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Philippe SEGUIN

[ Tunis (Tunisie) , 21/04/1943 – Paris (15e) , 07/01/2010 (66 ans) ]

homme politique

Vice-président de l'Assemblée nationale de 1981 à 1986;

Président de l'Assemblée nationale de 1993 à 1997.

Auteur vosgien Biographie vosgienne Sur la BnF ↗ Sur Wikidata ↗

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ecriVOSGES, « Philippe SEGUIN », fiche bio-bibliographique, https://www.ecrivosges.com/fiche.php?id=115 (consultée le 24 octobre 2026).

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Bibliographie et sources

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Notices documentaires

2010 — Vosges Matin

Un grand serviteur de la République

Philippe Séguin n’a jamais vraiment <em>habité</em> dans les Vosges, mais il avait beaucoup d’affection pour le département. Talentueux, ombrageux, une personnalité forte capable de résister, indépendant, charmant, colérique... Les qualificatifs décrivant Philippe Séguin sont nombreux. Portrait d’un homme qui aura marqué la France.

Philippe Séguin, mort dans la nuit de mercredi à jeudi à 66 ans, était une des grandes figures de la vie politique française, gaulliste ombrageux, républicain talentueux qui présidait depuis 2004 la Cour des Comptes. Natif de Tunis, pupille de la Nation qui se présentait en Petit Chose de la République, Philippe Séguin était un pur produit de la méritocratie républicaine, via l’ENA.

Père de quatre enfants issus de deux mariages, il était aussi un passionné de football, omniprésent dans les stades, pas forcément à la tribune d’honneur. Il fut ministre, député des Vosges, et maire d’Epinal de 1983 à 1997. En 1978, cet inconnu venu du sud comme on pouvait le lire à l’époque dans les journaux est élu député RPR de la 1ère circonscription des Vosges après le retrait du député d’Epinal Marcel Hoffer. Le candidat anonyme devenu député va vite conquérir le coeur des Vosgiens.

Bourreau de travail, celui que ses adversaires avaient sous-estimé gagne la mairie d’Epinal au premier tour en 1983. Philippe Séguin n’a jamais vraiment habité dans les Vosges, mais il avait beaucoup d’affection pour le département. Le député-maire d’Epinal a bien un temps occupé un appartement, mais la majorité du temps, il résidait à l’hôtel. De très nombreux Vosgiens lui vouent encore aujourd’hui une très grande admiration et sont reconnaissants envers l’homme qui a transformé la ville d’Epinal.

Président du RPR, président de l’Assemblée nationale, il déployait comme premier président de cette cour tous ses dons de rude censeur de dérives. Une personnalité forte, capable de résister, de dire non, selon Jean-Louis Debré, autre gaulliste. Philippe Séguin avait ainsi été, contre la majorité de son camp, à la pointe du combat contre le traité de Maastricht en 1992. Il se plaisait à rappeler que d’Artagnan était mort devant cette ville...

Le plus intelligent, le plus percutant

Mais aussi un rêve politique fracassé sur les réalités politiciennes, un caractère compliqué, rendant difficile l’action, résumait un proche. Il passe du plus charmant au plus odieux, écrivait Nicolas Sarkozy de ce grand républicain, célèbre par ses emportements. Une des plus retentissantes colères avait entraîné sa démission de la présidence du RPR en 1999, en pleine campagne européenne. Nicolas Sarkozy et Alain Madelin avaient dû achever une campagne au résultat calamiteux.

Un orateur capable de retourner les salles

Homme de haute stature, Séguin passait au fil du stress et des régimes de la taille L à XXL. Il revenait tout juste, selon une source à Matignon, d’une cure d’amaigrissement en Tunisie, dont il était coutumier. Orateur capable de retourner des salles, il avait une voix jupitérienne, de longs rires silencieux, une culture fine portée sur l’histoire, le sport, un style chantourné ne reculant devant aucun subjectif. Auteur d’une douzaine d’ouvrages - dont une biographie-réhabilitation de Napoléon III -, il en émaillait discours et écrits. Dans son bureau de l’Hôtel de Ville de Paris, trônaient des maillots de footballeurs, ce sport étant une de ses passions.

Ce gaulliste d’une espèce un peu particulière expliquait avoir choisi le général parce qu’il prenait à la gauche et à la droite ce qu’elles avaient de meilleur. Ce qui lui permettait de dépasser ses contradictions : origines modestes, pied-noir - né le 21 avril 1943 à Tunis -, orphelin d’un père, héros mort quand il avait un an. Mais aussi d’une tradition où le drapeau comptait, où l’on savait ce que nation voulait dire. Ayant de grandes capacités à souffrir, note un proche, Séguin avait été très secoué par la dureté de la campagne des municipales parisiennes de 2001. Les coups bas avaient plu au sein d’une droite harassée. Tous les jours, les Guignols le caricaturaient en masochiste éperdu. Malgré ce naufrage, Philippe Séguin avait brièvement dirigé l’opposition à Bertrand Delanoë. Lui qui avait été, en 1995, un acteur majeur du succès final de Jacques Chirac à la présidentielle, avait en 2002 organisé deux meetings en sa faveur.

Mais hostile à la constitution de l’UMP, il ne s’était pas présenté aux législatives de juin, et avait démissionné du Conseil de Paris. Philippe Séguin avait alors réintégré son corps d’origine, la Cour des comptes, où il était entré après l’ENA (promotion Robespierre), et se partageait entre cette institution et le Bureau international du travail à Genève. Il était donc resté en congé de la politique, sans mandat, sans parti, avant d’être nommé par Jacques Chirac premier président de la Cour des comptes. Ses mémoires se terminaient par A suivre.

Les obsèques de Philippe Séguin auront lieu lundi après-midi en l’église Saint-Louis-des-Invalides à Paris, en présence du président Nicolas Sarkozy qui prendra la parole lors de la cérémonie. Il sera inhumé dans le Var à Bagnols-en-Forêt dans le caveau familial.

[ Vosges Matin , vendredi 8 janvier 2010 ]

2010 — Vosges Matin

Edito de Bruno Théveny.

[ Bruno THÉVENY , Vosges Matin, 2010. ]

2003 — Le Grand livre des élus vosgiens

SÉGUIN Philippe (Daniel Alain)
(21 avril 1943, Tunis)

© Le Grand Livre des élus vosgiens, éd. Gérard Louis, 2003
• Maire d'Épinal de 1983 à 1997
• Conseiller régional de Lorraine de 1978 à 1986
• Député des Vosges de 1978 à 1986 et de 1988 à 2002
• Ministre des Affaires sociales et de l'Emploi de 1986 à 1988
• Vice-président de l'Assemblée nationale de 1981 à 1986
• Président de l'Assemblée nationale de 1993 à 1997
• Conseiller municipal de Paris de 2001 à 2002
• Marié, quatre enfants

Philippe Séguin est né au cœur de la capitale tunisienne occupée, dans un monde où la guerre est présente depuis quatre années. Ses parents, Denyse et Robert, ont respectivement vingt et vingt-deux ans et ont en commun l'amour du sport qu'ils transmettront à leur fils Philippe. Madame Séguin s'adonne au basket-ball et se passionne pour l'athlétisme. Quant à son mari, il est ancien champion d'Afrique du Nord du 110 mètres haies et vice-champion de France. La naissance de Philippe est une grande joie, un peu ternie par l'absence du père, parti combattre. La Seconde Guerre mondiale continue son œuvre de destruction et Robert Séguin se trouve à l'automne 1944 à Glainans, petit village du département du Doubs. À la tête d'un détachement de tirailleurs tunisiens, pris dans une embuscade, l'aspirant Séguin est tué ; son inhumation a lieu dans la sépulture d'une famille de la région.

À la Libération, madame Séguin revient en France, accompagnée de son fils Philippe, afin de rapatrier le corps de son mari. Philippe Séguin n'a que trois ans. Après avoir reçu, à titre posthume, la médaille militaire de son père, il effectue sa scolarité en Tunisie, au lycée Carnot. À l'indépendance de ce pays, la vie a repris son cours. Denyse Séguin, remariée, quitte la terre tunisienne pour le sol français avec son fils. Bachelier à dix-huit ans, une carrière d'enseignant s'ouvre devant lui mais, avide de connaissances, il s'inscrit en étudiant libre à la faculté des lettres d'Aix-en-Provence. Pour subvenir à ses besoins, il entre comme pigiste au journal Le Provençal où ses papiers font autorité. À cette date, carte de presse comme passeport, il est déjà connu et reconnu.

À la rentrée de 1965, Philippe Séguin est sur les bancs de l'institut d'études politiques d'Aix-en-Provence. Le printemps 1967 le voit sortir major de sciences-po. Il prépare le concours de l'ENA (École nationale d'administration) et se passionne désormais pour l'État et son fonctionnement. C'est un jeune homme ambitieux qui se trouve à Paris à l'automne 1967. À la seconde tentative, il passe avec succès l'examen et se trouve en poste en Polynésie française. De retour à Paris, après les événements de mai 1968, il obtient la septième place dans le classement de sortie de l'ENA.

Philippe Séguin choisit la Cour des comptes où il devient auditeur : un intermède d'un an à Toulon, lui permet de faire une année sociale. L'année 1973 confirme sa passion pour le ballon rond. Le championnat de France de football et les joueurs professionnels sont en grève, leur statut n'est plus adapté. Philippe Séguin qui a la charge de cet épineux dossier voit son rapport qualifié de bible par Fernand Sastre, éminent membre du football français.

L'Élysée lui ouvre alors ses portes par l'intermédiaire de Michel Jobert, secrétaire général de la présidence de la République ; mais le décès du président Pompidou entraîne fatalement des changements. Philippe Séguin revient à la Cour des comptes et, en décembre 1976, adhère au nouveau parti gaulliste. Toutefois, il rêve également de haute fonction publique. Christian Poncelet, membre du gouvernement et président du conseil général des Vosges, l'engage comme chef de cabinet et en 1977, directeur de cabinet du secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement. Jeune, haut fonctionnaire et surtout sans domicile électoral fixe, il rêve de retourner dans le Var et propose sa candidature aux législatives de 1978 pour la région varoise. Elle lui est refusée.

Christian Poncelet devenu sénateur, Philippe Séguin a de nouvelles attributions, cette fois auprès du Premier ministre Raymond Barre. Les Vosges l'accueillent en 1978, afin de postuler à la circonscription d'Épinal laissée libre par Marcel Hoffer. Le résultat est éloquent. Au second tour de scrutin, avec 52 % des suffrages exprimés, Philippe Séguin, pour la première fois de sa vie, est un élu. C'est le début de sa très longue carrière politique... et les succès se suivent et se ressemblent. Trois ans plus tard, le nouveau député déboulonne Pierre Blanck de la mairie d'Épinal, lequel est éphémèrement épaulé par le ministre du Temps libre, André Henry. Ce statut de premier magistrat le mène à s'installer au conseil régional de Lorraine, puis à la vice-présidence de cette assemblée.

© Le Grand Livre des élus vosgiens, éd. Gérard Louis, 2003
Le 2 avril 1993, Philippe Séguin est le troisième personnage de l'État en accédant à la présidence de l'Assemblée nationale après en avoir assuré la vice-présidence de 1981 à 1986. Son brillant parcours politique le conduit, le 12 avril 1986, à siéger à la table du Conseil des ministres, face au président François Mitterrand, lors de la première cohabitation. À cette époque, le Premier ministre se nomme Jacques Chirac. Réélu député des Vosges en 1997, Philippe Séguin donne sa démission de maire d'Épinal, la même année, afin de prendre la présidence du parti gaulliste. Son successeur est le pharmacien Michel Heinrich, premier adjoint.

Tous les observateurs le savent, Philippe Séguin est un personnage atypique dans le paysage politique français. Aussi, en avril 1999, il quitte brusquement la direction du parti gaulliste pour retrouver son indépendance. Pourtant son isolement est éphémère car, deux années après, le député des Vosges ambitionne de prendre le fauteuil de maire de Paris. Philippe Séguin ne parvient pas à imiter le célèbre ministre déodatien Jules Ferry, maire de la capitale... en 1870. Il siège seulement parmi les 163 conseillers municipaux de Paris. En aparté de l'échiquier politique départemental, l'ancien ministre renonce, en juin 2002, à son poste de député de la première circonscription des Vosges. Il en informe dans une lettre ouverte les électeurs des cantons d'Épinal, Châtel-sur-Moselle, Rambervillers et Xertigny.

Philippe Séguin vient de tourner une page vosgienne sur laquelle il a inscrit les plus belles années de sa vie politique ! Trois mois après ces événements, il réintègre la Cour des comptes, nommé conseiller référendaire de première classe au sein de la cinquième chambre. Un retour aux sources qui est pratiquement conjoint avec son départ du conseil municipal de Paris.

[ Bertrand MUNIER , Le Grand livre des élus vosgiens ]

 

Référence suggérée : ecriVOSGES, « Philippe SEGUIN », fiche bio-bibliographique, https://www.ecrivosges.com/fiche.php?id=115 (consultée le 24 octobre 2026).

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