1904 —
Annuaire des Vosges 1904 / J. François
BOULOUMIÉ (Joseph-Ambroise) 1843-1903.- Le 27 juin 1903, disparaissait une grande figure vosgienne, Ambroise Bouloumié, maire de Vittel et conseiller général du canton, venait de succomber après une longue et douloureuse maladie.
Né à Toulouse le 25 novembre 1843, où son père était avocat, il fit de brillantes études au lycée de cette ville, puis les continua à Sainte-Barbe où il se prépara à l’École polytechnique.
Abandonnant cette première vocation, il fit son droit et après avoir obtenu sa licence, il devint pendant deux ans le secrétaire de M. Émile Ollivier. Il se fixa ensuite comme avocat à la Cour d’appel de Montpellier où il résida pendant six ans.
Il commençait à y acquérir la réputation et s’y serait fait certainement une situation très brillante, car il était magnifiquement doué, lorsqu’un évènement imprévu l’obligea à quitter une carrière qu’il avait embrassée par goût et par tempérament pour venir habiter définitivement les Vosges.
Son père qui avait été déporté au coup d’état de 1852, avait obtenu pour raisons de santé de fixer sa résidence à Vittel. Il y jeta les fondements de l’établissement aujourd’hui si prospère et connu dans le monde entier.
Sa mort imprévue, en 1869, laissait une oeuvre à peine ébauchée. Pour ne pas la laisser passer â d’autres mains, ses deux fils Ambroise et Pierre (ce dernier chirurgien-major) abandonnèrent, sans hésiter, leur carrière pour continuer et développer l’oeuvre paternelle.
C’est à partir de cette époque que commence, pour M. Bouloumié, cette vie si étonnante de travail, d’activité et de lutte ; si féconde en résultats, et qui ne devait s’arrêter qu’à sa mort.
Son oeuvre personnelle n’est plus à louer. Vittel lui doit sa prospérité. Ses succès, il les dut à ses qualités éminemment supérieures, sa rare intelligence, son activité infatigable, sa volonté inflexible.
A ces qualités de son tempérament méridional : imagination vive, décision prompte, hardiesse enjouée, il ajoutait les qualités du vrai lorrain : réflexion, prudence, ténacité, dévouement.
Ses deux ma[…] :
[…] appartient aux vigilants
L’honneur en haut, l’argent en bas.
La presse de tous les partis lui a rendu justement hommage parce que c’était un homme qu’on pouvait combattre, mais dont on s’honore de reconnaître les brillantes qualités.
S’il s’attaquait avec ardeur aux idées, s’il avait la plume un peu mordante, il apportait une si exquise urbanité envers les personnes qu’il était impossible de ne pas estimer l’homme à convictions réfléchies dont le libéralisme et la sincérité ne pouvaient être suspectés.
Il eut des adversaires, nous ne croyons pas qu’il eut des ennemis. Si, au premier abord, il paraissait un peu froid, imposant, combien on était vite conquis par sa bienveillance, sa politesse exquise, sa conversation si spirituelle, si intelligente !
Combien il était au-dessus de ces querelles mesquines qui divisent les hommes !
S’il combattit le gouvernement, jamais un fonctionnaire n’eut à souffrir de ses idées. Il savait distinguer dans l’individu, l’homme et le fonctionnaire. S’il recherchait l’attachement de ceux avec qui il était en rapport, il ne leur demandait pas d’abdiquer leurs opinions et montrait à cet égard la plus grande délicatesse.
Quand des qualités semblables sont servies par une intelligence aussi élevée, aussi affinée, une bonté de coeur qui ne connut jamais la haine, une charité si aimable, si discrète, si prévoyante, elles en font un des hommes vers lesquels vont instinctivement la confiance et l’affection de ses compatriotes.
Cette confiance et cette affection ne lui firent jamais défaut et allèrent toujours en croissant.
Nommé maire de Vittel en 1875, il conserva ces fonctions jusqu’à sa mort.
A trois reprises, il fut honoré du mandat de conseiller général. Il apporta dans cette assemblée ses qualités natives, sa parole ardente, sa curiosité toujours en éveil, son activité que rien ne lassait. Aucune question ne lui était étrangère et lors même qu’il ne parvenait pas à entraîner les votes de ses collègues, il conquérait du moins leur respect par la conviction de ses sentiments, et leur estime par sa bonne grâce toujours souriante.
Aussi n’est-il pas étonnant qu’en souvenir de tant de services rendus à son pays, ses concitoyens lui érigent à Vittel une statue qui sera inaugurée au mois de juillet prochain. Cet homme d’élite a laissé une oeuvre durable et il vivra inoublié dans la reconnaissance émue et l’affection de ses concitoyens et amis.
[1904, notice signée A. R.].
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
BOULOUMIÉ (Ambroise), administrateur-directeur de Vittel
(Toulouse (Haute-Garonne), 25 novembre 1843 - Vittel, 27 juin 1903)
Fils aîné de Louis Bouloumié, il continue l’oeuvre thermale de son père et devient administrateur de la Société des eaux de Vittel constituée en 1882.
Sa profession (après avoir voulu faire Polytechnique puis Centrale, il se tourne vers le droit, et devient avocat) ne le porte, pas plus qu’autrefois son père, à cette fonction ; pourtant, doué d’une grande vivacité d’esprit et d’une forte personnalité, il assure la prospérité de la station de Vittel. Maire de la ville pendant 25 ans, il est conseiller général de 1889 à sa mort.
A son nom s’attachent le développement urbanistique de Vittel et son embellissement architectural (casino construit par Charles Garnier en 1884, hôtels, thermes, chapelles), ainsi que la lutte contre la concurrence pour faire de sa ville l’hydropole des Vosges.
[Jean-François Michel].