Fonck.- René Fonck est mort discrètement, comme il avait vécu, à Paris le 18 juin 1953. Il est cependant une des plus pures gloires dont puisse s’enorgueillir la terre lorraine.
Né à Saulcy-sur-Meurthe (Vosges), le 27 mars 1894, Fonck embrassa une paisible carrière d’ingénieur. C’est la guerre de 1914 qui devait le révéler : il s’engage dans l’aviation et se signale une première fois en forçant un avion ennemi à atterrir dans les lignes françaises, sans tirer un coup de feu. Sa 15e victoire, le 30 septembre 1917, fut remportée sur Wisseman qui, dix-neuf jours auparavant seulement, avait abattu Guynemer. Le 9 mai 1918, en deux heures, il fait tomber six avions ennemis.
A l’armistice, il comptait 75 victoires officielles. Son entraînement régulier, sa discipline totale de la volonté grâce à un splendide équilibre nerveux, sa minutieuse préparation avant d’attaquer lui valurent de se maintenir en parfaite forme physique et de ne jamais être touché au combat.
De 1919 à 1924, Fonck fut député des Vosges et Clemenceau le chargea de missions au Maroc, Brésil, Algérie en vue d’étudier les lignes africaines et transatlantiques.
En 1925, à New York, il tenta de faire la traversée de l’Atlantique, mais son avion s’écrasa au sol au départ : Fonck sortit indemne de son appareil en flammes. Prestigieuse figure de la première guerre mondiale, Fonck fut un des plus nobles artisans de la grandeur française.
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Le Pays Lorrain , 1953, N° 4, p. 169 ]
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
FONCK (René), as de la guerre 1914-1918
Saulcy-sur-Meurthe, 27 mars 1894 - Paris, juin 1953
René Fonck se passionne pour l’aviation naissante dès sa plus tendre jeunesse. Il a la chance d’être versé dans cette arme lorsqu’il se rend à Dijon le 22 août 1914, pour obéir à l’ordre d’appel sous les drapeaux qu’il vient de recevoir. Il part faire ses classes au 11° génie le 25 septembre suivant et pendant cinq mois, il alterne les travaux de terrassement avec la pratique de la culture physique près des forts d’Épinal. Le 15 février 1915, il est désigné pour suivre les cours d’aviation de Saint-Cyr. Il est ensuite envoyé à Lyon, puis au Crotoy où il arrive le 1er avril. C’est dans ce centre qu’il apprend à piloter sur des 45 CV ou 60 CV Caudron.
Quand il obtient son brevet de pilote, il est affecté à l’escadrille G.47 qui stationne près de Corcieux, dans les Vosges. Cette formation est déplacée en août. Elle s’arrête durant trois jours à Épinal avant de se rendre à Cuperly, en Champagne. Dans cette région, René Fonck exécute plusieurs dizaines de missions de reconnaissance et il obtient deux citations. Le 6 août 1916, il abat son premier avion allemand aux environs de Roye. Il multiplie ensuite les victoires de ce genre jusqu’à latin du mois d’octobre 1918. Dans ses Mémoires, il indique : Le nombre des avions que j’ai culbutés est officiellement de 75, mais j’en ai abattu 51 autres qui sont tombés dans les lignes ennemies, hors de la vue de nos observateurs ou soit que leurs rapports ne soient pas parvenus aux États-majors pendant les périodes d’offensive... et par deux fois j’ai remporté six victoires officielles au cours de la même journée.
Durant les deux dernières années de la guerre, il fait partie de la célèbre escadrille des Cigognes, aux côtés de Guynemer, dont il venge la mort en abattant celui qui l’a descendu, le 30 septembre 1917. Titulaire de 28 citations, il obtient également la Médaille militaire et la croix de la Légion d’honneur. Il est fait plus tard commandeur de cet ordre.
Quand la paix revient, René Fonck fait ses premiers pas dans la politique. Élu député des Vosges de 1919 à 1924, il est aussi nommé membre de la commission de la guerre et il parcourt l’Europe pour exécuter des missions officielles. En 1922, le gouvernement Poincaré le charge de représenter la France lors des fêtes qui marquent le centenaire de l’indépendance du Brésil. Il étudie ensuite les possibilités de création de lignes aériennes susceptibles de relier notre pays à l’Afrique du Nord. Il tente lui-même de traverser l’Atlantique à bord d’un appareil Sikorsky en 1926. Ce dernier capote au moment du décollage et s’enflamme. Fonck et l’ingénieur qui l’accompagne parviennent à s’éloigner du brasier, mais leurs deux compagnons périssent carbonisés.
Au début de la Seconde guerre mondiale, René Fonck est colonel dans l’armée de l’air. Il est chargé de l’inspection générale de la chasse et du matériel G.Q.G. jusqu’à l’armistice de 1940.
Après 1945, il partage son temps entre Paris et Saulcy-sur-Meurthe. Marié à Irène Brillant, sociétaire de la Comédie française, il devient père de deux enfants. Quant il disparaît, il est inhumé le 23 juin 1953 dans le cimetière de Saulcy en présence de nombreuses personnalités civiles et militaires. Le musée municipal de Saint-Dié présente une vitrine consacrée à l’activité de René Fonck dans l’aviation militaire de 1915 à 1918.
Bibl. : Fonck (René).- Mes combats, Flammarion, 1917.
Journaux La Liberté de l’Est et L’Est Républicain relatant son décès et ses obsèques (juin 1953).
Poull (G).- Les Vosges, Éditions France-Empire, 1985, pages 308 et 309.
FONCK René (Paul)
(27 mars 1894, Saulcy-sur-Meurthe – 18 juin 1953, Paris)
• Conseiller municipal de Saulcy-sur-Meurthe de 1919 à 1925
• Député des Vosges de 1919 à 1924
• Officier-Aviateur
• Marié, deux enfants
Le célèbre aviateur René Fonck est né dans les Vosges, le 27 mars 1894 à Saulcy-sur-Meurthe. Après des études effectuées à l’École des arts et métiers, il est mobilisé en 1914. Passionné de mécanique, il s’engage dans l’aviation, passe par l’École de Saint-Cyr d’où il sort avec le numéro 1, puis subit ses examens de pilote en moins d’un mois au Crotoy et, sur sa demande, part pour le front le 15 janvier 1915.
Pendant trois longues années avec son Spad et dans le célèbre groupe des Cigognes, René Fonck accumule les victoires sur les Taubes et sur les Fockers à croix noire : 75 homologuées, 127 en réalité. Cela le place en tête de tous les As alliés de la Première Guerre mondiale. Exploit sans précédent, à deux reprises, il se permet d’abattre dans la même journée six avions ennemis : le 9 mai 1918 près de Montdidier et le 26 septembre 1918 près de Châlons-sur-Marne. Calme jusqu’à la froideur, d’un solide bon sens, méprisant le danger, il est de surcroît un incomparable tireur. C’est lui qui venge Georges Guynemer en abattant le capitaine Wissemann qui écrit quelques semaines auparavant à sa mère : Je suis invulnérable, j’ai descendu le fameux capitaine Guynemer, réputé invincible. Lorsque le président de la République française Albert Lebrun le reçoit, porteur de toutes ses décorations, il ne peut s’empêcher d’appeler familièrement sa femme. Viens voir, lui dit-il, une croix de guerre comme tu n’en as jamais vue. Le ruban avec ses 27 palmes atteint la ceinture de René Fonck.
En 1919, les élections législatives vont avoir lieu au scrutin de liste avec une représentation à la proportionnelle. Dans un but d’union et de concorde, Maurice Flayelle, député de Remiremont, propose à ses collègues du Parlement élus en 1914, de se représenter tous sur la même liste. Le résultat de cette initiative : refus magistral des radicaux. Maurice Flayelle fait sa liste avec en second, Edmond Mathis. Constant Verlot, maire de Senones, Henri Schmidt, pharmacien à Saint-Dié, Camille Picard, publiciste à Lamarche et Louis Simonet, professeur à Épinal, tous vont à la bataille de leurs côtés, avec Pierre Vénard, président de la fédération radicale des Vosges.
Mais Constant Verlot n’apprécie guère ce dernier comme beaucoup d’électeurs. Il a conscience du danger que menace sa liste dont il est l’entraîneur. Et c’est à Darney, à l’issue d’un déjeuner, qu’est décidé le sacrifice de celui-ci. Sacrifice bien dur... Pierre Vénard pleure à chaudes larmes... et Louis Simonet y mêle les siennes. C’est alors que Constant Verlot, pour compléter sa liste amputée de Pierre Vénard, s’en va chercher René Fonck, dont le nom est en plein rayonnement de gloire aérienne... René Fonck est le candidat de la dernière heure.
À l’heure du bilan, c’est la débâcle de cette liste. Deux élus : Constant Verlot et René Fonck, contre trois de la liste Flayelle. René Fonck n’est pas réélu en 1924. Par la suite, il tente sa chance mais sans succès. L’officier aviateur part pour les États-Unis en 1926, où il participe de manière officieuse à la réorganisation de l’aéronautique militaire américaine. La même année, il tente, de New-York, la traversée de l’Atlantique à bord d’un Sirkoski et échoue au décollage. Son appareil trop lourdement chargé en carburant ne peut s’élever et pique du nez. Les deux réservoirs d’essence prennent feu. René Fonck et l’ingénieur qui l’accompagne parviennent à s’éloigner du brasier. Cependant, leurs deux compagnons périssent carbonisés.
En 1935, René Fonck est chargé de la modernisation de l’aviation de chasse française. Nommé colonel en 1940, il refuse les étoiles de général que lui propose le régime de Vichy. Les relations qu’on lui prête pendant l’Occupation lui valent plusieurs ennuis. Il doit même se cacher un certain temps dans un couvent en Belgique afin d’échapper aux Allemands qui le traquent. C’est dans les environs de Malines où, pour les besoins de la cause, il circule en automobile. Pisté par la Gestapo, le colonel Fonck doit se cacher. D’anciennes relations avec un moine éminent, Dom Chotard, lui permettent de demander asile au révérendissime abbé de la Trappe, près de Malines. Là, l’ancien aviateur se vêtit de l’habit monastique neuf jours durant.
D’autre part à Saulcy-sur-Meurthe, son beau-frère, Raymond Panin, époux de sa sœur Yvonne, capitaine de réserve, organise la Résistance, ce qui entraîne son arrestation, puis sa déportation au camp de Gaggenau le 13 mars 1945. Le calme revenu, René Fonck se retire à Paris avec son épouse, sociétaire de la Comédie-Française, madame Irène Brillant née Mathilde-Adrienne-Edmonde Silvestre et ses deux enfants, Edmond-René, né le 10 novembre 1936, et Marie-Anne née le 14 juillet 1940.
Toujours très actif, il se lance dans les affaires et crée à Saulcy-sur-Meurthe une usine d’engrais chimiques. Cela lui donne l’occasion de revenir souvent dans son village natal qu’il affectionne tout particulièrement. Il a une gentilhommière au lieu-dit les Censes et toujours de solides attaches familiales ; entre autres, son oncle, Jules Simon, sa tante, madame veuve Grandhomme et de nombreux cousins. René Fonck s’apprête à y faire un nouveau séjour lorsqu’il décède subitement d’une embolie à Paris, au 3 rue du Cirque, le 18 juin 1953. Après un solennel hommage rendu aux Invalides, Saulcy-sur-Meurthe lui réserve un dernier adieu plein de grandeur. Par un temps gris et pluvieux, ses parents et amis se retrouvent dans l’église provisoire où la messe est dite par l’abbé Thomas, curé de la paroisse. Un détachement de cinquante soldats en armes de la base aérienne 121 rend les honneurs, quand des chasseurs à réaction venus de Nancy survolent le village pour saluer le départ définitif de ce glorieux combattant vosgien. René Fonck repose dans la sépulture familiale du cimetière de Saulcy-sur-Meurthe, aux côtés de sa mère, née Marie-Julie Simon, une de ses sœurs Emilienne Lafontaine et son beau-frère Raymond Panin, mort en déportation.