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Nicolas RÉMY

[ Charmes (88) , 1530 Charmes (88) , 00/04/ 1612 ]

procureur général de Lorraine

Biographie vosgienne

1829 — Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel

REMY Nicolas.- Né en 1544, mort à Nancy en 1600, procureur général de Lorraine, sous Henri II. Magistrat par trop célèbre, qui a conservé l’horrible monument d’une barbarie sans exemple dans sa Démonolâtrie, écrite en latin en 1595, in-folio. Il est aussi l’auteur d’une Histoire lorraine depuis Nicolas jusqu’à René II, de 1473 à 1508, Pont-à-Mousson et Épinal, 1617 et 1626.

Écoutons Bexon sur ce Torquemada de la Lorraine :

En 15 ans, 900 hommes mis à mort en Lorraine pour crime de sorcellerie; ô misérable humanité ! Le livre de Remy porte, pour épigraphe, ce verset du lévitique : vir, sive mulier, in quibus Pythonicus, sive divinationis fuerit spiritus, morte moriatur. Il serait difficile de trouver un monument tout à la foi plus horrible et plus honteux de cruauté et d’extravagance. C’est une tête perdue, frappée et remplie de visions monstrueuses, et de tous les fantômes de la manie et de la peur : c’est un inquisiteur sanguinaire qui raconte froidement les supplices qu’il a fait souffrir à des malheureux, moins ensorcelés que lui. Tout ce que le plus sombre délire peut enfanter de songes impurs et affreux, tout ce que la vile scélératesse imagina jamais de noir et d’impuissant, trouve croyance dans ce dépôt de stupidité ; une profusion d’érudition ridicule et dégoûtante, une continuelle profanation des paroles de l’écriture, y servent d’assortiment et d’appui. On trouve en tête les congratulations que font à leur père deux fils imbéciles, pour avoir mis au jour cette oeuvre de ténèbres. Dès les premières pages on lit en frémissant ces mots écrits de sang froid : Je compte que depuis 16 ans que je juge à mort en Lorraine, il n’y a pas eu moins de 800 sorciers convaincus, et envoyés au supplice par notre tribunal. Outre un nombre à peu près égal de ceux qui ont échappé à la mort par la fuite ou par leur constance à ne rien avouer dans les tortures : plus de lumières et de philosophie auraient sauvé la vie à ces malheureux. Voy. Sarrazin.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

REMY Nicolas.- Né à Charmes en 15.., et devenu, à force de talents et de travail, procureur général de Lorraine, en 1599. Les procès de ces temps contre la sorcellerie et les sorciers lui ont fait une réputation aussi injuste que cruelle.

Ce magistrat intègre ajoutait à ces choses une foi entière : témoin son ouvrage sur la Démonolâtrie, et il agissait en conséquence ; il exécutait les lois, qu’il n’avait pas faites et qu’il croyait utiles et même nécessaires.

Pour juger un homme, il faut se placer dans les temps où il a vécu ; or tous, en ces temps, bourreaux et victimes, partageaient son opinion ; tous voyaient dans les sorciers des ennemis de Dieu et des fléaux de la société ; c’est au nom du salut public, et l’âme convaincue, que les juges mettaient ces misérables à la torture et les envoyaient au bûcher. Mais Nicolas Remy a écrit un livre à ce sujet, et ce livre a sur lui attiré les foudres des philosophes et des historiens modernes, dont l’un n’a pas craint de lui infliger le nom de boucher.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

REMY (Nicolas), procureur général de Lorraine
Charmes, vers 1530 – avril 1612


Fils du prévôt de Charmes, il obtient la protection de Charles-Philippe de Croy, marquis d’Havré, ce qui lui permet d’aller étudier en France, notamment à Toulouse, où il fait peut-être la connaissance du démonologue Bodin. La peste le chasse de la ville ; il se réfugie alors à Auch où il remplit des fonctions ecclésiastiques de clerc-mineur. Il s’intéresse de près aux affaires de sorcellerie, en particulier au cours d’un séjour à Paris en 1563.

Vers 1570, son oncle se démet en sa faveur de sa charge de lieutenant-général pour le bailliage de Vosges à Mirecourt. Dans cette fonction, il révèle des talents de brillant magistrat qui lui font obtenir cinq ans plus tard la place de secrétaire ordinaire du duc de Lorraine Charles III. Bientôt, il siège au tribunal des Echevins à Nancy où il juge les causes criminelles dans les 72 villages du ressort de la prévôté, mais où il doit encore confirmer les sentences de mort prononcées par les tribunaux des trois bailliages lorrains. Le 9 août 1583, il est anobli par le duc de Lorraine et, en 1589 il devient son conseiller privé.

Deux ans plus tard, il obtient la charge enviée de procureur-général de Lorraine, ce qui lui permet de redoubler d’ardeur dans la chasse aux sorcières. Il accomplit des tournées de tribunaux, notamment dans les Vosges, entre 1591 et 1606 et envoie au bûcher des centaines de victimes accusées de sorcellerie. En 1592, il publie en latin sa fameuse Démonolâtrie qu’il dédie au cardinal Charles de Lorraine et dans laquelle il se vante d’avoir condamné au feu neuf cent sorcières en une quinzaine d’années, sans compter celles qui, écrit-il, se suicidèrent dans leur prison pour échapper à la justice !

En 1594, le duc de Lorraine l’emploie dans des négociations avec Henri IV qui aboutissent à la restitution de la ville de Marsal en faveur de la Lorraine. En 1599, il obtient pour son fils aîné la survivance de sa charge ; il consacre alors le reste de ses jours, qu’il coule paisiblement entre ses résidences de Charmes et de Saint-Mard près de Bayon, à la rédaction d’ouvrages tels que son Discours des choses advenues en Lorraine depuis le décès du duc Nicolas jusqu’à celui du duc René. Il assiste à la pompe funèbre du duc Charles III et compose des vers à l’occasion de l’avènement du nouveau prince Henri III.


Bibl. : Arts et gloires du canton de Charmes, p. 285–288.
Pfister (Christian).– Nicolas Rémy et la sorcellerie en Lorraine, in Revue historique, mars-avril 1907, p. 225-239 et mai-juin, p. 28-44.


[ Pierre Heili ]

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