De nos jours, la France vit sous dictature militaire.
Les citoyens sont fichés, surveillés, formatés.
Oregon, 25 ans, travaille à la Section de Sécurité Prédictive. Sa mission
: guider le présent en direction dun futur « admissible ». En dautres
mots, manipuler linformation et la population, au besoin de façon musclée.
Et museler les rebelles retranchés dans les Territoires ouverts, qui tentent
de lever le voile sur la véritable histoire du monde.
Dans une maison abandonnée en zone dissidente, Oregon et son jeune frère attendent des nouvelles de leur hiérarchie lorsquun homme mortellement blessé sécroule à leur porte.
Cest un Raconteur, lun de ces vagabonds rebelles, détenteurs dune mémoire collective fragmentée, qui révèle à ceux qui en prennent le risque le vrai visage de lhistoire et la guerre dissimulée.
Il poussera Oregon et Killian à la recherche de la vérité, au péril de leur vie. Qui est responsable de cette amnésie mondiale, et que cache-t-elle ? (4ème de couverture, 2017).
La petite histoire... Ce roman est une complète réécriture de la série Les Raconteurs de nulle part, publiée au Fleuve Noir en 1990. Le sous-titre L'intégrale est de trop sur la couverture...


Oregon, ma grande, ma petite fille.
Tu me vois, tu m'entends, alors il y a sans doute un espoir, encore.
Encore un espoir, Oregon, mon amour.
Je ne t'ai jamais dit ces mots-là. Oregon, mon amour. Ma belle enfant.
Ces mots-là qu'un père ne prend que trop peu souvent la peine, comme si c'était de la peine, de prononcer pour son enfant. Ou alors trop tard. Aux accents du regret brûlant. Je ne veux pas imaginer qu'il soit trop tard, pas une fraction de seconde.
Oregon, mon amour de petite fille. Ma grande.
Je n'oublerai jamais les images terribles, la bande-son d'ambiance, en rafales spasmodiques. Il est idiot de croire que l'oubli soit possible, l'évidence hurlée du contraire emplit mes oreilles d'acouphènes permanents et braillards. Je n'oublierai jamais les images, ces images-là tout particulièrement. Cette gueulée de pleins crocs arrachée au malheur. Je suppose que je ne pourrais davantage oublier une morsure qui m'aurait amputé d'une partie de mon corps de chairs et d'os. Je crois.
Pourtant il est admissible désormais de se préserver des souvenirs. Possible dorénavant de s'estropier en dégringolant les méandres rugueux de la mémoire. On peut se protéger de ces effets-là. S'en tenir à l'abri, autant que faire se peut.
Il est possible désormais du pire, et de multiples manières. Par le miel ou le poison, les moyens sont devenus innombrables, et sur tous les plans - ce n'est rien de le dire.
Tu en sais quelque chose, Oregon ma petite, grande belle fille.
Positive rage
Signé MG, sur http://www.positiverage.com/?p=8664 - 5 septembre 2017
Pierre Pelot Touche à tout
MG : Les éditions Bragelonne viennent de sortir (en avril, pour être précis) lintégrale dOregon, un récit sorti initialement en 1990 sous le titre de Les Raconteurs de nulle part, que vous avez décidé de remanier et de renommer pour loccasion. Pourquoi avoir décidé de vous replonger dans ce récit et quels changements y avez-vous apporté exactement ?
PP : Ce nest pas un remaniement. Cest une écriture inédite, tout bêtement. Je râlais contre ce terme « Lintégrale » assorti au titre. Dès avant la publication. Mais cest ainsi que ça sest passé quand même Ce nest absolument pas une intégrale. Je me suis vaguement inspiré de romans précédemment écrits au Fleuve Noir, et traités ici comme une forme de vague synopsis. Mais tout est réécrit en une seule unité. Tranchée en saisons. Dailleurs, le personnage dOregon nexiste pas dans les romans « inspirateurs », ni son frère, ni sa famille, ni Jai eu le tort de titrer les saisons daprès les titres utilisés par les romans. Ça cest une erreur. Je naurais pas dû. Donc jai eu envie de raconter une énorme histoire sur le thème, un peu, de la création, un truc quantique et jai tout écrit et réécrit.
MG : Lhéroïne du roman, Oregon, est à la recherche de son identité dans ce monde post-chaos. Ce qui explique la construction très singulière et complexe du roman Créer ce véritable labyrinthe narratif a dû être lune des principales difficultés de votre travail, non ?
PP : Oregon est à la recherche de son identité, mais pire que ça : elle est à la recherche de sa réalité. Et ne comptez pas sur moi pour dire ici qui elle est réellement. Ça na pas été simple de traverser ce monde-là, non. Jai une petite montagne de documents préparatoires. Mais ça cest les coulisses, la partie invisible de liceberg. En fait, ça ne regarde personne. Mais la narration de plusieurs univers imbriqués, suggérant sans doute la possibilité de plusieurs milliers, impliquait cette façon de faire. Pour moi en tout cas.
MG : Du coup, le lecteur se retrouve, comme Oregon, dépendant de ce quil lit, au fur et à mesure, pour découvrir la vérité. Et la complexité narrative du récit lui donne limpression, par moments, de ressentir ce quOregon ressent. Est-ce aussi pour cela que vous avez choisi un récit long, pour pouvoir perdre le lecteur dans ce labyrinthe mémoriel, pour lui faire ressentir, à plus petite échelle quOregon, ce quelle traverse, son combat pour se souvenir
PP : Le récit dune telle épopée simposait en longueur. Toutes proportions gardées, on nécrit pas Guerre et paix en 20 pages. Jai bien dit « toutes proportions gardées » Donc, jai à peine choisi. Le récit a imposé sa longueur. Et bien sûr si le lecteur peut ressentir à la place dOregon ce vertige, cest gagné. Cest une bonne chose.
MG : La manipulation est au centre du roman. Les gouvernants, les sectes religieuses, Danigo : les sources de manipulation sont si nombreuses pour les personnages que certains ne savent plus qui ils sont vraiment et dans quel camp ils se trouvent en réalité. Difficile de ne pas y voir une mise en garde concernant notre société actuelle où la menace de manipulation est plus forte que jamais
PP : Mise en garde, je ne sais pas. Mais cest un constat. Cette histoire est écrite sur un constat.
MG : Dans Oregon, cette manipulation est possible car les gens ne se souviennent plus. On les « efface » pour pouvoir les reformater, ou alors des maladies psychiques troublent leurs capacités cognitives. La mémoire est lun des thèmes centraux du roman
PP : Tout à fait. La mémoire et limagination. La capacité dimagination. Vitale, en loccurrence. Le phénomène de mémoire ma toujours fasciné. On nexiste pas sans la mémoire. On navance pas. Et sans limaginaire non plus. Mais que devient limaginaire sans la mémoire, et la capacité de sen souvenir ? La vie est construite sur le souvenir ou son manque.
MG : Le libre arbitre est une illusion, dit Atton Terrance, dans le le récit. Et en effet, dans le roman, les individus sont formatés (au sens littéral du terme puisquon leur implante une nouvelle identité dans le cerveau), conditionnés pour une mission, un objectif précis, sans quils puissent réfléchir ou mettre en doute ce quils sont. Difficile une nouvelle fois de ne pas faire un parallèle avec notre présent
PP : En fait, je me suis rendu compte que je ne parlais jamais mieux mieux je ne sais pas, disons autant du présent quà travers mes romans dits de science-fiction. Ce sont, allez, des paraboles ? Le mot est lâché Des allégories ? Il ny a pas mieux pour regarder le présent au microscope.
MG : Lextrémisme religieux est au cur du récit également. Cest lui qui a mené la planète au Chaos. Et Ethan dit, dans le roman : Les loups, au moins, ne mordent pas au nom de Dieu. Vous ne semblez pas vraiment porter la religion dans votre cur
PP : Ni dans mon cur ni dans mon ventre ni dans ma tête. Cest la pire invention de ce qui diffère les hommes des animaux. Le pire déchet de lintelligence. La pire et la plus dangereuse scorie empoisonnée. Inventée par la peur et lincompréhension alimentées par après par limbécillité soigneusement entretenue sous le déguisement imposteur de la connaissance. Au fil du temps de lévolution humaine on na jamais tué autant et commis de pires exactions quau nom de dieu.
MG : La résistance sorganise malgré tout contre cette dictature et elle est menée par les Raconteurs qui transmettent les bribes dévénements dont les gens se souviennent encore au milieu de cette amnésie généralisée. Les Raconteurs, métaphoriquement, ce sont les artistes, les écrivains, non ? Ce sont eux, selon vous, qui doivent mener la résistance, dans notre société, face à la manipulation et doivent être notre mémoire ?
PP : Sil en faut, oui. Et dautres. Ceux et celles qui parlent et quon écoute. Suffisamment forts et habiles pour ne pas passer pour des fous. Les raconteurs sont métaphoriquement ces gens-là, oui. Il ne reste plus queux.
MG : Et ce nétait pas faire mensonge que juger sa vie comme un songe. Tout comme pour Troper, vous montrez que la vie des protagonistes nest quun songe, quune illusion
PP : Cest une citation. Un extrait dun poème dEdgar Allan Poe, en bonne illustration de ce roman :
UN RÊVE DANS UN RÊVERecevez ce baiser sur le front ! Et maintenant que je vous quitte, laissez-moi du moins avouer ceci : vous navez pas tort, vous qui estimez que mes jours ont été un rêve ! Cependant, si lespoir sest envolé en une nuit ou en un jour, en une vision ou en un songe, en est-il pour cela moins en allé ? Tout ce que nous voyons ou paraissons nest quun rêve dans un rêve.
Je me trouve au milieu des mugissements dun rivage tourmenté par la houle, et je tiens dans la main des grains de sable dor. Combien peu ! Et comme ils glissent à travers mes doigts dans labîme, pendant que je pleure, pendant que je pleure ! Mon Dieu ! ne puis-je donc les retenir dune étreinte plus sûre ? Mon dieu, ne pourrais-je donc en sauver un seul de la vague impitoyable ? Tout ce que nous voyons ou paraissons nest-il donc quun rêve dans un rêve ?
MG : On en a déjà parlé : lun des dangers qui guette la société dOregon est lextrémisme religieux. La secte dintégristes catholiques, appelée Marcheurs de la voie est dirigée par les Morano (un nom qui fait forcément écho à notre présent politique ), père et fils, que vous faites plus tard « frayer » avec les fanatiques néo-islamistes des Fils des vivants Cest un vrai privilège de pouvoir soffrir de petits plaisirs comme celui-là, non ?
PP : Alors les intégrismes, en ce moment Nest-ce pas ? Ça passe par les fous furieux jihadistes, Dahesh et compagnie, que nous connaissons bien et leurs hordes dimbéciles flagrants, pour le coup, lâchés dans les caniveaux, aux malades mentaux bas de plafond style Trump et Kim Jong-un en représentation actuelle, et leurs publics respectifs applaudissant. En fait, lunivers dOregon, cest en plein dans cette boue. Quant aux Marcheurs de la Voie et leurs dirigeants oui, cest un petit plaisir. Un coup de rire jaune.
| Page créée le lundi 23 octobre 2017. |