Rencontre Fernand Grosjean,
l’imagier de Rambervillers
Magicien du trait, ses dessins sont parus dans un Bestiaire loufoque, cosigné avec un sorcier des mots, Roland Marx. Où l’on peut voir d’extraordinaires erreurs génétiques, des croisements improbables, par exemple entre un loup et un phoque, un cerf et un crapaud, un singe et un serpent…
D’habitude, Fernand Grosjean se montre beaucoup plus respectueux de la nature et des paysages ruraux qu’il représente. D’habitude, il s’attache avec révérence à toutes les pierres, à toutes les ombres, et n’oublie aucune des fleurs de la glycine qui enveloppe la muraille, aucune des tuiles qui forment la toiture. C’est un Artiste.
Venant de Girmont, frais émoulu de l’École Normale de Mirecourt (1956-1960), il a accompli toute sa carrière de professeur (allemand, français, dessin) au collège des Monteaux de Rambervillers, aujourd’hui dénommé Alphonse-Cythère. Jusqu’en 1997, où il débute alors une retraite particulièrement active.
Arts et Histoire
Dès 1980, Fernand Grosjean, dont en matière de dessin la main sûre avait été guidée par Marcel Levieux, son professeur au collège de Thaon, devient le président de l’Atelier d’Arts plastiques (aujourd’hui : Arts et Histoire) et donne gratuitement des cours de dessin pour les élèves des écoles primaires et des collèges, pour les adultes. Á la tête d’une petite bande de mordus enthousiastes et bénévoles, il met en place le Musée de la Terre, crée la revue Au bord de la Mortagne et en réalise les 16 premiers numéros, assure la célébration du 4ème centenaire de l’hôtel de ville, fonde le Prix de peinture Charles-Gratia… Il organise les Journées vosgiennes de Rambervillers avec la Fédération des sociétés savantes des Vosges. Il participe à des fouilles archéologiques à la chapelle des Hommes, dans la propriété des Sœurs, au camp des Suédois, dans le jardin Schwartz. Inlassablement au service de l’art, du patrimoine et de l’Histoire.
Traits de mémoire
En 1996, il crée dans son collège une classe Patrimoine et emmène ses élèves à sa suite sur les chemins de la connaissance et du respect du passé. Tout se passe si bien qu’une subvention est accordée au projet l’année suivante, celle de son départ à la retraite. Il décide alors de poursuivre l’expérience en créant l’association Traits de mémoire qu’il préside jusqu’en 2014 et où il continue à donner des cours de dessin. Pendant près de vingt ans encore, il se dépense sans compter. Expositions, création avec la conseillère générale Martine Gimmilaro des Journées cantonales du Patrimoine, organisation de conférences et de sorties culturelles, célébration du 5ème centenaire de l’église, conduite de visites guidées et formation de jeunes guides, participation à la Balade du Veilleur de nuit, organisation des Prix Pol-Ramber et Jean-Veil… La liste est longue.
Et les collaborations nombreuses : avec les municipalités du canton, l’Office municipal de la Culture, la paroisse, les associations (cartophiles, philatélistes, Maisons paysannes, Comice agricole…).
Housseras Döblin
En 2000, avec l’écrivain Jeanne Cressanges, il fonde l’association Housseras Döblin, destinée à rendre hommage à la mémoire et aux travaux de Wolfgang Döblin, mathématicien génial, et de ses parents (le père Alexandre est l’auteur du célèbre roman Berlin Alexanderplatz), tous trois inhumés à Housseras.
Il est du côté de la force, Fernand Grosjean. En témoignent deux épisodes douloureux qui auraient pu le laisser sur le carreau. Trois mois après sa nomination au collège de Rambervillers en 1960, il est appelé en Algérie. Au bout de six semaines, il est gravement blessé dans une explosion. S’ensuivent de longs séjours dans plusieurs hôpitaux et son rapatriement en métropole. Bien qu’ayant tous les titres l’y autorisant, il n’a jamais accepté ni de recevoir de médaille, ni de faire partie des anciens combattants et ne reçoit donc pas de pension militaire. Le second se produisit au cours de la campagne électorale de 1978. Sa voiture ayant rencontré plusieurs sangliers, il est hospitalisé à nouveau pendant six longs mois, la jambe en charpie et un pied bougrement mal en point.
Professeur, animateur culturel hors pair, dessinateur talentueux, ces trois vies ont fait de Fernand Grosjean l’une des icônes de la cité des grès flammés. Sa patte se retrouve dans de très nombreuses illustrations, affiches, ouvrages, tracts et documents divers. Il a publié en 1994 un très beau livre intitulé Au pas du cheval (Kruch éditeur), il a illustré Je vous écris d’Épinal de Jeanne Cressanges en 2008 (Serge Domini éditeur) et plusieurs recueils du poète Roland Marx. On peut dire sans médire que, tout comme on se souvient du célèbre imagier d’Epinal François Georgin, Fernand Grosjean restera pour toujours le véritable imagier de Rambervillers.
[L’Echo des Vosges, 31 mars 2016, Bernard Visse].
2016 —
L'Echo des Vosges
Hommage Fernand Grosjean, diplômé Rambuvetais
Le Grand salon de l’hôtel de ville était bondé ce vendredi 7 octobre, en début de soirée. On était venu de Rambervillers et de nombreuses communes alentour, d’Epinal et d’ailleurs, pour répondre à l’invitation de Jean-Pierre Michel et de sa municipalité. Afin de rendre hommage à l’une des figures les plus emblématiques de la ville : Fernand Grosjean.
Sous les feux des projecteurs, accompagné de son épouse Pierrette, le militant laïque et bénévole qu’il a toujours su être tout au long de sa vie semblait très ému. L’heure était aux discours, aux rappels d’une existence bien remplie, au bilan des si nombreuses réalisations et participations de cet homme qui, frais émoulu de l’École Normale de Mirecourt, venant de Girmont en 1960 pour une année tout au plus, a accompli toute sa carrière de professeur (allemand, français, dessin) au collège des Monteaux de Rambervillers, aujourd’hui dénommé Alphonse-Cythère. Jusqu’en 1997, où il a débuté une retraite particulièrement active.
Tout le talent de l’homme libre à l’âme de conteur qui a su faire parler les archives et faire aimer la petite et grande histoire de Rambervillers, est d’avoir développé de nombreuses pratiques culturelles au service du territoire.
Quelques repères
En 1980, Fernand Grosjean, dont en matière de dessin la main sûre avait été guidée par Marcel Levieux, son professeur au collège de Thaon, devient le président de l’Atelier d’Arts plastiques (aujourd’hui : Arts et Histoire) et donne gratuitement des cours de dessin pour les élèves des écoles primaires et des collèges, pour les adultes. Á la tête d’une petite bande de mordus enthousiastes et bénévoles, il met en place le Musée de la Terre, crée la revue Au bord de la Mortagne et en réalise les 16 premiers numéros, assure la célébration du 4ème centenaire de l’hôtel de ville, fonde le Prix de peinture Charles-Gratia… Il organise les Journées vosgiennes de Rambervillers avec la Fédération des sociétés savantes des Vosges (1981). Il participe à des fouilles archéologiques à la chapelle des Hommes, dans la propriété des Sœurs, au camp des Suédois, dans le jardin Schwartz. Inlassablement au service de l’art, du patrimoine et de l’Histoire.
En 1996, il crée dans son collège une classe Patrimoine et emmène ses élèves à sa suite sur les chemins de la connaissance et du respect du passé. Tout se passe si bien qu’une subvention est accordée au projet l’année suivante, celle de son départ à la retraite. Il décide alors de poursuivre l’expérience en créant l’association Traits de mémoire qu’il préside jusqu’en 2014 et où il continue à donner bénévolement des cours de dessin. Pendant près de vingt ans encore, il se dépense sans compter. Les Journées du patrimoine du canton laisseront longtemps le souvenir de manifestations de grande qualité autour de thèmes rassembleurs comme les églises, les lavoirs, le bois… Expositions, conférences et sorties culturelles, célébrations du 4ème centenaire de l’hôtel de ville (1991) et du 5ème centenaire de l’église (2011), visites guidées et formation de jeunes guides, participation à la Balade du Veilleur de nuit, organisation des Prix Pol-Ramber et Jean-Veil… La liste est longue : Fernand Grosjean est sur tous les fronts.
En 2000, avec l’écrivain Jeanne Cressanges, il fonde l’association Housseras Döblin, afin de rendre hommage à la mémoire de Wolfgang Döblin, mathématicien génial, et de ses parents (le père Alexandre est l’auteur du célèbre roman Berlin Alexanderplatz, tous trois inhumés à Housseras).
Dans ses petits souliers
Professeur, animateur culturel hors pair, dessinateur talentueux, ces trois vies ont fait de Fernand Grosjean l’une des icônes de la cité des grès flammés. Sa patte se retrouve dans de très nombreuses illustrations, affiches, ouvrages, tracts et documents divers. Il a publié en 1994 un très beau livre intitulé Au pas du cheval (Kruch éditeur), il a illustré Je vous écris d’Épinal de Jeanne Cressanges en 2008 (Serge Domini éditeur) et plusieurs recueils du poète Roland Marx. Sur son lutrin, un autre volume est en préparation, qui pourrait s’intituler : Au son des cloches...
Des collègues, des membres des associations de la cité, de nombreux amis parmi lesquels nous avons reconnu les écrivains Jeanne Cressanges, Frédérique Volot et Gilles Laporte, le linguiste Alain Litaize, les châtelains Edith et Francis Phélipeaux (sans Corby), avaient tenu à manifester tout leur soutien à Pierrette et Fernand Grosjean en cette délicate épreuve. Il a adressé une réponse emplie d’esprit aux hommages vibrants prononcés successivement par Marie-Claude Ferry, présidente de l’Atelier Arts et Histoire, Martine Gimmilaro, ancienne collègue au collège et conseillère départementale, Dominique Sourdot, adjointe au maire en charge de la Culture. Cette dernière résuma toutes les phrases précédentes en reconnaissant que Fernand Grosjean était la référence en matière culturelle chez nous. Lui, tout petit dans mes petits souliers, s’est étonné : Tu vas ouïr vivant ton éloge funèbre, situation pour laquelle je n’étais pas préparé…
N’est pas de Rambervillers qui s’impose, a-t-on entendu lors de cette sympathique soirée : sans coup férir, Fernand Grosjean a su conquérir paisiblement le cœur des Rambuvetais. S’il en fallait une preuve tangible, la remise d’un diplôme par le premier magistrat scellait solennellement cette adoption civile.
[L'Echo des Vosges, 13 octobre 2016, Bernard Visse].