Le lundi 2 août 1999, la classe politique vosgienne est en deuil. Albert Voilquin s'est éteint à l'âge de quatre-vingt-quatre ans à l'hôpital de Neufchâteau. L'ami du général de Gaulle, de Georges Pompidou, de Raymond Barre ou de Valéry Giscard d'Estaing, ne laissa personne indifférent durant toute sa vie, dont quarante consacrées à la politique. Albert Voilquin naît en 1915 à Médonville, dans l'Ouest du département des Vosges. Ses parents, Jean et Marie Morizot, sont propriétaires d'un café-restaurant, tout en exploitant quelques arpents de terre. Rapidement, Albert se dirige vers la prêtrise et entre au petit séminaire de Mattaincourt avant d'intégrer, aux termes du cycle de ses études, le grand séminaire déodatien de l'avenue de Robache. Cependant, le second conflit mondial est proche.
Mobilisé en 1939, fait prisonnier en Silésie, il est rapatrié comme grand malade. Toutefois, il parvient à entrer dans la Résistance en 1943, au sein des F.F.I. (forces françaises de l'intérieur). Abandonnant l'idée d'être un jour desservant d'une paroisse, il entre dans la fonction publique. Même privé de la soutane, Albert Voilquin est un croyant à la foi forte. Une foi qui le guide jusqu'à ses engagements les plus importants. De 1945 à 1955, il est administrateur au contrôle des dépenses des engagés civils et militaires en Allemagne à Baden-Baden, puis à Berlin et en Autriche. Tribun hors-pair, il relance le syndicalisme et voue une profonde admiration aux armées françaises. De retour sur le sol de l'Hexagone, il est nommé à Vrécourt inspecteur central du Trésor.
Sa passion pour la France, les Vosges et sa commune, le pousse à faire ses armes en politique. Ce sera le dimanche 30 novembre 1958, face à Jean-François Dupré (une joute mémorable pour tous les électeurs de la quatrième circonscription de Neufchâteau). Avocat au barreau d'Épinal, maître Dupré se présente aux élections législatives au titre de conseiller général du canton de Xertigny et chef de cabinet du ministre Maurice Lemaire. Après un premier tour de scrutin difficile, Albert Voilquin renverse la tendance au second tour. Ses premiers mots sont : L'idéal chrétien qui a guidé toute ma jeunesse et qui demeure le sens profond de ma vie me dicte un seul devoir : servir, servir le pays et le monde à travers les hommes et les collectivités par qui j'ai maintenant l'honneur d'être mandaté.
Fidèle à ses convictions, attaché à la Plaine, il partage son existence, depuis le 27 décembre 1949, avec Élisabeth Français qui lui donne trois enfants : Marie-France (décédée en bas-âge), Jean-Noël et Catherine. Réélu député en 1962, 1967, 1968 et 1973, il devient questeur de l'Assemblée nationale, membre, puis président de l'importante commission de la défense nationale, fédérant autour de son nom un profond respect et une grande sympathie. Quittant le Palais-Bourbon en 1977 pour le Sénat, il accompagne Christian Poncelet, futur président de la Haute-Assemblée.
Refusant en 1976 un poste de secrétaire d'État, il quitte les travées du Sénat en 1995, laissant son fauteuil à Gérard Braun. L'itinéraire politique d'Albert Voilquin est riche en émotions et fertile en événements. Il est élu conseiller municipal de Neufchâteau en novembre 1963 aux côtés de l'architecte Jean-Marie Corroy, suite au décès subit du maire et conseiller général néocastrien Gabriel Bodenreider et de son premier adjoint Henri Flamérion. Quelques jours plus tard, le samedi 16 novembre 1963, le député des Vosges est porté à la première magistrature de Neufchâteau par 21 voix sur 23. Puis le 24 novembre, toujours au fauteuil laissé vacant par l'ancien pharmacien de la rue de France, Albert Voilquin est élu conseiller général du canton de Neufchâteau avec 86 % des suffrages exprimés. Il ajoute ainsi aux titres de député-maire celui de conseiller général.
En 1974, l'édile de la sous-préfecture de la Plaine entre au premier conseil régional de Lorraine au titre de député, puis de sénateur des Vosges. Il reste au sein de cette assemblée durant douze ans. Aigri par les résultats municipaux néocastriens de 1977, il quitte Neufchâteau pour résider définitivement dans son village natal. En 1982, Albert Voilquin retrouve l'assemblée départementale vosgienne, mais au titre de conseiller général du canton de Bulgnéville. Loin de l'agitation politique de la fin du XXe siècle, Albert Voilquin se retire au 7, de la rue de Gendreville à Médonville, à l'ancien presbytère de la paroisse, devenu sa propriété. Le parlementaire repose au cimetière de son village, aux côtés de ses parents et de sa fille Marie-France, décédée au début des années 1950.