Paul ODINOT

[ Remiremont (88) , 07/10/ 1884 – Fès (Maroc) , 20/04/ 1958 ]

/ pseudonyme : Jean FRAPELLE

Auteur vosgien

1970 — ????

Paul Odinot est né en 1884 à Remiremont dans les Vosges. Officier des Affaires indigènes, arrivé au Maroc en 1911/1912, il quitte l’armée en 1930 : assez ouvertement critique, dans ses romans, à la politique du protectorat son avenir militaire était compromis !

Il écrit dès 1909, parfois sous le pseudonyme de Jean Frapelle, différents textes sur le thème du pourquoi vivre, du mariage ou plutôt contre le mariage, puis à partir de 1912  sur ses premières impressions du Maroc. Il publie dans la revue Le pays lorrain de courts textes sur son enfance.

En 1921, il publie Apprendre à mourir inspiré de la Grande Guerre à laquelle il a participé.

Son premier roman sur le Maroc, en 1923, est le Le Caïd Abdallah, roman suivi de Fathma Drissia, chanteuse de Fès. Ce roman, commencé en 1920, devait s’appeler Le Caïd Djilali.

Dans un Avertissement au lecteur en présentation du livre, Odinot évoque le pessimisme et le manque de confiance qui peuvent se dégager de son roman-fiction : c’est parce que nul ne peut affirmer que le mariage de raison France-Maroc, se transformera en mariage d’amour. Il ajoute : Le Maroc est une femme (par beaucoup de points), une femme arabe qui n’a pas choisi son mari, une femme dont il faut maintenant se faire aimer. Faut-il employer avec elle la douceur ou la violence ?
Doux – mais faible, ou violent – mais juste, l’amant sera toujours berné ! Mais il reste un espoir : c’est qu’ils ne se séparent pas avant d’avoir fait un enfant !
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Ce livre lui vaut aussitôt la disgrâce : le maréchal Lyautey l’envoie sans délai dans une obscure garnison française avec sa femme marocaine et ses enfants ! Pourtant (ou peut-être à cause de cela !) Odinot avait dès le début de son Avertissement au lecteur écrit : Ce livre est un roman. La fiction s’y mêle à la réalité. Il m’est donc interdit d’y placer le nom auquel je songe, auquel tous songent quand on parle du Maroc et de l’œuvre accomplie au Maroc. Qu’il me soit permis cependant de dire mon immense respect, mon immense admiration pour le grand génie qui a su, contre vents et marées… présenter la France au peuple marocain avec un tel prestige. Si la cause de la France, associée pour l’avenir au Maroc, n’est pas gagnée, nul autre ne la gagnera.

Odinot revient à Fès en 1926 pendant la guerre du Riff. Sa valeur reconnue d’arabisant, sa connaissance de l’âme marocaine, son expérience des tribus du nord et du Riff (il avait écrit Le Caïd Abdallah à partir des souvenirs de son passage au poste des Affaires indigènes de Kelaa des Slees) rendent sa présence utile dans la région… et Lyautey a définitivement quitté le Maroc depuis le 10 octobre 1925.

Il publie, en 1926, Le Monde marocain dans la Collection Sociologique La vie musulmane et orientale publiée sous la direction d’Edmond Doutté.

Parce qu’il est plein de l’expérience vécue, parce qu’il est complexe et même sans ordre rigoureux, le livre de M. Paul Odinot est un document instructif : l’auteur s’est baigné dans le milieu musulman ; marié à une femme musulmane, père d’enfants dans l’esprit desquels deux civilisations se mêleront, son métier des Affaires indigènes l’a mis aux prises avec les passions du monde berbère et arabe ; il y a éprouvé l’amour et la haine, il y a essayé son jugement à en régler les conflits ; il a connu aussi le jeu des idées générales et il s’est même essayé à démonter le mécanisme de l’âme musulmane, croyant pouvoir la soumettre à l’analyse psychologique. Et ses interprétations, même contradictoires, même erronées peut-être parfois ont contribué à presser, à entourer, à délimiter la réalité de ce sujet difficile, pendant que son style personnel, ses phrases incisives, sa secrète sympathie font surgir la vision aux yeux du lecteur. Il dégage, en un mot, d’une façon sans doute encore imparfaite, mais combien attirante, la notion collective d’un monde « marocain ».

… En 1929, il traduit sous le titre Le Maroc disparu le livre du docteur Harris Morocco that was (cet ouvrage a été publié à nouveau en 1994 sous le titre Le Maroc au temps des sultans).

En 1929, il publie quelques souvenirs dans Le Pays Lorrain.

Pour une fois, Odinot ne déclenche pas l’ire de sa hiérarchie… Il n’est que traducteur d’un livre dont la version française est préfacée par le Général Gouraud et comporte une introduction d’Édouard Michaux-Bellaire ; tous deux félicitent le capitaine Odinot pour l’habileté et la qualité de sa traduction.

Quelques mois plus tard, en 1930, Odinot prend sa retraite avec le quatrième galon. Son sens critique, utile pour un écrivain, ou pour un homme politique ne peut que lui apporter déboires et désillusions dans le monde militaire… surtout à cette époque.

Après son retour à la vie civile, Odinot exploite un domaine agricole qui lui a été concédé dans la vallée de l’Ouergha sur les pentes de l’Arechgou où il vit avec sa femme et ses six enfants.

Il publie, occasionnellement, des monographies sur Fès, le Riff, les tribus de l’Ouergha et des chroniques d’ethnographie dans le Courrier du Maroc, et dans La Vigie marocaine.

Journaliste engagé, il écrit aussi chroniques et points de vue dans les journaux marocains pour dénoncer la politique de la France au Maroc, ce qui lui vaudra quelques fois des relations journalistiques délicates avec ses confrères aux idées plus conformes à l’air du temps !

Il est membre de diverses associations : Amis de Fès, Vieux marocains et est également délégué du 3ᵉ collège au Conseil de gouvernement où ses interventions et prises de position ne sont pas toujours du goût de la Résidence.

Il décède à Fès à l’hôpital Auvert, probablement d’une crise cardiaque, le 20 avril 1958 et repose au cimetière de Dar Mahrès à Fès.

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