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Varin ou Wary DORON

[ ?? , ?? Bruyères (88) , ]

sergent de la prévôté d'Arches

Biographie vosgienne

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

DORON Varin.- Laboureur, né à Bruyères vers 1435, s’est rendu célèbre en faisant rentrer, en 1475, en la possession de René, duc de Lorraine, la ville et le château de Bruyères, dont Charles-le-Téméraire s’était emparé. Sa maison étant située en face de l’église, il remarqua que le capitaine-gouverneur du château venait y entendre la messe tous les matins, en compagnie de ses principaux officiers, et conçut le hardi projet de s’en emparer.

Prétextant quelques affaires importantes, il se rendit à Strasbourg, où se trouvait le duc René, afin de lui demander les secours nécessaires pour mener à bien son entreprise. René, frappé de l’assurance et de la justesse des raisonnements de Doron, se décida à lui donner 120 hommes commandés par le capitaine Harnexaire, qui reçut, du prince, l’ordre de lui obéir aveuglément. La petite troupe se mit en route par des chemins détournés, et arriva, après deux jours de marche, dans les forêts voisines de Bruyères. Doron, après avoir soigneusement caché ses hommes, revint chez lui pour y attendre la nuit, et ne parla, à qui que ce soit, de l’entreprise qui se préparait. Quand l’obscurité fut complète, il se rendit à la forêt, amena, avec de grandes précautions, la compagnie d’Harnexaire, et l’introduisit dans sa maison par une porte de derrière donnant sur la campagne. La nuit se passa dans le plus grand silence, et le lendemain matin, le capitaine-gouverneur et ses officiers étaient à peine entrés dans l’église, que Harnexaire se précipita avec sa troupe et les fit prisonniers.

Doron signifia au gouverneur que s’il ne donnait immédiatement l’ordre de rendre le château, il allait être décapité, ainsi que tous ses officiers.

Le château fut immédiatement rendu, et la garnison bourguignonne obtint d’en sortir avec son bagage.

Doron se contenta, pour toute récompense, du titre héréditaire de sergent dans les prévôtés d’Arches et de Bruyères, charge qui s’est perpétuée dans sa famille jusque vers la fin du siècle dernier, époque de l’extinction de ses descendants.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

DORON. Le vrai dévouement à son prince et à sa patrie est un sentiment si beau que l’histoire s’empresse toujours de signaler à la postérité les actes qu’il inspire. Les annales de la Lorraine ont consacré le trait suivant, qui a illustré un bourgeois de Bruyères, nommé Varin Doron, en même temps qu’il a contribué à remettre le duc René II en possession de ses états.

En 1475, les Bourguignons, sous la conduite de leur duc Charles-le-Téméraire, s’emparèrent de la Lorraine, et Bruyères fut saccagé par eux dans le courant du mois d’octobre de la même année. Le duc laissa dans le château une garnison assez forte, emporta d’assaut la ville de Nancy, le 25 novembre suivant, et de là se rendit en Suisse, où il perdit la célèbre bataille de Morat. Le duc de Lorraine, forcé d’abandonner ses états, se trouvait à Strasbourg lorsque Varin Doron, partageant les nobles sentiments des seigneurs lorrains, impatients de secouer le joug des Bourguignons alla se présenter à lui, et, confiant dans son dévouement, dans son courage, promit de lui restituer les villes de Bruyères, Arches, Saint-Dié et Remiremont, s’il voulait lui donner seulement quelques soldats. Le prince Lorrain mit à sa disposition 120 hommes commandés par un capitaine Allemand, nommé Harnekaire.

Doron partit avec cette faible troupe, et fut assez heureux pour la faire entrer, sans être vu de l’ennemi, dans sa maison située devant l’antique église de Bruyères. Le commandant Bourguignon avait la coutume d’entendre tous les jours la messe dans cette église. Doron en prévint le capitaine Harnekaire, et les mesures qu’ils concertèrent ensemble les mirent en état de se saisir de l’officier ennemi lorsqu’il se rendait à l’office divin.

Ce brave homme et les solfiais du duc René montèrent aussitôt au château ; la garnison surprise ne songea pas à se défendre, et déposa les armes. La prise de Bruyères fut suivie, ainsi que Doron l’avait annoncé, de celles des villes de Saint-Dié, Arches et Remiremont.

Le duc René, reconnaissant de la belle conduite du bourgeois de Bruyères, voulut à l’instant lui donner des marques de sa satisfaction. Doron, aussi désintéressé que courageux, se contenta de demander pour lui et les siens l’office de sergent es-prévôtés d’Arches et Bruyères, et cette petite place lui fut accordée.

Sa postérité la posséda de mâle en mâle jusqu’en 1663, qu’elle passa à Claude Mion, mari de Barbe Doron.

Le duc Charles IV permit à leur fils, Jean Mion, de s’appeler Doron ; la famille de Mion Doron jouissait encore, en 1751 de l’office de sergent ; la ville de Bruyères a donné le nom de Doron à une de ses places.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

DORON Varin.- L’occupation de Bruyères par les Bourguignons donna lieu à l’un de ces faits qu’aime à immortaliser l’histoire. Charles le Téméraire y avait laissé une garnison. Un simple laboureur, Varin Doron, imagina de rendre la ville à son légitime souverain, au duc René de Lorraine.

Il sortit de Bruyères par une belle nuit, s’en alla trouver le duc à Strasbourg, et, admis à son audience, lui dit avec une familiarité rustique :
- Gentil duc, vous êtes bien endormi ; voici bonne occasion ; je vous rendrai Bruyères, si vous le voulez.
- Et comment ? dit René.
- Donnez-moi des gens, et je veux être étranglé, si je ne vous rends maître du château.
- Mais cela est-il bien sûr ?
- N’en ayez souci, mon prince : donnez-moi des gens, et laissez-moi faire.

Le duc, voyant l’assurance de ce fidèle sujet, lui donna cent vingt hommes, sous le commandement du capitaine Harnexaire. Le laboureur, enchanté, revint à leur tête, les masqua dans la forêt, et les introduisit secrètement, après minuit, dans sa maison dont les remises donnaient sur la campagne. Cette maison se trouvait près de l’église, où le commandant de la place venait, tous les matins, entendre la messe, avec nombre de ses gens. Harnexaire les laissa tous entrer, puis les entoura tout à coup avec ses lansquenets et les déclara prisonniers, les menaçant de la mort s’ils ne rendaient le château. Le château fut rendu, et les Bourguignons en sortirent avec leurs bagages.

Par suite de ce coup de main, René rentra aussi en possession d’Épinal, d’Arches et de Remiremont. Pour récompense, le duc de Lorraine nomma Doron sergent de la prévôté d’Arches et de celle de Bruyères, avec succession pour ses descendants, et cette charge se perpétua dans sa famille en ligne masculine, jusqu’en 1663, qu’elle passa dans la ligne féminine, sous le nom de Mion-Doron, qui l’occupait encore en 1751. On donna le nom de Doron à la place qui est au-dessus de l’église.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

DORON (Varin).- Né à Bruyères vers 1435 et laboureur, Varin Doron a immortalisé son nom dans l’histoire vosgienne en délivrant Bruyères du joug des Bourguignons, en 1475.

Nommé en récompense de cet exploit sergent des prévôtés d’Arches et de Bruyères par le duc René II, Varin Doron rentra dans l’obscurité.

La charge dont il avait été investi fut transmise à ses descendants.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

DORON (Varin ou Wary) , sergent de la prévôté de Bruyères

c. 1430-1440 - Bruyères, après 1486

Marchand résidant à Bruyères, ville alors occupée par les troupes bourguignonnes, Varin Doron se rend à Strasbourg où séjourne le duc de Lorraine René II et lui propose de faire entrer des troupes dans la ville pour en chasser les soldats bourguignons. Le duc René II envoie le capitaine Harnexaire et sa compagnie de 120 hommes guidés par Doron. Celui-ci les fait entrer dans la ville par sa grange pendant que les Bourguignons sont dans l’église ; la compagnie Harnexaire les oblige à se rendre, puis elle fait campagne dans la région et libère Saint-Dié, Arches et Remiremont.

En remerciement du service rendu, Varin Doron reçoit à titre héréditaire l’office de sergent de la prévôté d’Arches et de Bruyères, transmissible au plus ancien de la lignée. L’office est ainsi tenu jusqu’en 1789 par les Doron, puis les Paillez au XVI° siècle, puis les Chevalier, puis les Mion, puis les Dubois, tous descendants de Varin Doron.


Bibl. : Mathieu (J.).- Les Gentilshommes de Laveline, cahier préliminaire, Vesoul, 1975, p. 1-18.


[Albert Ronsin].
 

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