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Hippolyte Napoléon MOUGEOT

[ Isches (88) , 1810 Vittel (88) , 16/08/1881 (71 ans) ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1881 — La Semaine religieuse de Saint-Dié

Décès. — M. l’abbé Hippolyte-Napoléon Mougeot, curé de Senonges, est décédé le 24 août. Il est né à Isches le 9 février 1810, et a été ordonné prêtre le 20 mai 1837. Il a été aumônier des Dames de Mattaincourt depuis 1838 jusqu’en 1874.

Il était membre de l’association de prières pour les confrères défunts.

1881 — La Semaine religieuse de Saint-Dié

NÉCROLOGIE : M. L’ABBÉ MOUGEOT. — M. l’abbé Hippolyte Mougeot est décédé à Vittel le 16 août dernier (1) des suites de l’opération appelée Lithotritie, qu’il a supportée très-courageusement, et qui a été faite par le docteur Bouloumié avec une rare dextérité. Tout laissait espérer un résultat favorable, lorsqu’une fièvre accompagnée de coma s’est déclarée. Les soins du médecin n’ont pu en conjurer les effets. Au matin de l’Assomption, le malade reçut le Saint-Viatique, et au soir du lendemain l’Extrême-Onction, en pleine connaissance, et moins d’une heure après, il s’éteignait sans crise et sans agonie.

L’abbé Mougeot était ce qu’on peut appeler un homme, c’est-à-dire, un caractère viril, une âme fortement trempée. Dieu l’avait ainsi façonné dès sa jeunesse, qui fut pleine d’épreuves. Le pauvre enfant ne fut pas bercé sur les genoux de sa mère ; elle avait péri en lui donnant le jour ; et le père dont il était le fils unique, mourut bientôt après, et le laissa de la sorte absolument orphelin.

Placé sous la tutelle d’un oncle, brave et digne homme, mais malheureux en affaires, il eut beaucoup à souffrir de toutes manières, et surtout dans ses intérêts. Heureusement il se rencontrait parmi ses parents un prêtre voué à l’éducation de la jeunesse cléricale, notre précepteur à tous deux, l’abbé Martin, de Darney, curé de Relanges, qui s’intéressa à lui, et le plaça dans une maison chrétienne de sa paroisse. Ce fut là seulement qu’il goûta les douceurs de la famille ; car il fut en effet traité comme l’enfant de cette excellente famille Morizot, qu’il a toujours regardée comme sienne, et dans laquelle il fit ses études jusqu’à la troisième.

Au petit séminaire, il ne tarda pas à montrer ses talents, et le germe des vertus sacerdotales qui prirent au séminaire de Saint-Dié un développement remarquable. Il attira particulièrement les regards du vénérable supérieur, M. Munier, si bon juge, appréciateur si intègre de ses élèves.

Après une année de vicariat à Clefcy, il fut choisi pour l’aumônerie des Dames Chanoinesses de Saint-Augustin, de la congrégation de Notre-Dame, à Mattaincourt. Ce poste était d’autant plus difficile, que la maison n’avait pas de supérieur local, et d’autant plus délicat qu’il s’agissait, non seulement de diriger des religieuses dans les voies de la perfection, mais encore de former à la piété chrétienne un pensionnat nombreux, composé des jeunes filles des meilleures familles du pays.

L’abbé Mougeot a dépensé trente-six ans de sa vie dans cet humble et fructueux ministère, avec un succès toujours croissant. Dieu seul a su quelle sollicitude il a déployée, quelle charité de frère pour les sœurs de la communauté, et de père pour leurs chères enfants. Et aussi Dieu seul pouvait se charger de lui offrir une digne récompense ; et pour cela, il fallait attendre le ciel.

Le digne aumônier qui s’était épuisé, âme, corps et biens, pour sa chère communauté, vint à tomber malade ; une fièvre de six mois menaça de le conduire au tombeau ; les vacances arrivèrent, il s’en alla aux eaux de Bains pour achever de rétablir sa santé ; et là, il reçut de son évêque, Mgr Caverot, une lettre qui lui annonçait qu’on avait pensé à le décharger d’un fardeau trop lourd désormais pour ses épaules fatiguées, et qu’on venait de lui nommer un successeur. Une reconnaissance annuelle de la part du couvent, jointe à ses propres ressources, devait le mettre à même de vivre paisiblement le reste de ses jours.

Ce fut pour lui un coup bien pénible ; mais il n’y avait qu’à se soumettre. Seulement, comme il se sentait encore des forces, il fit demander par un ami à son évêque une petite paroisse, ne voulant vivre aux dépens de personne, tant qu’il pourrait travailler à gagner sa vie. Monseigneur se montra heureux de ce dénouement, et l’abbé Mougeot accepta la paroisse de Senonges.

Il était du reste préparé à ce nouveau ministère ; car il n’avait cessé de venir en aide à ses confrères, avec un dévouement à toute épreuve ; il avait évangélisé la plupart des paroisses environnantes, surtout dans les temps de jubilé ou de retraites, où il passait parfois des semaines entières à prêcher et à confesser. Ses vacances s’employaient ainsi très-souvent pour le grand bien des âmes. Que de bien n’a-t-il pas fait aussi en se mettant à la disposition des pèlerins si nombreux, qui affluent au tombeau du B. Pierre Fourier !

Il eut à souffrir de quelques tracasseries dans sa paroisse de Senonges ; on lui offrit un autre poste ; mais par attachement pour ses bons paroissiens, il refusa de changer ; et à leur tour, ses paroissiens viennent de lui montrer tout leur amour. A la nouvelle de sa maladie, plusieurs s’empressèrent de voler près de son lit de douleur ; et quand ils eurent appris sa mort, ce fut une désolation universelle. Ils réclamèrent à l’instant ses restes inanimés, et allèrent les chercher en grand deuil à Vittel ; la paroisse vint en procession au-devant de son cercueil ; on lui prépara de magnifiques obsèques ; l’église entière fut tendue de noir ; un superbe catafalque fut érigé ; la foule en larmes remplit l’église ; le corps des pompiers y était en armes ; les communions pour le repos de son âme furent nombreuses ; tout indiquait que la paroisse pleurait un père. Un nombreux clergé des cantons de Darney, de Vittel et de Mirecourt, était accouru à ces funérailles solennelles. M. le doyen de Darney avait daigné prier un des vieux amis du défunt de laisser tomber sur la foule quelques paroles d’édification qui firent couler bien des larmes. — Repose en paix, cher ami ; tu avais assez travaillé ; le Seigneur t’appelait à la récompense.

L’Abbé Chapiat.

(1) Et non le 24, comme il a été dit par erreur dans le numéro du 2 septembre.
 

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