SOUCHAL Roger (Jean Gilbert)
(5 avril 1927, Saint-Dié)
• Député de la Meurthe-et-Moselle de 1958 à 1970
• Conseiller municipal de Nancy de 1959 à 1969
• Maire de Soulosse-sous-Saint-Élophe de 1971 à 1995
• Conseiller général du canton de Coussey de 1988 à 2001
• Avocat
• Marié, quatre enfants
À Saint-Dié, dans une joie indescriptible, il retrouve ses parents et sa sœur Yvonne. Avec une farouche volonté, il lutte contre son handicap physique et reprend le chemin des stades. Durant la guerre, son nom est inscrit sur les tablettes de l'athlétisme vosgien et lorrain. Plusieurs fois champion de cross-country, son avenir sportif est des plus prometteur. Au sein de l'U.S.D. (Union sportive déodatienne), puis des S.R.D. (Sports réunis déodatiens), il affole les chronomètres, tant sur 1 000, 1 500 et 3 000 mètres. Le 15 août 1943, il réalise 2'41"3 sur le kilomètre. Seul le regretté Jacky Boxberger parviendra à dépasser ce record.
Roger Souchal porte en lui les innombrables stigmates de ses bourreaux allemands. Des problèmes rénaux l'empêchent alors de fouler la cendrée. Ma plus grande tristesse... !!! souligne-t-il. En 1946, il part à la faculté de lettres de Nancy et s'oriente vers une carrière de droit. La même année, la Patrie lui rend hommage. Il a dix-neuf ans. La Légion d'honneur (chevalier puis officier) remise par le président des déportés Teyssandier, est une légitime reconnaissance de la Nation. De surcroît, la croix de guerre avec étoiles d'argent, orne sa poitrine. Mais, ses mérites sont reconnus au-delà de son pays. Le colonel Frencks lui épingle en présence des autorités civiles et militaires des Vosges, la très rare King's Medal for Courage décernée par les Britanniques. Cette émouvante cérémonie tenue à Épinal est présidée par le docteur-maire Alfred Thinesse.
Membre et dirigeant des étudiants gaullistes de Nancy, Roger Souchal est reçu avocat en 1949. Immédiatement, il ouvre un cabinet au 31, rue Victor Hugo de la cité nancéienne. Dès lors, il devient un pénaliste de renom, et ses plaidoiries font vibrer durant quarante ans les voûtes des palais de justice lorrains. En outre, il est nommé par ses pairs, bâtonnier de l'ordre des avocats de Nancy de 1980 à 1981. Son nom reste attaché au dernier condamné à mort par la cour d'assises des Vosges. Il ne pourra malheureusement empêcher un ancien ami d'être exécuté dans l'enceinte de la prison Charles III, et cela pour un double meurtre.
La brillante carrière professionnelle de Roger Souchal n'occulte en rien son engagement politique. Sur l'invitation du sénateur-maire nancéien Lionel Perrin, il rejoint le général de Gaulle auquel il voue une profonde admiration. Le 7 octobre 1951, maître Souchal unit sa destinée à Marguerite Boutonnet (native de Thionville) qui lui donne quatre enfants, Nadine, Eric, Hervé et Philippe. Ce dernier s'associe, puis succède à son père comme avocat. La même année, Roger Souchal s'engage pour la première fois dans l'arène électorale. Il est battu d'extrême justesse au second tour de scrutin sur le canton de Briey. En 1956, les élections législatives le trouvent colistier de Philippe Barrès (le fils de l'illustre écrivain). Une expérience qu'il renouvelle le 30 novembre 1958, dans la première circonscription de Nancy-Nord, Pont-à-Mousson.
Élu député de la Meurthe-et-Moselle, il abandonne provisoirement son siège en 1967. En effet, député-suppléant, Roger Souchal rejoint en mai, de nouveau le Palais-Bourbon, en remplacement de Christian Fouchet, membre du Gouvernement. Réélu dans la même circonscription, le 30 juin 1968, il démissionne de son mandat, le 19 mai 1970. L'ancien parlementaire, membre de la commission des Finances, revient le mois suivant pour des élections partielles, face à Jean-Jacques Servan-Schreiber, futur président du conseil régional de Lorraine et ministre éphémère. En démissionnant de son fauteuil de député, Roger Souchal a bien l'intention d'attirer l'attention du pays sur la Lorraine-Sud. Même battu, il y réussit au-delà de toute espérance. Jamais Nancy n'a été l'objet d'une telle sollicitude intéressée. L'entrée en lice de "JJSS", comme l'appellent ses familiers, provoque en effet un stupéfiant remue-ménage, qui marque le printemps politique de cette année 1970.
Président du comité du Salut public de Meurthe-et-Moselle lors des événements d'Alger, fondateur du Mouvement lorrain de rénovation nationale, Roger Souchal s'investit également dans la ville de l'ancien monarque polonais, en y étant conseiller municipal de 1959 à 1969. Si la vie nancéienne lui procure de nombreuses satisfactions, Roger Souchal se ressource régulièrement dans sa résidence secondaire de Soulosse-sous-Saint-Élophe dans le département des Vosges. Contre toute attente et sans être candidat, il est élu conseiller municipal de Soulosse-sous-Saint-Élophe... puis les jours suivants, premier magistrat. Un fauteuil qu'il assume jusqu'en mars 1995.
Maire dans le canton de Coussey, il postule au poste de conseiller général en septembre 1988, à la suite de Raymond Beigue, à condition d'avoir carte blanche pour les investissements, dit-il à Christian Poncelet. Candidat indépendant mais recevant le soutien du président de l'Hôtel du département, il bat le maire de Seraumont, Gilbert Pierson. Le 31 janvier 1989, Roger Souchal abandonne définitivement sa toge d'avocat et se consacre pleinement à sa mission d'élu cantonal. Vice-président de l'assemblée départementale, il fédère autour de lui une importante dynamique pour la naissance du centre johannique de Domremy-la-Pucelle et la reconnaissance de l'amphithéâtre de Grand. Roger Souchal quitte le conseil général au renouvellement cantonal de mars 2001, tout en restant quelques semaines le seul élu lorrain délégué aux fonds européens. Abandonnant la scène politique, maître Souchal s'est attelé à rédiger ses mémoires : un studieux travail... pour une vie passionnante.
Carnet Roger Souchal, ancien n° 2 du Conseil général, n’est plus
NANCY.- Affaibli depuis plusieurs mois, Rocher Souchal est mort ce dimanche au CHU de Nancy. Il avait 87 ans et sa vie était un véritable roman.
Né à Saint-Dié, dans les Vosges, il a consacré le premier chapitre de son existence à la Résistance. Durant la deuxième guerre mondiale, il a en effet pris le maquis alors qu’il n’avait que16 ans. Il a combattu les Allemands, a été fait prisonnier et a été déporté. Ce qui lui a valu une impressionnante batterie de médailles.
Une fois la guerre terminée, Roger Souchal est devenu avocat à Nancy. C’était un pénaliste redoutable qui a plaidé lors de multiples procès d’assises. Parmi ses souvenirs marquants : avoir accompagné à la guillotine René Peter, le dernier condamné à mort exécuté à Nancy, le 30 octobre 1953. Ce n’était pas seulement son client, c’était aussi un de ses camarades d’école. Il avait tué leur ancien directeur d’école et sa femme. Il m’avait demandé de vérifier, après l’exécution, que sa tête, dans le cercueil, était bien dans le prolongement de son corps, avait confié Me Souchal à notre journal en 2011, lors de l’anniversaire de l’abolition de la peine de mort.
Ancien vice-président du Conseil général des Vosges
En parallèle à sa profession, il a mené une vie politique intense. Gaulliste, il a été élu député de Meurthe-et-Moselle en 1958. Et il a démissionné avec fracas en 1970 pour protester contre le passage de l’autoroute Paris-Strasbourg à Metz plutôt qu’à Nancy. Fidèle à ses idées jusqu’au bout, quitte à perdre les élections suivantes. Il a été ensuite maire de Soulosse-sous-Saint-Elophe, un village au nord des Vosges, durant 30 ans. Il a été aussi conseiller général des Vosges et vice-président du Conseil général.
Il a terminé sa carrière publique par un procès hors du commun dans les années 2000. Il a en effet été jugé par la cour d’assises d’Épinal pour une abracadabrante affaire de fausses délibérations dans sa mairie de Soulosse. Il a plaidé lui-même sa cause. Et il a été acquitté. Une fin de parcours hors du commun pour un homme hors du commun.
Roger Souchal était marié et avait quatre enfants et sept petits-enfants. L’un des drames de sa vie a été de perdre l’un de ses fils, décédé à l’âge de 16 ans dans un accident de la route. Étonnante coïncidence : c’était le 8 juin 1980. Soit trente-quatre ans jour pour jour, avant que Roger Souchal rende à son tour son dernier souffle.
Ses obsèques auront lieu dans la plus stricte intimité.