Alix LE CLERC, LECLERC ou LECLÉRE

[ Remiremont (88) , 02/02/ 1576 – Nancy (54) , 09/01/ 1622 ]

ecclésiastique , professeur

Biographie vosgienne

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

LECLÈRE Alix.- Première supérieure de la Congrégation de Notre-Dame, naquit à Remiremont, le 2 février 1576. Ses parents, assez favorisés sous le rapport de la fortune, cultivèrent son esprit et développèrent en elle les germes d’une haute piété. A dix-huit ans, elle était citée dans toute la ville comme un modèle de perfection, et lorsqu’elle se rendait à l’église, on sortait des maisons pour admirer sa modestie : Allons voir la fille de M. Leclère, disait-on ; il semble voir une vierge descendue du ciel [Note 1]. Son père ayant été atteint d’une maladie grave, les médecins lui conseillèrent de quitter les montagnes des Vosges, et d’aller respirer ailleurs un air moins vif. Il se fixa à Hymont, lieu de sa naissance, avec toute sa famille.

Cette petite localité dépendait de la cure de Mattaincourt, desservie par P. Fourier, et la charité du pieux curé exerça une influence considérable sur la jeune Alix. Elle résolut de se vouer entièrement à Dieu, mais comme elle voulait contribuer activement à l’amélioration du prochain, aucune des maisons existantes ne la satisfaisait. Quand je priais Dieu, dit-elle, il me tombait toujours en l’esprit qu’il faudrait faire une nouvelle maison de filles, pour y pratiquer tout le bien que l’on pourrait ; et ceci me pressait avec tant de véhémence, que j’allais incontinent la proposer à notre bon père, le priant me laisser terminer tout cela, ce qu’il ne voulut point, me remontrant la difficulté de trouver des filles qui eussent ce qu’il faudrait pour prendre cette nouvelle vocation, et beaucoup d’autres raisons là-dessus, mais il me semblait que tout était possible à Dieu, s’il le voulait ; en sorte qu’en moins de six semaines ou deux mois, trois filles, l’une après l’autre, me vinrent trouver... [Note 2]

Pierre Fourier, comprenant tout le bien que ces saintes filles pouvaient faire, les instruisit pendant quelque temps, rédigea et fit approuver leurs constitutions, et la Congrégation de Notre-Dame, le premier ordre de religieuses vouées à l’éducation des femmes, fut solennellement fondé à Nancy, en 1617. Alix Leclère fut élue supérieure. Le zèle et la charité qu’elle déploya sans relâche, jetèrent sur son institut le plus vif éclat, en firent ressortir la haute importance sociale, et en assurèrent la perpétuité. Le travail abrégea sa vie, elle mourut à Nancy le 9 janvier 1622, à l’âge de 46 ans. Les princesses de Lorraine et la duchesse régnante, devant qui tombaient les barrières du cloître, s’étaient fait un honneur de la soigner pendant sa maladie, et la nouvelle de sa mort répandit la consternation dans toute la ville. On exposa son corps à la vénération publique, et trois jours suffirent à peine pour satisfaire la dévotion populaire. J’admire, disait Henry II, qu’ayant une horreur naturelle pour les morts, je ne puis néanmoins m’ éloigner de cette bonne mère [Note 3]. Il demanda son chapelet, et la duchesse ayant obtenu le verre dont elle s’était servie pendant sa maladie, le fit enchâsser dans un étui d’or.

Le duc de Lorraine lui fit faire de magnifiques funérailles dans l’église primatiale de Nancy, tendue des draperies de la couronne, et l’évêque de Toul voulut officier pontificalement. Le public n’hésita pas à mettre Alix Leclère au rang des saintes. Dans une circulaire du 10 mars 1622, adressée à ses communautés, Pierre Fourier nous apprend que les R. P. de la compagnie de Jésus, tenaient que c’était une grande sainte, et voulaient mettre sa vie en lumière. Le duc de Lorraine fit commencer des informations juridiques ; il allait chercher lui-même l’évêque de Toul, pour presser les enquêtes qui devaient amener la béatification. Malheureusement des revers inouïs vinrent accabler la Lorraine et firent oublier cette affaire, qui n’a jamais été reprise. Alix Leclerc a écrit, par ordre de son confesseur, une notice sur sa vie, imprimée à Nancy en 1666, sous le titre de : Relation à la gloire de Dieu et de sa sainte Mère, et au salut de mon âme pour l’amour de lui, et parce que votre révérence m’oblige à cette reddition de compte de ma conscience (Nancy, 1666).

Elle a eu plusieurs historiens qui nous ont transmis, sur sa vie, des détails très minutieux :
- La Vie de la vénérable mère Alix Leclère, fondatrice, première mère et religieuse de l’ordre de la Congrégation de Notre-Dame, tirée sur ses écrits, etc., Nancy, 1660 ; 1 volume in-8°.
- Éclaircissements sur la relation d’Alix Leclère, par la mère Angélique Milly, deuxième supérieure du monastère de Nancy ; 1666.
- Vie de la vénérable Alix Leclère, fondatrice et institutrice des religieuses de la compagnie de Notre-Dame, par un chanoine de l’insigne église Saint-Pierre de Remiremont, riche manuscrit de la bibliothèque de M. Noël, de Nancy.

On conserve précieusement, dans l’église de Hymont, le portrait d’Alix Leclère, peint par ordre du duc Henri II.

 

Note 1 : Vie de la vénérable mère Alix Leclère, fondatrice et institutrice des religieuses de la compagnie de Notre-Dame, par un chanoine de l’insigne église Saint-Pierre de Remiremont, manuscrit de la bibliothèque de M. Noël, de Nancy.

Note 2 : Relation à la gloire de Dieu et de sa sainte Mère, et au salut de mon âme pour l’amour de lui, etc. ; par la mère Alix Leclère.

Note 3 : Éclaircissements sur la relation d’Alix Leclère, par la mère Angélique Milly, deuxième supérieure du monastère de Nancy, 1666.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

LECLERE (Alix). Alix Leclère, première supérieure de la congrégation de Notre-Dame, naquit à Remiremont le 2 février 1576. Ses parents, assez favorisés sous le rapport de la fortune, cultivèrent son esprit et développèrent en elle les germes d’une haute piété.

À 18 ans, elle était citée dans toute la ville comme un modèle de perfection, et lorsqu’elle se rendait à l’église, on sortait des maisons pour admirer sa modestie : Allons voir la fille de Monsieur Leclère, disait-on ; il semble voir une vierge descendue du ciel.

Son père ayant été atteint d’une maladie grave, les médecins lui conseillèrent de quitter les montagnes des Vosges, et d’aller respirer ailleurs un air moins vif. Il se fixa à Hymont, canton de Mirecourt, lieu de sa naissance, avec toute sa famille. Cette petite localité dépendait de la cure de Mattaincourt, desservie par Pierre Fourier, et la charité du pieux curé exerça une influence considérable sur la jeune Alix.

Elle résolut de se vouer entièrement à Dieu, mais comme elle voulait contribuer activement à l’amélioration du prochain, aucune des maisons existantes ne la satisfaisait.

Quand je priais Dieu, dit-elle, il me tombait toujours en l’esprit qu’il faudrait faire une nouvelle maison de filles, pour y pratiquer tout le bien que l’on pourrait ; et ceci me pressait avec tant de véhémence que j’allai incontinent la proposer à notre Bon Père, le priant de me laisser terminer tout cela, ce qu’il ne voulut point, me remontrant la difficulté de trouver des filles qui eussent ce qu’il faudrait pour prendre cette nouvelle vocation, et beaucoup d’autres raisons là-dessus, mais il me semblait que tout était possible à Dieu, s’il le voulait en sorte qu’en moins de six semaines ou deux mois, trois filles, l’une après l’autre, me vinrent trouver. (Relation à la gloire de Dieu et de sa sainte mère, et au salut de mon âme pour l’amour de lui, etc. ; par la mère Alix Leclère).

Pierre Fourier, comprenant tout le bien que ces saintes filles pouvaient faire, les instruisit pendant quelques temps, rédigea et fit approuver leurs constitutions, et la congrégation de Notre-Dame, le premier ordre de religieuses vouées à l’éducation des femmes, fut solennellement fondé à Nancy, en 1617. Alix Leclère fut élue supérieure.

Le zèle et la charité qu’elle déploya sans relâche, jetèrent sur son institut le plus vif éclat, en firent ressortir la haute importance sociale, et en assurèrent la perpétuité. Le travail abrégea sa vie, elle mourut à Nancy, le 9 janvier 1622, à l’âge de 46 ans.

Les princesses de Lorraine et la duchesse régnante, devant qui tombaient les barrières du cloître, s’étaient fait un honneur de la soigner pendant sa maladie, et la nouvelle de sa mort répandit la consternation dans toute la ville. En l’habillant pour la mettre au cercueil on trouva les marques évidentes de ses rigoureuses austérités et de ses pénitences extrêmes, par les cicatrices de ses pieuses blessures, qui paraissaient si prodigieuses et en si grande quantité que le tout, dit la Mère Angélique, n’en faisait qu’une. Les religieuses, appelées à ce douloureux et beau spectacle, demeurèrent bien touchées, et toutes furent plus que jamais persuadées de la haute vertu de cette bonne Mère, et de son grand amour envers Dieu.

Son corps fut pendant trois jours exposé, en face des grilles, pour satisfaire à l’empressement du peuple, qui venait en foule le vénérer : l’évêque de Toul avait ordonné qu’on donnât aux bonnes gens cette satisfaction. On avait mis des gardes à la porte et autour des grilles, mais ils furent obligés de céder devant la violence de la dévotion populaire. Le duc de Lorraine, le bon Henri II, vint lui-même jeter de l’eau bénite, dès le premier jour ; il considéra longtemps les dépouilles mortelles de la servante de Dieu. Elle était si belle dans la mort, que ce prince, se tournant vers les seigneurs de sa cour : J’admire, leur dit-il, qu’ayant une horreur naturelle de voir des morts, je ne puis néanmoins m’éloigner de cette bonne mère, que je considère comme une Sainte qui prie Dieu pour nous dans le ciel.

Il demanda son chapelet, et la duchesse ayant obtenu le verre dont elle s’était servie pendant sa maladie, le fit enchâsser dans un étui d’or.

Le duc de Lorraine lui fit faire de magnifiques funérailles dans l’église primatiale de Nancy, tendue des draperies de la couronne, et l’évêque de Toul voulut officier pontificalement. Le public n’hésita pas à mettre Alix Leclère au nombre des saintes.

Dans une circulaire du 10 mars 1622, adressée à ses communautés, Pierre Fourier nous apprend que les R. P. de la compagnie de Jésus tenaient que c’était une grande sainte, et voulaient mettre sa vie en lumière. Le duc de Lorraine fit commencer des informations juridiques ; il allait chercher lui-même l’évêque de Toul, pour presser les enquêtes qui devaient amener la béatification. Malheureusement des revers inouïs vinrent accabler la Lorraine et firent oublier cette affaire, qui n’a jamais été reprise.

Voici le portrait que nous a laissé de sa supérieure la Mère Angélique Milly :

Elle était grande, droite et bien faite ; la taille et le port excellents ; un peu blonde, le teint blanc et délicat, les yeux bleus, le, nez assez long, la bouche belle; l’esprit et le jugement bons ; fort retenue et avisée en ses paroles, d’une humeur tranquille et toujours égale ; d’un naturel doux et accommodant, d’un abord agréable, avec une modestie qui donnait de l’admiration, accompagnée d’une certaine gravité, grâce et douceur, qui la faisait craindre et aimer... En la voyant ou l’abordant, on sentait je ne sais quoi de divin, qui portait à rentrer en soi-même.

Alix Leclère a écrit, par ordre de son confesseur, une notice sur sa vie, imprimée à Nancy en 1666, sous le titre de : Relation à la gloire de Dieu et de sa sainte Mère, et au salut de mon âme pour l’amour de lui, et parce que votre révérence m’oblige à cette reddition de compte de ma conscience. Nancy, 1666.

Elle a eu plusieurs historiens qui nous ont transmis, sur sa vie, des détails très minutieux.

Voici les ouvrages qui ont été faits sur la vie de la Mère Alix Leclère :

La vie de la vénérable Mère Alix Leclère, fondatrice, première mère et religieuse de l’ordre de la Congrégation de Notre-Dame, tirée sur ses écrits, etc. Nancy, 1660 ; 1 vol. in-8°.
Éclaircissements sur la relation d’Alix Leclère, par la mère Angélique Milly, deuxième supérieure du monastère de Nancy ; 1666.
Vie de la vénérable Alix Leclère, fondatrice et institutrice des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, par un chanoine, de l’insigne église Saint-Pierre de Remiremont, riche manuscrit de la bibliothèque de M. Noël, de Nancy.
Vie de la V. Mère Alix Leclère et histoire de la Congrégation de Notre-Dame, par M. l’abbé Chapia. Humbert, Paris et Mirecourt, 1858.

On conserve précieusement, dans l’église de Hymont, le portrait d’Alix Leclère, peint par ordre du duc Henri II.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

LE CLERC Alix.- Née le 2 février 1576. Elle suça le christianisme avec le lait, et grandit dans une atmosphère tout imprégnée d’idées religieuses. Son âme grande et forte sentit de bonne heure le vide et le néant de tout ce qui suffit à occuper des âmes communes, et la beauté de la religion captiva son coeur. Forcée un jour d’assister aux divertissements d’une noce, elle y conçut un tel dégoût des joies folles et tumultueuses du siècle, qu’elle fit en ce lieu même un vœu de perpétuelle virginité. Son père cependant songeait à l’établir dans le monde ; elle ne balança point, et déclara nettement sa résolution. A dater de ce moment, la belle âme de cette jeune vierge, blessée du glaive mystérieux de l’amour divin, marcha rapidement dans le chemin des plus hautes vertus.

Toutefois elle eut à subir les plus rudes assauts de la part du monde et de la part de l’enfer : Alix fut assez heureuse pour rencontrer un de ces guides que Dieu donne aux âmes qu’il veut élever à une haute sainteté ; elle eut dans le B. Pierre Fourier, curé de Mattaincourt, dont elle devint la paroissienne, en venant habiter le village de Hymont, lieu de naissance de son père, un directeur capable de la conduire à sa suite aux sommets les plus ardus de la perfection chrétienne. Dieu la destinait à être la coopératrice de ce grand Saint dans la fondation de la congrégation de Notre-Dame, pour l’œuvre alors si négligée de l’éducation des jeunes filles.

Alix trouva bientôt des imitatrices : une jeune personne de Mattaincourt, Gante André, s’enhardit d’aller vers elle ; ces âmes se comprirent à l’instant et se lièrent d’une amitié que la mort seule devait finir. Bientôt elles virent venir à elles trois nouvelles compagnes, et toutes ensemble allèrent trouver leur saint pasteur, décidées à se faire religieuses. Le bon curé méditait le dessein de former un institut pour l’éducation des jeunes filles, surtout des plus pauvres et des plus délaissées ; il les accueillit avec bonheur, les éprouva sérieusement et longuement ; puis il résolut son entreprise.

Le pieux prêtre trouva une aide considérable dans les dames chanoinesses de Poussay, qui les formèrent à la vie religieuse et leur donnèrent l’instruction nécessaire pour atteindre leur but. La congrégation de Notre-Dame prit ainsi naissance ; Alix en fut nommée supérieure ; l’éducation des jeunes filles allait commencer, et les enfants affluèrent aussitôt dans les nouvelles écoles.

La dame chanoinesse d’Apremont donna sa maison de Saint-Mihiel pour y former un monastère et y ouvrir des écoles : c’était en 1602. Le cardinal de Lorraine, protecteur de Pierre Fourier, leur procura dès l’année suivante l’entrée de Nancy, où fut envoyée la mère Alix, et en 1604, celle de Saint-Nicolas et celle de Pont-à-Mousson. En 1608, l’évêque de Verdun, Éric de Lorraine, voulut leur ouvrir une école dans sa ville épiscopale. En 1613, la jeune congrégation franchissait les limites de la Lorraine, et allait, en France, s’établir à Châlons. Le pape Paul V, par un bref de 1615, approuva la nouvelle congrégation qui, en 1618, trouva un nouvel établissement à Bar-le-Duc ; en 1619, à Mirecourt ; en 1620, à Épinal ; en 1621, à Dieuze et à Soissons.

La congrégation enseignante de Notre-Dame était fondée ; elle se voyait établie dans les principaux centres du pays, et bientôt elle allait se répandre dans toute la Lorraine, en France, en Allemagne, en Savoie et jusqu’en Amérique. Elle subsiste encore de nos jours, continue à produire des fruits de vie dans notre société malade : elle possède, rien qu’à Paris, trois grandes maisons d’éducation : les Oiseaux, l’Abbaye-aux-Bois et le Roule.

Aussi remplie de courage et d’activité que de détachement du monde et d’amour du prochain, Alix Le Clerc fut la main droite de Pierre Fourier dans l’établissement de tous les monastères jusqu’alors fondés. Dans cette tâche on la voit partout et à la tête de tout. Les peines inséparables de la fondation d’un ordre religieux, les privations, les fatigues, qui en sont comme l’apanage, elle en eut sa grande et bonne part, et jamais rien ne put abattre son âme ni affaiblir sa résolution.

Mais un grand deuil était réservé à la congrégation naissante ; la mort allait frapper une tête si utile et si nécessaire à son affermissement et à ses progrès. Tous les soins prodigués pour conserver à la vie cette âme, mûre pour le ciel, furent inutiles. Quand un fruit est à sa pleine maturité, le père de famille le cueille, quel que soit l’agrément dont il prive son jardin : la congrégation perdait sur la terre une de ses forces, mais elle acquérait une grande protectrice dans le ciel.

Alix mourut à Nancy, le 9 février 1622, à l’âge de quarante-cinq ans. Ses obsèques furent un véritable triomphe de la vertu : toute la ville de Nancy, princes, clergé, noblesse et peuple, vint prier devant ses restes vénérés, et les miracles suivirent la dévotion des peuples.

1889 — Biographie vosgienne / Félix Bouvier

LECLERE (Alix LECLERC ou).- Née à Hymont le 2 février 1576, elle fut la première supérieure de la Congrégation de Notre-Dame, fondée par le B. P. Fourier. Ses parents étant venus habiter Hymont, elle connut le saint pasteur de Mattaincourt et l’aida dans sa tâche.

Aussi, en 1617, quand le P. Fourier institua à Nancy l’ordre de religieuses connu sous le nom de Congrégation de Notre-Dame, elle en fut élue supérieure. Elle y déploya un zèle et un esprit de bienfaisance parfaits ; aussi était-elle vénérée partout.

Elle mourut à Nancy le 9 janvier 1622.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

LE CLERC (Alix), enseignante, première supérieure de la Congrégation Notre-Dame et bienheureuse
Remiremont, 2 février 1576 – Nancy, 9 janvier 1622


Alix Le Clerc. Elle est la fille de Jean Le Clerc et d’Anne Sagay. Son père, originaire de Mattaincourt, devint grand échevin de la ville de Remiremont en 1587-1588 et maire en 1591. Elle grandit dans l’ambiance des chanoinesses, fréquente leur milieu et, si elle ne trouve pas dans leur vie un exemple à suivre, du moins est-elle portée à réagir contre leur décadence. C’est à l’occasion d’une courte maladie, éprouvée en 1593, que s’éveille sa vocation.

Quelques années plus tard, elle quitte Remiremont avec sa famille pour s’installer à Hymont-Mattaincourt. En 1597 a lieu sa rencontre décisive avec Pierre Fourier devenu curé du lieu. Elle lui soumet son projet de fonder une œuvre en faveur de l’éducation des filles, alors très délaissée. Avec quelques compagnes, dont Gante André et Claude Chauvenel, elle se voue à la vie religieuse et, en 1589, ouvre à Poussay une première communauté à laquelle est annexée une école pour l’enseignement des filles. Bien que non officiellement reconnue, la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame vient de naître. Le couvent de Poussay reçoit la protection des chanoinesses de cette localité et Pierre Fourier en rédige un premier règlement soumis à l’approbation des Jésuites de Pont-à-Mousson et de l’évêque de Toul. En 1599-1600, elle effectue le transfert de l’école de Poussay à Mattaincourt et l’année suivante une première filiale est créée à Saint-Mihiel. Alix et ses sœurs arrivent à Nancy en 1603 et s’installent en Ville-Neuve avec la protection du cardinal Charles de Lorraine. Les fondations se suivent à Pont-à-Mousson (1604), Saint-Nicolas-de-Port (1605) et Verdun (1608).

En 1606, Alix Le Clerc achète le prieuré bénédictin de Notre-Dame en Vieille-Ville à Nancy avec le concours d’Antoine de Lenoncourt, Primat de Lorraine. De 1609 à 1610, les fondations sont menacées de graves difficultés financières ; Alix se retire à Mattaincourt auprès de Pierre Fourier ; elle en reçoit une aide efficace. De 1612 à 1615, elle réside au monastère de Verdun, tandis qu’en 1613 est fondée une filiale à Châlons.

Alix Le Clerc. Pendant ce temps, Pierre Fourier entreprend de longues démarches en cour de Rome pour obtenir l’approbation pontificale de l’œuvre entreprise. Une bulle en date du 1er février 1615 ratifie les statuts mais ne reconnaît pas l’existence des « écoles externes » où les sœurs de Notre-Dame prodiguaient leur enseignement aux jeunes filles de la ville. Or les deux fondateurs tenaient à cette ouverture au monde ; ils persistent dans leur demande et obtiennent, en 1616 des bulles qui reconnaissent les écoles externes. Pierre Fourier rédige alors les Constitutions définitives de la Congrégation, promulguées en 1617 par Monseigneur Des Porcelets de Maillane, évêque de Toul. Alix Le Clerc est élue première supérieure. Le 21 novembre de la même année, à la collégiale Saint-Georges de Nancy, Alix et ses sœurs prennent l’habit, et, après un noviciat d’un an, font leur profession religieuse le 2 décembre 1618. Pendant trois ans, les fondations se multiplient : Bar-le-Duc (1618), Mirecourt (1619), Epinal (1620), La Mothe, Soissons, Dieuze (1621). Sous la direction d’Alix, le monastère de Nancy devient un haut-lieu de spiritualité. Elle y mène une vie de prière et de pénitence tout en continuant à instruire gratuitement les petites filles. Quelques semaines avant sa mort, elle demande à être déchargée de la supériorité.

Dans une époque et une province fortement marquées par la religiosité, quelquefois déviante, comme chez sa compatriote Elisabeth de Ranfaing, Alix Le Clerc laisse au contraire le souvenir d’une personnalité équilibrée. Avec Pierre Fourier, son père spirituel, elle est une des plus belles figures du renouveau du catholicisme post-tridentin en Lorraine. Quelque peu éclipsée par le curé de Mattaincourt, la part personnelle qu’elle prit dans la fondation, l’extension et la direction de la Congrégation Notre-Dame, qui compte aujourd’hui 40 maison à travers le monde, n’est cependant pas négligeable. L’église l’a reconnue officiellement en l’élevant en 1947 au rang des bienheureuses. Le 2 mai 1950, sa sépulture, oubliée après la Révolution, a été découverte fortuitement, rue Maurice Barrès à Nancy, et ses reliques déposées à la chapelle de la Maison Notre-Dame, rue de la Ravinelle, dans la même ville.


Bibl. : Renard (Edmond).- La mère Alix Le Clerc, première religieuse de la Congrégation Notre-Dame, 1935.
Klein (Sœur Agnès).- Catalogue de l’exposition du 4e centenaire de la naissance de mère Alix Le Clerc, 1976.
Heili (P.).- Alix Le Clerc (1576-1622), in Le Pays de Remiremont, N° 1, 1978, p. 29-40 (avec une abondante bibliographie).


[ Pierre Heili ]

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