Je suis la mauvaise herbe

 
 
  • Pierre Pelot
  • 1975 | 56ème roman publié
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Date et lieu

En 1920, à Vizentine (Saint-Maurice-sur-Moselle, dans les Vosges)...

Sujet

La mauvaise herbe, ça pousse en liberté, et quand ça donne des fruits, ils sont acides sous la dent... Celui-là s'appelait Brice. Comme une mauvaise herbe, il menait sa vie hors des sentiers courus. Deux chapeaux sur la tête, deux musettes en bandoulière...

Il arrivait, en plein coeur de l'été. Il venait d'ailleurs, de plus loin que les montagnes ; il savait les magies des pays merveilleux. Pour un petit garçon de sept ans, il pouvait être l'Enchanteur, même si pour les adultes, c'était tout différent. Il pouvait être aussi, sans crier gare, le passeur vers une autre rive, vers l'autre rive : celle de l'enfance en allée... (4ème de couverture, 1975).

 

Éditions

Photo de couverture anonyme (Vloo).

  • 1ère édition, 1975
  • Paris : Éditions G.P., II/1975 [impr. : 06/1975].
  • 21 cm, 218 p.
  • Illustration : Anonyme / Vloo (couverture).
  • (Grand Angle ; 8).
  • ISBN : 2-261-00442-7.
  • Titre de travail : Les Berlinquinquins. C'est l'un des noms qu'on donne aux hannetons...
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    Couverture de Akkos Szabo.

  • 2ème édition, 1981
  • Paris : Librairie Générale Française, IV/1981.
  • 17 cm, 182 p.
  • Illustration : Akkos Szabo (couverture).
  • (Le Livre de poche Jeunesse ; 61).
  • ISBN : 2-253-02770-7.
  • Réimpressions : 01/1984, 11/1985, 09/1988.
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  • 3ème édition
  • Angers : Institut Monteclair pour déficients visuels, [s. d.].
  • Ouvrage publié en gros caractères, in extenso, un volume.

  • 4ème édition, 2014
  • Paris : éditions Bragelonne, 20 janvier 2014.
  • (Bragelonne Classic).
  • Livre numérique.
  • 110 p.
  • ISBN : 978-2-8205-1404-2.
  • Dans la tête de Simon, petit garçon de sept ans, Brice est un héros merveilleux qui a toujours mille histoires à raconter. Et de fait, Brice en a connu des choses. Mi-colporteur, mi-chemineau, il parcourt les routes, épris de liberté. Mais la société n’est pas tendre avec ceux qui tentent de s’en écarter, et le héros du petit Simon n’est qu’un paria aux yeux de certains autres...
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    Première page

    Journal de vacance.

    Simon Larmier
    Les Braqueux
    Vizentine sur Agne.

    maintenan je sai écrir. Je mapelle Simon Larmier, et j'ai 7 an, et je sui né le 15 out 1913.

    C'est les vavance. Normallement, c'est encore l'école mais la maitresse est malade alors pour toute la classe enfentine c'est déjà les vacance. Je sui conten d'ètre en vacance.

    Cest le moi d'out et biento ce sera mon aniversère.

    La maitresse a di que pendent les vacance on devais fère un journal de vacance. Cest pas un vrai journal et sa veu dire quon doi écrir sur un caié ce quon fai pendan les vacance.

    Cest vendredi et il fai bau. Il y a du soleil. Aprémidi, jé atrapé des perlinquinquins dans le pré en ba de ché nous. Il y en a encor et poutan cest le moi d'out, dabitude au moi d'ou il y a lontan que les les perlinquinquins son parti. Mai cet ané il y en a encor et c'est peutètre un signe de bau tan, je ne sé pas. Jen ai atrapé bocou et je les ai mis dans une grosse boite d'alumète.

    il a fé drolemen cho.

    Simon, tirant la langue, délia la petite queue du o qui terminait le mot. Il piqua sur la feuille un point final bien net et se redressa.

    Il considéra un instant, d'un oeil plutôt satisfait, la demi-page de cahier couverte de son écriture ronde et violette, fit quelques petits bruits guillerets en claquant le bout de sa langue contre ses dents. En panne d'inspiration, il posa le porte-plume sur le bord de la table, prenant garde à ce qui restait d'encre au bec de la sergent-major.

    Il relut sa prose, et son esprit dansait. Simon se demanda s'il n'avait pas fait trois ou quatre fautes d'orthographe : les mots vacance et caié, en particulier, ne lui paraissaient pas dans leurs atours ordinaires... Le buvard rose qu'il plaqua sur le texte, et qu'il pressa, épongea l'encre et le doute avec la même efficacité.

     

    Prix littéraires

    Sélection Grand prix des Treize 1975

    Sélection Jeunes Lecture Promotion 1976

    Sélection 1000 Jeunes Lecteurs 1976

     

    Épigraphe

    Quand le jour de gloire est arrivé,
    Comm' tous les autr's étaient crevés,
    Moi seul connut le déshonneur
    De n' pas êtr' mort au champ d'honneur

    Je suis d'la mauvaise herbe,
    Braves gens, braves gens,
    C'est pas moi qu'on rumine
    Et c'est pas moi qu'on met en gerbe...
    La mort faucha les autres,
    Braves gens, braves gens,
    Et me fit grâce à moi,
    C'est immoral et c'est comm' ça !
    La la la la la la la la
    La la la la la la la la
    Et je m' demand'
    Pourquoi, Bon Dieu,
    Ca vous dérange
    Que j'vive un peu...

     (Georges Brassens, La Mauvaise herbe).

     

    Revue de presse

    La Tribune de l'enfance

    N° 123, juin 1975

    La rencontre d'un jeune garçon de la campagne, âgé de sept ans, et de l'un de ces éternels colporteurs qui savent si bien raconter les histoires qu'ils auraient voulu vivre.

     

    ?

    ?, juillet 1975. R. D. (Raoul DUBOIS ?)

    Brice est un de ces vagabonds comme il en existait dans les campagnes françaises jusqu'à la dernière guerre. Mi-colporteur, mi-chemineau, il est reçu à bras ouverts dans la famille de de Simon, un petit garçon de 7 ans. Quelles magnifiques histoires raconte Brice qui a tant voyagé, tant eu d'aventures. Un jour vient où tout s'écroule, où le héros s'effondre après une banale bagarre de bistrot un dimanche. Simon supporte mal le choc puis, peu à peu, aidé par son père, comprend.

    C'est un très beau récit, écrit dans ce style propre à Pelot, si proche du monologue parfois qu'il en a le rythme syncopé. Bien sûr, Pierre Pelot a pour Brice la tendresse qui est la sienne pour tous les marginaux, ceux qui refusent une société contraignante. Mais cette tendresse reste lucide.

    Un livre exceptionnel à recommander aux plus de 14 ans.

     

    La Voix lorraine

    6 juillet 1975

    Article également paru dans : Journal des combattants, 19 juillet 1975.

    La mauvaise herbe, ça pousse en liberté, et quand ça donne des fruits, ils sont acides sous la dent.

    Celui-là s'appelait Brice. Comme une mauvaise herbe, il menait sa vie hors des sentiers courus. Deux chapeaux sur la tête, deux musettes en bandoulière…

    Il arrivait, en plein cœur de l'été. Il venait d'ailleurs, de plus loin que les montagnes ; il savait les magies de pays merveilleux.

    Pour un petit garçon de sept ans, il pouvait être l'Enchanteur, même si pour les adultes c'était tout différent. Il pouvait être aussi, sans crier gare, le passeur vers une autre rive, vers l'autre rive : celle de l'enfance en allée.

     

    Luxemburger Wort

    Luxembourg, 6 septembre 1975

    Pour les adolescents et les adultes, les éditions G.P. ont créé la collection Grand Angle qui traite dans ses romans des problèmes d'actualité. Les livres sont imprimés d'une façon particulièrement nette, distinguée ; le papier est de bonne qualité et les ouvrages qui se vendent au prix de treize, quatorze ou quinze francs français, constituent des cadeaux dont on n'a pas besoin d'avoir honte. En dehors des avantages que j'ai déjà indiqués, il en faut ajouter un autre, celui d'une langue et d'un style corrects. De nos jours, on méprise volontiers la grammaire et la correction du langage, au détriment des jeunes qui souffriront de la négligence et du mauvais exemple de leurs aînés.

    Pierre Pelot, dans Je suis la mauvaise herbe, raconte la vie d'un être humain dont l'existence n'a pas été conforme à la norme bourgeoise ; il est "la mauvaise herbe" et les adultes voient en lui un raté, mais un petit garçon, grâce à lui, voit s'ouvrir sous ses yeux le monde du rêve et de la poésie, et à l'aide du vagabond il s'approche de l'état d'adulte.

     

    Lire

    Novembre 1975

    Le héros, ou plutôt l'anti-héros de ce livre n'est pas Simon, un petit garçon de sept ans qui brûle d'admiration pour Brice, le colporteur qui sait conter de si belles aventures, mais le vieux vagabond lui-même. L'auteur a merveilleusement décrit ce personnage marginal, épris de liberté, qui refuse les villes-prisons, l'usine-caserne et la guerre. Apatride et pacifiste, Brice est pris à parti par quelques villageois avinés qui l'ont connu jadis et l'accusent de s'être planqué pendant la dernière guerre (1914). Simon apprend que Brice n'est pas un héros, mais seulement un homme. Après un moment de désespoir, il réapprend à l'aimer… Un très beau récit et des dialogues étonnants de naturel.

     

    Dossier de l'enseignant

    Paris : Le Livre de poche Jeunesse, 1981, pages 139-140

    L'auteur : Pierre Pelot est le pseudonyme de Pierre Grosdemange, né en 1945 à Saint-Maurice-sur-Moselle, dans les Vosges. Après le certificat d'études, il entre dans un centre d'apprentissage pour en ressortir bientôt; une seconde tentative, dans la mécanique, ne lui réussit pas davantage. Attiré par la peinture, il travaille par correspondance, puis essaie la bande dessinée. Consulté, Hergé lui conseille d'écrire. Pierre Pelot a trouvé sa voie : depuis 1966, il publie sous divers pseudonymes des westerns, des policiers et de la science-fiction, des romans pour les jeunes qui lui valent plusieurs prix. Il écrit aussi pour la radio. Fidèle au pays vosgien, il y vit avec les siens et en fait volontiers le cadre de ses romans.

    Le roman : Dans un village des Vosges, en 1920, un garçon de sept ans écrit son journal de vacances; il a une petite sœur, un bon copain, des parents qui le comprennent. Mais son grand ami, c'est Brice le colporteur qui lui raconte ses voyages, ses chasses à l'ours et lui parle de la liberté. Simon va s'apercevoir que, dans le pays, Brice est mal vu : il aurait passé la guerre caché dans une ferme, c'est un velléitaire, un lâche, un raté. Le plus grave pour l'enfant, ce sera la découverte du mensonge : les aventures de son ami sont imaginaires, il les emprunte aux romans qu'il garde dans sa musette. La colère de Simon est à la mesure de sa déception; mais son père va l'aider à regarder les autres tels qu'ils sont sans pour autant les rejeter; il apprendra la tolérance et la fidélité.

    L'intérêt du livre : Dans l'œuvre abondante de Pierre Pelot, ce roman est peut-être le plus achevé; ses thèmes préférés et ses qualités d'écriture y trouvent leur expression la plus juste dans l'expérience d'un enfant de sept ans confronté aux réalités adultes. Simon est un vrai petit garçon, il a les illusions, les élans, l'intolérance de son âge. Le milieu, les personnages sont peints avec une vérité qui touche le lecteur : pas d'effets, pas de sermons, une lucidité qui ne juge pas; le contraire pourtant de l'indifférence. La peinture du marginal, que l'auteur reprend inlassablement dans ses récits, est ici si sensible qu'on peut la déchiffrer à plusieurs niveaux : ouvert au merveilleux qu'il partage avec Simon, désengagé donc déserteur aux yeux des anciens combattants, lâche pour les agressifs, solitaire par choix ou par fatalité, amical et distant, menteur et dupe... A l'opposé des romans à thèse, cette histoire ignore le schématisme et les solutions imposées, mais elle est chargé d'interrogations, sur la liberté et la vie sociale, sur les rapports humains, sur le choix et la destinée, l'honnêteté intellectuelle, etc. Le récit est imagé, vivant, l'action soutenue; la personnalité du père de Simon, solide, équilibrée, donne son centre de gravité au livre qu'on referme sur une impression positive.

    Quelques questions aux lecteurs :

    - Simon est-il un enfant heureux ? Pourquoi aime-t-il le vieux Brice ? De quoi parle-t-il avec lui ?

    - Y a-t-il en dehors de vos parents des adultes qui soient de vrais amis pour vous ? Aimez-vous leur poser des questions ? Les écouter ? Leur raconter ce qui vous intéresse ?

    - Est-il important d'avoir confiance en ses amis ? Pourquoi ?

    - A votre avis, Brice était-il vraiment un menteur ? Se rendait-il compte que Simon le prenait pour un héros ? Pourquoi s'attribuait-il des aventures qu'il n'avait pas vécues ? Pensez-vous que cela le consolait d'avoir plutôt raté sa vie ?

    - Que pensez-vous de ses façons d'agir, de sa solitude ? Qu'est-ce que les gens lui reprochaient surtout, au village ? Pensez-vous que, en temps de guerre, on doive défendre son pays ? Peut-on vivre à part, sans s'occuper des autres ? Suffit-il de rester seul pour être libre ? Brice aurait-il pu se marier ? Pourquoi ne l'a-til pas fait ? Est-il timide, lâche, égoïste ?

    - Croyez-vous qu'il soit facile de comprendre les autres ? De les juger ?

    - Comment auriez-vous réagi à la place de Simon ?

    - Que pensez-vous de son père ? A-t-il eu raison de parler à son fils comme il l'a fait ? Comprenez-vous ce qu'il a voulu dire ? Ce qu'il a dit vous semble-t-il vrai ou non ?

     

    Écrits pour nuire

    Littérature enfantine et subversion / Marie-Claude Monchaux.- Paris : Union nationale inter-universitaire, 1987, nouvelle éd. revue et augmentée.- 21 cm, 159 p.  Page 100

    Le petit Simon a sept ans, il est avec son ami Brice, un "marginal", un clochard, le chemineau d'autrefois qui allait de ferme en ferme donner un coup de main contre un repas et un lit dans le foin. Bien sympathique au demeurant. Mais c'est Pierre Pelot qui écrit cela :

    - Je vais te dire un secret : cette guerre ne m'intéressait pas (il s'agit de la guerre de 1914).

    - Pourquoi ?

    - Pourquoi... pourquoi... Je n'ai pas trouvé que c'était quelque chose d'intéressant, voilà tout.

    Pas méchant, pas nuisible, Brice. Il n'avait pas, lui, de femme, d'enfants, ni de maison à défendre comme le papa de Simon. Pas concerné, voilà tout. Mais il va être persécuté à cause de cela. Les marginaux gentils sont toujours persécutés chez Pelot, qui a érigé en véritable système l'exploitation du gentil type qui vole une ou deux poules, ou qui déserte un peu, ou qui se drogue un peu, ou qui prend un peu les gens en otage...

    Cela démarre doucement avec Je suis la mauvaise herbe, et puis... Voilà Adrien, Le Ciel fracassé [...].

     

    Page créée le samedi 18 octobre 2003.