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Guy DE LA MOTTE BOULOUMIÉ

[ Lyon (69) , 24/12/ 1920 Vittel (88) , 23/01/ 2022 ]

Maire de Vittel, Président de la Société des Eaux de Vittel

Biographie vosgienne

2022 — Vosges Matin

Vosges
Guy de La Motte-Bouloumié avait modernisé la Société des Eaux de Vittel.
Photo DR.
Décès de Guy de la Motte-Bouloumié : Vittel perd son plus grand bienfaiteur

Il était l’Histoire de Vittel et son plus grand et digne représentant. Tour à tour conseiller régional, conseiller général et maire de la cité thermale, l’ancien directeur de la société des eaux, Guy de la Motte-Bouloumié, vient de s’éteindre ce dimanche à l’âge de 101 ans. Les Vittellois sont orphelins.

Il était Vittel. Sa pierre angulaire. Le dernier Vittellois d’une famille qui a contribué au rayonnement mondial économique, touristique et sportif de cette petite commune de l’ouest des Vosges qui n’était qu’au départ qu’un village de paysans, de commerçants et d’artisans.
À l’instar du buste en marbre de l’un de ses ancêtres qui règne en maître sur la salle du conseil de l’hôtel de ville, l’âme de Guy de la Motte-Bouloumié, décédé ce dimanche vers 17 h à l’âge de 101 ans, planera à tout jamais sur Vittel.

Cette ville qu’il a défendue avec passion jusqu’à son dernier souffle

Se posant en digne héritier de ses illustres aînés, c’est tout naturellement qu’il a suivi son destin à la Société des Eaux, mais aussi en politique. Neveu de Germaine Bouloumié, arrière-petit-fils de Louis Bouloumié, c’est en 1947 qu’il entre à la Société des Eaux.
Auparavant, il a pris une part active à la Seconde Guerre mondiale. Alors qu’il voulait rejoindre les Forces françaises libres en Afrique du Nord, il a été fait prisonnier en Espagne et a séjourné dans les geôles de Franco. Après s’être évadé, il a participé à la Libération de la France au sein de la 1re DB.
Dans la Société des Eaux, il a par la suite gravi tous les échelons : secrétaire général en 1949, directeur en mars 1952, administrateur en 1964, puis vice-président directeur général jusqu’en 1972. Sa tante le nomme alors président. D’une main de fer dans un gant de velours, il dirige l’entreprise, lui donne une aura internationale, développant certains concepts toujours tournés vers l’avenir. Visionnaire, on lui doit par exemple la première bouteille en PVC au monde ou encore le premier bouchon plastique.
On lui doit également cette immense campagne publicitaire pour ériger la marque en tant qu’alliée des grands sportifs. Parallèlement et comme une évidence, tant la ville et sa Société des Eaux sont indissociables à cette époque, il se lance en politique. Homme de droite, grand ami de Philippe Séguin, il est élu tour à tour conseiller régional et général, mais surtout maire de Vittel de 1953 à 1977 et de 1995 à 2001.

Faire rayonner Vittel à l’international

À l’image de sa vie professionnelle, il débordait d’ambitions pour sa ville et ses alentours. Voulant en faire un endroit incontournable en Lorraine mais aussi une place forte du tourisme français, il a lui donné une autre dimension. Pour ne citer que quelques faits d’armes. Il avait imaginé l’Île Verte, l’avait développée grâce à ses connaissances en invitant, par l’intermédiaire de Gilbert Trigano par exemple, le Club Med à s’y installer , en profitant de son nouveau statut pour revoir entièrement ses accès (A31 à Bulgnéville). Il avait décidé également, toujours pour accompagner la prétention des eaux de Vittel d’être le partenaire privilégié des sportifs, la construction du Centre de préparation olympique puis omnisports (CPO) en 1972, lieu de stage désormais reconnu des athlètes de haut niveau. Ou encore il avait fait construire un Palais des congrès , un des tout premiers dans le Grand Est, pour attirer les séminaires d’affaires ou autres. La venue de 25 chefs d’État invités par Mitterrand à Vittel à l’occasion du 10e sommet franco-africain en octobre 1983 fut le parfait exemple de l’image qu’il voulait donner à sa cité. Il associe également la Société des eaux à la ville au travers le club de football qui gravit les échelons un à un pour figurer en division 2.
Il laisse le souvenir d’un homme passionné, pas toujours facile à apprivoiser de l’avis de ses proches, mais plus que jamais fidèle à ses idées et à la devise de sa famille Qui ne progresse pas, recule, avec un optimisme et une ambition démesurés. Quitte à demeurer plus de 30 ans après son dernier mandat l’unique figure tutélaire de la ville sur laquelle il aura toujours veillé, se posant en sage et en conseiller, bien après avoir refermé sa carrière professionnelle et politique.
À n’en pas douter, sans lui, Vittel ne sera plus jamais Vittel.
Marié à trois reprises avec Paulette Rouzeyrol puis Andrée Bertani, il laisse aujourd’hui dans la peine celle dont il partageait la vie depuis 53 ans, Anne-Marie Delabroise, mais aussi ses trois enfants issus de ses précédentes unions, Sophie, Catherine et Xavier.

Ses plus grandes réalisations

 1957. Dans un souci de réconciliation avec l’Allemagne, Guy de la Motte-Bouloumié jumelle Vittel avec Badenweiler, une ville thermale du Bade-Wurtemberg. Un acte visionnaire, puisque le général De Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer ne signeront le traité de l’Élysée que six ans plus tard.
1968. Après avoir œuvré pour l'ouverture de l’hôpital de Vittel en 1962, Guy de la Motte-Bouloumié choisit de l’équiper d’un matériel de dialyse à destination des insuffisants rénaux chroniques. À cette époque, cet établissement est l’un des trois seuls en France à proposer ces soins.
1969. Alors que ses concurrents ont tout fait pour retarder les autorisations administratives permettant leur mise sur le marché, la Société des eaux de Vittel dirigée par Guy de la Motte-Bouloumié devient la première marque d’eau minérale française à utiliser des bouteilles en plastique. Troisième eau minérale de l’Hexagone jusque-là, Vittel devient aussitôt la première.
1970. Le palais des congrès est le second équipement structurant désiré par Guy de la Motte-Bouloumié à sortir de terre. Il est à l’époque l’un des cinq premiers en France.
1972. Destiné aux sportifs tricolores engagés aux jeux Olympiques de Munich, le Centre de préparation olympique ouvre ses portes. Dans ce rôle, Vittel remplace Font-Romeu.
1972. Trois mois après avoir déjeuné avec Gilbert Trigano, Guy de la Motte-Bouloumié inaugure en juillet l’île verte et du village du Club Méditerranée. Un nouvel élan pour le tourisme vittellois.
1984. Dans un souci de désenclavement de l’Ouest vosgien, Guy de la Motte-Bouloumié a vivement participé à la réflexion qui a permis la construction de l’A31, qui est mise en service avec la sortie de Bulgnéville.

[Sébastien COLIN et Yannick ANTOINE, Vosges Matin, 24 janv. 2022]
 

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