Ce chasseur-là

 
 
 

Date et lieu

Dans un futur lointain (?), au Groenland.

Sujet

Pourquoi Wendy Donnelly a-t-elle détruit le corps de "P.45", un mort dont on ignore l'identité. Pourquoi a-t-elle dérobé les maigres possessions de ce mystérieux sujet d'expérience avant de s'enfuir ? Et si tout simplement elle voulait savoir, quel qu'en soit le prix.

C'est dans l'âpre Groenland que Wendy devra s'associer à nouveau avec Jap Ryek, le chasseur. Un homme qui, aux glaces de l'ultime Thulé, préfère parfois le beau regard vert de cette jeune femme. (4ème de couverture, 1999).

 

Éditions

Couverture de Wojtek Siudmak.

  • 1ère édition, 1985
  • Paris : Presses Pocket, juillet 1985 [impr. : 31/07/1985].
  • 18 cm, 220 p.
  • Illustration : Wojtek Siudmak (couverture).
  • (Science-Fiction ; 5209). Collection dirigée par Jacques Goimard.
  • ISBN : 2-266-01616-4.
  • Prix : ***.
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    Couverture de Mandy.

  • 2ème édition, 1999
  • Paris : Denoël, mars 1999 [impr. : 02/1999].
  • 18 cm, 219 p.
  • Illustration : Mandy (couverture).
  • (Présence du futur ; 606).
  • ISBN : 2-207-30600-3.
  • Prix : Catégorie 3.
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  • 3ème édition, 2013
  • Paris : éditions Bragelonne, 16 décembre 2013.
  • (Bragelonne Classic).
  • Livre numérique.
  • 176 p.
  • ISBN : 978-2-8205-1338-0.
  • Il y a un an, Wendy Donnelly a déjà voyagé avec lui, le chasseur Kap Reyk. Depuis, elle a brûlé ce qui restait de P 45, ce mystérieux corps humain qui lui servait de sujet d’expérience. Elle doit retourner là où ils sont allés il y a un an. Et elle doit y retourner avec lui. Conclure avec lui un nouveau contrat de chasse. Elle, elle est obnubilée par sa quête de savoir et la folie qui se tapit derrière. Lui, il se rappelle surtout de la beauté de Wendy, et de ses yeux verts. Tous deux vont y retourner, dans le grand Nord... où les attend peut-être la réponse à toutes leurs questions.
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    Première page

    Une expression de grande fragilité se répandit sur les traits de Nathan Berne. S'il avait pu tricher jusqu'alors et jouer sans faillir son personnage de roc, il abandonna. Il oublia. Pour quelques secondes, pas davantage, une simple lézarde, mais cela n'avait pas échappé à cette attention aiguisée que lui portait en coin, sur le bord d'un oeil noir et plissé, Lok Deagless, l'assistant de labo. Nathan Berne grogna. Puis il recommença de mâcher son éternel chewing-gum, lentement, et porta à son visage sa grosse patte aux doigts courts. Il comprima durement ses muscles faciaux relâchés, imprimant de vraies traces sous ses pommettes et sur ses joues bleuies de barbe. Quand sa main retomba, il avait retrouvé son expression ordinaire, ce masque à la fois dur et tranquille que rien ne semblait pouvoir fissurer.

    Mais il avait eu fissure. Précisément.

    Berne grogna encore. Il se balança d'un pied sur l'autre. Plus que jamais, massif dans sa longue blouse blanche, les épaules serrés dans les plis du vêtement, avec cette crinière de cheveux blanc jaunâtre, il ressemblait à un de ces ours polaires qui, disait-on, peuplaient encore l'inlandsis au-delà du parallèle 80. Nathan n'avait jamais vu personnellement de vrai ours, en chair et fourrure. Mais sur des photos, des films, oui. Ainsi qu'au zoo de Chicago, naturellement, avant de venir s'enterrer ici. A son côté, Deagless, l'assistant de labo pourtant de taille très normale, paraissait maigrichon et étriqué.

    Deagless était natif d'un bled perdu de Vieille Georgie, il avait fait ses études d'anapathologiste à la FM de Nord- Atlanta et ne connaissait pas Chicago. Il n'y avait jamais mis les pieds. Il n'avait jamais mis les pieds nulle part, sauf en Vieille Georgie, à Atlanta, et maintenant le cercle arctique, dans cette base de Dombdos 2, au sud de Thulé. Comment ouvrir son cœur à un gars qui ne connaît rien de Chicago ? un étranger ? même si vous venez de vivre plusieurs années avec lui ?… même si Deagless n'avait pas son pareil pour se rendre agréable, sympathique, humainement chaleureux et professionnellement efficace - rien à lui reprocher. Mais il s'amène et vous avoue tranquillement : "Non, désolé, Patron, je ne suis jamais allé à Chicago." Alors. Comment voulez-vous ?

    Nathan Berne laissa glisser un sourire machinal sur ses lèvres charnues ; un sourire que le sacré Deagless, à qui rien n'échappait, repéra et chercha sans doute à interpréter de manière raisonnable. Deagless agita ses doigts dans les poches de sa blouse. Il faudrait bien que ce merdier s'apaise, songea Berne. Que le cours des événements redevienne normal, en somme… Je crois bien que j'ai mon compte. Nathan, tu as passé le cap. Il dit :

    "Et d'après vous son départ remonterait à …

    - Hier, se hâta Deagless. Hier dans la soirée, sans doute…C'est-à-dire aux environs de 20 h 30.

    - Aux environs. "

    Deagless fit une grimace désolée. Si Nathan Berne ressemblait à un ours, il avait, lui, des allures de chat ; par exemple, même quand il avait l'air ennuyé, son regard rond ne cillait pas.

     

    Dédicace

    Pour Jean-Luc Didelot, pour Dominique Géhin, pour Jean Solé… avant qu'il nous soit définitivement interdit de marcher sur Thulé. P.P.

     

    Revue de presse

    Fiction

    N° 369, décembre 1985. Eric SANVOISIN, page 171

    Dans le précédent volume de la série Les Hommes sans futur, Le Chien courait sur l'autoroute en criant son nom, Pelot mettait en scène - en pièces ? - un univers terni par les ombres de la déchéance et d'où toute sérénité semblait avoir disparu (cf. la critique de Dominique Warfa parue dans Fiction n° 360...). La désespérance, il est vrai, dessine une cicatrice qui marque profondément l'œuvre de l'auteur.

    On la retrouve, bien sûr, dans Ce chasseur-là. Les personnages de Wendy Donnelly et de Jap Reyk en sont les vecteurs privilégiés. Toutefois, il apparaît cette fois-ci un fait nouveau qui semble rapprocher quelque peu les mangeurs d'argile des Supérieurs. Oh, pas grand chose : juste une parcelle de folie condamnée et marginalisée. Mais cela suffit à dissiper une partie du misérable brouillard des romans noirs.

    Ce livre dont l'action se déroule dans le "permafrost" du grand Nord conte une chasse particulière qui défie par sa démence et son absence de logique le rapport des forces en présence. Le gibier en est quelques Supérieurs qui vivent dans une ancienne base militaire, retranchés du monde, des leurs et des mangeurs d'argile.

    Wendy Donnelly, scientifique de la base Dombdos 2, aimerait bien en capturer un afin de l'étudier. Mais Jap Reyk a compris le danger. Il essaiera de lui mettre des bâtons dans les roues jusqu'au bout, parce qu'il est ce chasseur-là...

    Malgré une tendance au bavardage un peu vaine qui conduit parfois à quelques longueurs, Ce chasseur-là réussit à distiller un suspense constant, articulé à la fois sur le passé et sur le présent, qui se débobinent parallèlement. On ne s'ennuie pas, et c'est là le principal.

     

    Page créée le mardi 4 novembre 2003.