre du feu, l'écrivain crée un langage et, si c'est au lecteur de le décrypter peu à peu, le glossaire établi en annexe lui sera d'un indéniable secours. Linguiste ou paléontologue, anthropologue ou romancier ? Pierre Pelot, aidé par les connaissances d'Yves Coppens, demeure surtout le conteur qui a su inventer un style poétique fait d'âpreté et de féerie. Tout en tranchant avec la convention romanesque habituelle, cette écriture exprime avec une parfaite précision la magie inquiétante et solaire de l'univers lointain qu'elle explore.

    (1) Il y a erreur sur le titre (Sous le vent du monde, 1. Qui regarde la montagne au loin). Voir Le Monde des livres, 7 mars 1997.

     

    Le Monde

    4 février 2000. Edgar REICHMANN

    Rencontres au plus lointain de la préhistoire

    Pierre Pelot promène ses lecteurs au pied des collines de Birmanie.

    Après avoir promené ses lecteurs dans la vallée du Rift, en Afrique, un million sept cent mille années avant notre ère, et décrit les moeurs d'un primate plus développé que les autres, Pierre Pelot s'arrête sept cent mille ans plus tard, au milieu du pléistocène inférieur, quelque part au pied des montagnes de l'Asie du Sud-Est d'aujourd'hui.

    Nous voilà donc en présence des héritiers directs de cet Homo habilis qui vivait sur les rives du lac Rudolf, en Afrique centrale, et qui, depuis le plus lointain de la préhistoire, avait déjà essaimé, selon Yves Coppens (conseiller scientifique et préfacier de la fabuleuse épopée de Pelot), au Septentrion jusqu'au nord-ouest des îles Britanniques et dans la direction opposée vers l'Asie et l'Indonésie actuelles.

    Ainsi, voilà sur les bords d'un affluent de ce que l'on nomme aujourd'hui le fleuve Irrawaddy, deux peuples qui s'ignorent, qui ne parlent pas le même dialecte ; ils finiront par se rencontrer et par comprendre chacun la parole de l'autre.

    Les premiers, les Xuah, avaient quitté l'Afrique nourricière, il y a déjà deux cents générations. Tout en en gardant la confuse mémoire, ils ne cessent de vagabonder à la recherche du lieu énigmatique d'où chaque matin surgit le soleil. S'ils ont déjà une vague idée sur la manière dont on fabrique les enfants, s'ils savent transporter les braises du feu éteint (comme dans le film La Guerre du feu, de Jean-Jacques Annaud), ils ignorent toujours les astuces pour l'allumer. En revanche, cet Homo erectus en voie d'évolution sait conceptualiser l'existence de l 'autre en lui donnant un nom bien à lui. Une fois cet autre mort, son nom, qui en demeure consubstantiel, se perd également.

    Cela arrive au soleil chaque fois qu'il disparaît au ponant, de l'autre côté des collines de la brumeuse Birmanie. C'est pourquoi les Xuah marchent inexorablement vers le levant à la recherche du nom perdu de cette boule de feu magique qui, lorsqu'elle disparaît, les plonge dans le froid, la solitude et le désespoir.

    Au cours de leur quête permanente, ponctuée de dangers effroyables et d'apparitions d'animaux inconnus (un colossal cousin de l'homme, sorte de yéti à la force terrifiante, le tigre effrayant aux dents recourbés...), ils rencontrent les Loh, peuplade vivant en clans dispersés - en fait plusieurs grandes familles qui pratiquent, elles aussi, la fonction magique, mais encore rudimentaire, du verbe qui désigne les choses que l'on voit, et ce que l'on ressent - ainsi communiquent-ils lors de leurs rencontres rituelles qui favorisent aussi bien les échanges et les trocs de toute sorte, que l'enfermement endogamique et l'inceste.

    Chez les Loh, contrairement aux Xuah, le lien entre la sexualité et la venue au monde des enfants n'est toujours pas décrypté. Il suffit, pensent-ils, de casser la dent d'un mâle afin qu'à l'instant de sa mort, le souffle puisse quitter son corps et venir féconder celui d'une femme : ainsi les Loh, tailleurs de silex, découvrent le pouvoir de ce qui n'est pas visible.

    La rencontre entre les deux groupes s'ouvrira sur les premiers signes d'émotion ressentis par une femme et un homme appartenant à des cultures différentes selon l'échelle de leur évolution. Avec quelle parole Sintshu, la Xuah, et Aaknah, le Loh, allaient-ils pouvoir exprimer leur désir une fois le nom du soleil retrouvé ?

    Deux langages se croisent et se superposent dans cette saga féerique de nos origines : celui singulier, plein de poésie, de Pierre Pelot, conteur attachant, et le parler qu'il invente pour ses personnages du paléolithique, facile à comprendre grâce au glossaire établi en annexe.

     

    Page créée le jeudi 6 novembre 2003.