1842 —
Annuaire administratif et statistique des Vosges / Charles Charton
M. le baron Joseph FALATIEU, né en 1765, est mort à Bains le 23 octobre 1840.
Propriétaire de la belle manufacture de Bains, dont l’établissement remonte à 1733, M. Falatieu s’est attaché à y introduire graduellement des améliorations telles qu’elles l’ont élevée au rang des usines les plus remarquables de France. On pourra se faire une idée de son importance, lorsqu’on saura que plus de 150 ouvriers y sont continuellement employés, et qu’il en sort tous les ans 150,000 kilogrammes de fer en barre, destinés à la fabrication du fil de fer ; 26,800 kilogrammes de fer marchand ; 21,450 kilogrammes de fer noir laminé ; 14,600 caisses de fer-blanc laminé, contenant chacune 150 feuilles du poids de 40 kilogrammes ; enfin, 36,000 kilogrammes de moulages en fonte. Tous ces produits sont recommandables, autant par la supériorité de leur qualité que par la modération de leur prix.
M. Falatieu a obtenu ces résultats en se servant de procédés et de moteurs perfectionnés. Des échantillons des fers et des fils de fer provenant de cette usine ont été admis aux diverses expositions publiques des produits de l’industrie française, et ont mérité successivement au propriétaire de la manufacture de Bains tous les genres d’encouragements décernés par le jury, c’est-à-dire la mention honorable, la médaille de bronze, la médaille d’argent, la médaille d’or et le rappel de cette dernière médaille.
Ce n’est pas seulement par les services qu’il a rendus à l’industrie métallurgique que M. Falatieu s’est placé haut dans l’estime du pays ; il s’y est aussi acquis des droits par ses travaux comme maire de Bains, comme député des Vosges, comme membre du conseil général de ce département, qu’il a présidé plusieurs fois, enfin comme membre du conseil général des manufactures du royaume.
Dans un siècle où tous les mérites et tous les talents sont encouragés et honorés, le Gouvernement ce pouvait manquer de distinguer les efforts et les succès de M. Falatieu. Aussi lui a-t-il accordé le titre de baron et la décoration de chevalier de la légion d’honneur.
La carrière de M. Falatieu a été longue et remplie : il s’est éteint dans le sein de sa famille, au milieu de ses nombreux ouvriers qui le regardaient comme leur père, et il a emporté dans la tombe les regrets de tous ceux qui ont pu le connaître et l’apprécier.
[
Charles CHARTON
, Annuaire administratif et statistique des Vosges, 1842 ]
1845 —
Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton
M. le baron Falatieu, né en 1765 [à Bains-les-Bains], mort à Bains le 23 octobre 1840.
Propriétaire de la belle manufacture de Bains, cet habile industriel y introduisit des améliorations qui l’élevèrent au rang des premières usines de France, et valurent à son directeur tous les genres d’encouragements et d’honneurs.
M. Falatieu fut maire de Bains, député des Vosges, membre du conseil général de ce département et du conseil général des manufactures de France.
FALATIEU Joseph.- Baron, chevalier de la Légion d’Honneur, né en 1765, mort à Bains, le 23 octobre 1840, a fait subir à la belle manufacture de Bains, dont il était propriétaire, de nombreuses modifications. Cette usine est citée aujourd’hui comme une des plus remarquables de France, et ses produits ont mérité, lors des différentes expositions de l’industrie française, des médailles de bronze, d’argent et d’or.
Falatieu a été longtemps député des Vosges et a présidé plusieurs fois le conseil général de ce département. Il reçut la décoration et le titre héréditaire de baron, en récompense des services rendus par lui au pays.
Ses nombreux ouvriers, pour lesquels il a toujours eu la bonté la plus parfaite, l’ont vivement regretté.
Il avait salué avec enthousiasme l’aurore de la révolution française, et quand la patrie fut déclarée en danger, il s’empressa d’offrir, à la convention nationale, cinquante fusils de guerre, à la seule condition qu’ils seraient, à la paix, donnés à la garde nationale de Bains.
1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
FALATIEU (Joseph), baron, né en 1765 à Bains.
Propriétaire de la belle manufacture, dont l’établissement remonte à 1733, le baron Falatieu s’est taché à y introduire graduellement des améliorations telles qu’elles l’ont élevée au rang des usines les plus remarquables de France. On pourra se faire une idée de son importance, lorsqu’on saura que plus de deux cents ouvriers y sont continuellement employés, et qu’il en sort tous les ans 350 000 kilogrammes de fer en barres, destinés à la fabrication du fil de fer ; trente mille kilogrammes de fer marchand ; vingt-cinq mille kilogrammes de fer noir laminé ; vingt mille caisses de fer-blanc laminé ; enfin, quarante mille kilogrammes de moulages en fonte.
Tous ces produits sont recommandables, autant par la supériorité de leur qualité que par la modération de leur prix.
Ce grand manufacturier a obtenu ces résultats en se servant de procédés et de moteurs perfectionnés. Des échantillons des fers et des fils de fer provenant de cette usine ont été admis aux diverses expositions publiques des produits de l’industrie française, et ont mérité successivement au baron Falatieu tous les genres d’encouragement décernés par le jury : mention honorable, médaille de bronze, médaille d’argent, médaille d’or et rappel de cette médaille.
Ce n’est pas seulement par les services qu’il a rendus à l’industrie métallurgique que Falatieu s’est placé haut dans l’estime du pays ; il s’y est aussi acquis des droits par ses travaux comme maire de Bains, comme député des Vosges, comme membre du conseil général de ce département, qu’il a présidé plusieurs fois, enfin comme membre du conseil général des manufactures de France.
Dans un siècle où tous les mérites et tous les talents sont encouragés et honorés, le gouvernement ne pouvait manquer de distinguer les efforts et les succès de cet intelligent industriel ; aussi lui a-t-il accordé le titre de baron et la décoration de chevalier de la Légion d’honneur.
La carrière du baron Falatieu a été longue et remplie ; il s’est éteint dans le sein de sa famille, au milieu de ses ouvriers qui le regardaient comme leur père, le 23 octobre 1840, et il a emporté dans la tombe les regrets de tous ceux qui ont pu le connaître et l’apprécier.
Baron FALATIEU.- Né en 1765 [à Bains-les-Bains] ; sorti d’un rang obscur, cet habile industriel sut profiter des circonstances pour s’élever à la plus haute fortune.
Devenu propriétaire de la manufacture de Bains, il y introduisit des améliorations qui l’élevèrent au rang des premières usines de France. Il reçut le titre de baron, en récompense de ses travaux, du gouvernement de la Restauration, qui, quoi qu’on en dise d’ailleurs, avait su protéger, encourager et féconder les arts, l’industrie et les lettres. Il fut maire de la ville de Bains, conseiller général et député des Vosges.
A deux kilomètres de la ville de Bains, sur le Côney, se trouve la belle manufacture de fer-blanc et de fer cylindré, rond et mi-plat, appartenant à la famille Falatieu, qui occupe quatre à cinq cents ouvriers, et dont les produits jouissent de la plus haute estime.
FALATIEU (Joseph, baron).- Né à Bains en 1765, il y était maître de forges au moment de la Révolution et fut élu chef de la légion de la garde nationale du district de Darney en 1791.
En novembre 1792, il devint administrateur du département et le 9 mai 1793 il était élu commandant en chef des gardes nationales des Vosges. Sous l’empire, il fut créé baron et décoré de la Légion d’honneur pour services rendus à l’industrie métallurgique. Maire de Bains, il fut élu député des Vosges à la Chambre des Représentants en mai 1815, mais il ne siégea que quelques semaines ; il fut réélu, en août 1815, à la "Chambre introuvable", de nouveau réélu en octobre 1816 et siégea jusqu’en février 1824. Réélu en novembre 1829, son élection fut invalidée.
Un biographe parlementaire de 1820 disait de lui : Pour qui connaît ce député des Vosges, il n’y a point de tentation à se tromper dans l’orthographe de son nom ; c’est un homme franc.
Le baron Falatieu fut aussi pendant longtemps conseiller général des Vosges pour le canton de Bains ; il fit partie du Conseil général jusqu’à sa mort et en fut souvent le président, il était aussi membre du conseil supérieur des manufactures de France.
Il mourut à Bains le 23 octobre 1840.
Le maréchal de camp Villatte (Jean-Baptiste Alexandre), né à Longwy (Moselle) le 10 décembre 1780, mort à Bains le 8 octobre 1858, avait épousé sa sœur. Colonel du 10e dragons en 1817, il était général du 22 mai 1825.
Sous son impulsion, la manufacture de Bains devient la 19e usine métallurgique de France avec un chiffre d’affaires dépassant 2 millions de francs (enquête de 1840). Elle emploie alors 231 ouvriers, tous logés dans l’enceinte de l’établissement, à l’ombre du château patronal et de la chapelle des maîtres de forges. École, jardins et magasins achèvent de faire du site un microcosme presque complètement autonome sur lequel J. Falatieu règne en maître incontesté, considéré par ses ouvriers comme un véritable père. Ses produits, qui consistent essentiellement en tôles de fer étamé, acquièrent une grande renommée et obtiennent les plus grandes récompenses à toutes les expositions.
Joseph Falatieu est, du fait de son exceptionnelle réussite sociale, investi de la confiance publique. En 1790, il est élu président de la municipalité de Bains ; il reste maire de la ville pendant de longues années. Commandant de la garde nationale de Darney en 1791, il dirige celle du département tout entier à partir de 1793. Entre-temps, il est élu administrateur du département. De l’an VIII à 1838, il ne cesse de représenter le canton de Bains au Conseil général et en devient le président en 1820, 1821 et 1833. Sous les Cent-jours, il est élu député pour la première fois ; il siège ensuite à la Chambre introuvable sous la Restauration et vote avec la gauche jusqu’en 1824. Réélu en 1827, il combat le ministère Polignac et est invalidé en 1828, ce qui n’empêche pas la confirmation de son titre de baron, acquis sous l’Empire, par une ordonnance royale en date du 14 février 1827.
En 1840, l’année de son décès, Joseph Falatieu acquitte 13 170 francs de contribution ; c’est la plus grosse cote du département, la seconde ne dépassant pas 4000 francs. Parmi les nombreux legs de son testament, 10 000 francs sont donnés à la ville de Bains pour la création d’un hospice.
Bibl. :Dictionnaire de biographie française, publié sous la dir. de M. Prévot, Roman d’Amat, H. Tribout de Morambert, Paris, Letouzey (lettres A-H parues de 1928 à 1989), tome XIII, col. 502. Annuaire des Vosges, 1842 p. 163-164.
Robert.- Dictionnaire des parlementaires, tome II, p. 594-595.
Bouvier.- p. 404-405.
Starck (Chantal), Ritter (Remi).- Du fer blanc de Bains au fer battu de Fontenoy..., in Annales de la Société d’Emulation des Vosges, 1986, p. 49 et r.v.
Olivier (Abbé).- Bains-les-Bains, in Annales de la Société d’Emulation des Vosges, 1909 et 1911.
FALATIEU Joseph
(26 janvier 1761, Lyon, Rhône - 24 octobre 1840, Bains-les-Bains)
• Maire de Bains-les-Bains
• Conseiller général du canton de Bains-les-Bains de l’an VIII à 1838
• Président du conseil général des Vosges de 1820 à 1821 et de 1833 à 1838
• Député des Vosges de 1815 à 1824 et de 1827 à 1828.
• Maître de forges
• Marié, dix enfants.
Joseph Falatieu est le fils de Claude-Thomas Falatieu et de Jeanne-Marie Moynier. Né dans la cité des canuts le 26 janvier 1761, il est l’aîné d’une famille de treize enfants. Aussi la venue des de Falatieu dans les Vosges coïncide avec l’essor de la manufacture et de la station thermale de Bains-les-Bains. Sur le Coney, à un peu plus de deux kilomètres de la cité, la manufacture royale de fer blanc de Bains est autorisée le 18 juin 1733 par des lettres patentes d’Élisabeth Charlotte d’Orléans qui assure la régence de son fils, le duc de Lorraine François III. Les fondateurs, Georges Puton, maître de forges à Remiremont, Jean-Baptiste Villiez et ses beaux-frères, Claude et Jean-François Coster, marchands banquiers nancéiens, bénéficient de conditions extrêmement favorables tant du point de vue fiscal que pour l’approvisionnement en bois dans les forêts ducales.
En 1748, l’usine est rachetée par Joseph-Antoine Vallet qui en confie la direction à Jean-Louis Chavane. L’entreprise prend alors un essor considérable. Claude-Thomas Falatieu achète le 11 juin 1777 à la famille Valet, moyennant la somme de 1 120 175 livres, cours de Lorraine, l’usine de fer blanc de la manufacture avec toutes ses dépendances mobilières et immobilières, ainsi que leurs droits de seigneurs voués de Bains. Le nouvel acquéreur vient de Lyon où il est né en 1732. Son père Pierre Falatieu et sa mère Catherine Berlié jouissent dans la ville d’une très grande considération tant par leur honorabilité et leurs sentiments profondément religieux que par l’extraordinaire fortune, qu’ils ont acquis dans les commerces de fers.
À la fin du XVIIIe, la manufacture balnéenne est de très loin la ferblanterie la plus importante du royaume, produisant à elle seule, deux fois plus que ses concurrentes réunies. En 1785, cinq commis, cent vingt-cinq ouvriers travaillent dans l’usine, quatre à cinq fois plus à l’extérieur. Joseph Falatieu suit son père à Bains-les-Bains, aussitôt l’acquisition de la manufacture. Après la mort de Claude-Thomas Falatieu, le 27 juillet 1786, les arrangements de la famille le laissent seul à la tête de cette importante usine, qui depuis quelques temps ne cesse de prospérer.
Son père est enterré dans le cimetière balnéen et son inscription tumulaire visible dans l’église Saint-Colomban porte cette légende : Claude-Thomas Falatieu, seigneur en partie de Bains, propriétaire de la manufacture royale du même lieu, décédé le 28 juillet 1786 dans la 55e année de son âge, a été inhumé au cimetière de cette paroisse. Emporté par sa course, il a fourni des jours pleins par le sage emploi qu’il en fait. Il eut pour ami tous ceux qui le connurent. Une épouse et dix enfants, accablés de sa perte, pleureront à jamais l’époux le plus tendre et le meilleur des pères et les regrets des amis de la vertu honoreront sa mémoire.
Joseph Falatieu poursuit donc l’œuvre de son père, suscitant l’admiration de nombreuses personnalités. Le futur maire de Strasbourg, Dietrich, chez qui Rouget de L’Isle chante la Marseillaise, ayant visité toutes les forges de Lorraine, fait de la manufacture de Bains, une enthousiaste description. La production industrielle de la manufacture ne cesse de s’accroître durant la période révolutionnaire, surtout à partir du jour où affluent les commandes de fers destinées à la fabrication des armes de guerre et des effets de campement. Cependant, Joseph Falatieu, déjà chef de la légion des gardes nationales du district de Darney, est devenu administrateur du même district, puis en novembre 1792, administrateur du département. Ces dernières fonctions l’obligent d’être en permanence à Épinal où il fixe sa résidence et consacre tout son temps à la politique. Joseph Falatieu devient le 9 mai 1792, commandant en chef des gardes nationales des Vosges.
Après les troubles de la Révolution, il quitte Épinal pour revenir habiter à Bains-les-Bains et, en avril 1796, il reprend la direction active de l’usine. Un an plus tard, le vendredi 17 juillet 1797, il épouse à Bains-les-Bains, Marie-Anne Gaudel (la fille d’un ouvrier de la manufacture), qui le rend père de dix enfants : Anne-Marie (décédée à trois ans), Françoise, Marie-Joséphine (mort-née), Jeanne-Marie (épouse d’André Demazure), Françoise-Augustine, Nicolas, Victoire (épouse de François-Xavier Chavane), Joseph, Élisabeth (mort-née en 1807).
Le patriarche abrite toute sa famille dans l’imposante maison de maître qui domine le site de la manufacture. Les quatre fondateurs la font construire dès les premières années qui suivent la création de l’entreprise. Les travaux, probablement commencés en 1734, sont presque achevés en juin 1737. Cette bâtisse est précédée d’une cour sur laquelle s’ouvre le portail d’une chapelle, autorisée par l’évêque de Toul, en novembre 1734 et construite entre mai et novembre 1735.
Maire de Bains-les-Bains, Joseph Falatieu est élu député des Vosges à la Chambre des Représentants en mai 1815, mais ne siège que quelques semaines. Réélu en août 1815, il est à la Chambre introuvable jusqu’en 1816. À partir de cette date, il est député des Vosges pour une durée de huit années. Parallèlement à cette fonction nationale, il est nommé, puis élu, conseiller général du canton balnéen. Ce poste le mène, à deux reprises, à la tête de l’assemblée départementale vosgienne. Joseph Falatieu s’éteint à Bains-les-Bains, le 24 octobre 1840. Parmi les nombreux legs de son testament, 10000 francs sont donnés à la ville de Bains-les-Bains pour la création d’un hospice.