Issu d’une famille vosgienne, le père, Joseph-Henri Lemaire (né en 1867 à La Petite-Fosse), est instituteur et la mère, Marie Constance Maurice, est née le 28 juin 1869 à Colroy-la-Grande. Au gré des mutations du père, il passe son enfance en compagnie de son frère Henri à Martinprey, à Saint-Jean-d’Ormont. Après ses études au collège de Saint-Dié puis au lycée de Nancy, il est mobilisé et fait toute la guerre 1914-1918. Il en revient lieutenant d’artillerie avec une blessure et six citations. Il suit alors les cours de l’école d’artillerie de Fontainebleau puis en 1919 entre à l’école polytechnique. En 1921 il est chef de district du chemin de fer du Nord à Saint-Just (Oise). Spécialiste de la voie et du ballast, il invente des procédés de nivellement des voies dont une dégarnisseuse-cribleuse qui porte son nom. Appelé au chemin de fer de l’Etat en 1931 pour y appliquer les procédés qu’il a inventés, il passe ensuite au réseau d’Alsace-Lorraine avec le grade d’ingénieur en chef adjoint au service voie-ballast à Strasbourg et en janvier 1940 il est envoyé dans les Flandres où son attitude lui vaut la Légion d’honneur.
Après l’armistice, affecté à la reconstruction des ponts, il refuse d’engager les entreprises allemandes et fait travailler les Français. Il publie en 1942 un ouvrage technique qui fait le point de l’œuvre à entreprendre pour rétablir la circulation sur voie ferrée mais dans le même temps, devenu agent X27 dans la Résistance, il incite les cheminots à freiner l’activité. En 1944 il est nommé directeur général adjoint de la S.N.C.F. après avoir dirigé le réseau du Nord de mars à juin. Il est promu directeur général en 1946 et lance la bataille de la reconstruction des réseaux ferrés. Il est démis de ses fonctions en 1949 et remplacé par Louis Armand. Réintégré sur décision du Conseil d’Etat en 1954, il sollicite sa mise à la retraite la même année.
Elu maire de Colroy en 1947 (il le sera 30 ans), il se réclame du gaullisme et s’engage dans la politique. De 1951 à mars 1973, il est réélu constamment député de Saint-Dié. Au Conseil Général il représente le canton de Raon-l’Etape puis de Provenchères-sur-Fave de 1951 à 1978.
En 1953 il entre au gouvernement dans le cabinet Laniel avec le portefeuille de la Reconstruction et du Logement. Il conserve son poste sous Pierre Mendès-France puis, dans le gouvernement présidé par Guy Mollet il est secrétaire d’Etat à l’Industrie et au commerce (1956-1957). S’inquiétant de la crise de l’énergie qui menace l’Europe, il publie en 1957 Notre destin à l’heure du pétrole. Après le retour du général de Gaulle au pouvoir, il préside à l’Assemblée Nationale la Commission de Production Industrielle de 1959 à 1972. Il dépose alors un projet d’adduction du gaz saharien de l’Algérie à l’Europe, projet qui sera réalisé ultérieurement.
A partir de 1968 les difficultés de l’industrie textile dans la région de Saint-Dié conduisant à des suppressions massives d’emploi, compensées partiellement par quelques industries nouvelles, notamment à Fraize-Flainfaing, lui valent l’hostilité d’une partie de la population ouvrière.
Chevalier de la Légion d’honneur (16 juin 1920), officier (29 juin 1940), commandeur (27 novembre 1946), Maurice Lemaire était également titulaire de la croix de guerre 1914-1918, de la croix de guerre 1939-1945, et de plusieurs distinctions étrangères.
De son mariage avec Edith Bourgex, fille de cheminot, en 1922, il eut 3 enfants : Marie-Henriette, François et Pierre.
Son frère Henri, né en 1900, était directeur de tissage à la Petite-Raon. Déporté en 1944, il décède à Dachau en 1945. Ses parents sont morts de chagrin la même année (1977).
Bibl. : Bernard (Hubert).- Maurice Lemaire.- Saint-Dié : Loos, 1978. Regards, n° 178, février 1988.
LEMAIRE Maurice (Henri)
(25 mai 1895, Martimprey - 20 janvier 1979, Paris)
• Maire de Colroy-la-Grande de 1947 à 1977
• Conseiller général du canton de Raon l'Etape de 1951 à 1969
• Ministre de la Reconstruction et du Logement de 1953 à 1955
• Conseiller général du canton de Provenchères-sur-Fave de 1969 à 1978
• Député des Vosges de 1951 à 1978
• Secrétaire d'Etat à l'Industrie et ou Commerce de 1956 à 1957
• Conseiller régional de Lorraine de 1974 à 1978
• Directeur général de la S.N.C.F.
• Marié, trois enfants
La vie professionnelle et publique de Maurice Lemaire est fertile en événements. Né à Martimprey, petit village des Hautes-Vosges, Maurice Lemaire est le fils aîné de Joseph et de Marie-Constance Maurice. Un père qui embrasse la carrière d'instituteur après son brevet élémentaire et qui se trouve en poste au chef-lieu de la Vôge, à Xertigny. Le jeu des mutations l'amène alors, en 1893, près du col de Martimprey où voit donc le jour son fils Maurice. Interne à Saint-Dié, celui-ci passe une adolescence sanctionnée par d'excellents résultats scolaires.
Après le baccalauréat obtenu avec mention, Maurice Lemaire s'inscrit au lycée de Nancy. Cependant la Grande Guerre arrive, il est obligé de rentrer chez ses parents venus à Colroy-la-Grande. Sollicité afin d'enseigner les mathématiques au collège de Bruyères, il reste en poste seulement trois mois. Agé de dix-neuf ans, bon pour le service, il signe un engagement pour la durée de la guerre. L'Armistice le trouve lieutenant d'active, après avoir suivi les cours de l'école militaire d'artillerie à Fontainebleau. De nouveau étudiant, il sort de l'Ecole polytechnique en septembre 1921, pour entrer un mois plus tard au chemin de fer (réseau du Nord). Il se marie en septembre 1922 à Paris avec Edith Bourgeix, originaire d'Angers où son père est chef de gare ; elle aussi, est agent des chemins de fer. De cette union naissent trois enfants : Marie-Henriette, François et Pierre. La brillante carrière professionnelle du polytechnicien Lemaire se termine le 8 mars 1946, comme directeur général de la S.N.C.F. Mais l'année 1945 reste terrible pour Maurice Lemaire. Son jeune frère Henri, directeur du tissage de la Petite-Raon dans la vallée de Senones aux établissements Laederich, marié et père de deux enfants, est arrêté en septembre 1944 par la Gestapo. L'annonce de sa mort, en février 1945, au camp de concentration de Dachau, hâte la fin de ses parents meurtris par trop de chagrin. La maman Marie-Constance décède à Colroy-la-Grande le 8 août 1945, et le papa, le mois suivant, le 23 septembre.
L'année 1947 est le début du très long parcours politique de Maurice Lemaire, tout d'abord avec l'investiture de maire de Colroy-la-Grande. Dès lors, c'est une cascade d'élections avec toujours le même succès. Conseiller général du canton de Raon-l'Etape en octobre 1951, il aspire à de plus grandes responsabilités. Elles sont nationales. Le 28 juin 1953, il entre dans le gouvernement de Joseph Laniel, investi du portefeuille de ministre de la Reconstruction et du Logement, et le 21 février 1956, il est nommé secrétaire d'Etat à l'Industrie et au Commerce, au cabinet de Guy Mollet.
Parallèlement, Maurice Lemaire consacre vingt-sept années de sa vie au département des Vosges : d'abord député de 1951 à 1978, puis conseiller général du canton de Provenchères-sur-Fave après sa démission d'élu du canton de Raon-l'Etape, et conseiller régional de Lorraine. Maurice Lemaire s'éteint à son domicile parisien, deux ans après son épouse Edith, décédée le 3 mai 1977, atteinte d'une implacable maladie. Il repose auprès des siens, au cimetière de Colroy-la-Grande, aux côtés notamment de sa fille Marie-Henriette, devenue madame Fernique Nadau des Islets, disparue beaucoup trop tôt, le 25 septembre 1968. Avant de partir, Maurice Lemaire a eu le grand honneur, le 28 mars 1976, de voir son œuvre, le tunnel de Sainte-Marie-aux-Mines, un ouvrage de sept kilomètres reltant la Lorraine à l'Alsace, être inauguré par le président de la République Valéry Giscard d'Estaing.
À droite, Maurice Lemaire, parlementaire et ministre de la Reconstruction assiste, aux côtés du député Georges Gaillemin, à la pose de la première pierre du Champ de Mars d'Epinal par le maire Charles Guthmüller.