Marie Georges Marcel Auguste BARRET

[ Monthureux-sur-Saône (88), 08/01/1860 – Estang (32), 11/07/1918 ]

inspecteur des forêts

Biographie vosgienne

1897 — Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

BARRET Marie Georges Marcel Auguste.- Né à Monthureux le 8 janvier 1860.

Sorti de l’École forestière avec le N°3, comme garde-général des forêts, le 15 septembre 1883, M. Barret est inspecteur adjoint des forêts à Laruns (Basses-Pyrénées) depuis le 13 septembre 1890.


Revue des Eaux et Forêts — 1918

Nous apprenons avec un vif regret la mort de M. Barret, inspecteur des Eaux et Forêts en retraite, décédé à Estang (Gers) le 11 juillet 1918, à la suite d’une longue et pénible maladie.

Marcel Barret, né à Monthureux-sur-Saône (Vosges), le 8 janvier 1860, était sorti de l’École forestière en 1883, le 3e de la 57e promotion, la plus nombreuse de Nancy depuis 1870 ; ses études brillantes lui avaient valu d’obtenir d’emblée le grade de Garde Général.

Attiré par les travaux de reboisement qui se développaient à cette époque sous la vigoureuse impulsion du maître Demontzey, Barret fut employé dans le service spécial, à Embrun d’abord, de 1883 à 1885, puis à Barèges, de 1885 à 1894 sous la direction éclairée de M. Loze dont le nom reste attaché, avec celui de son éminent collègue M. le Conservateur de Gorsse, à l’œuvre du reboisement dans les Pyrénées centrales. Entre temps, et par une distinction des plus flatteuse, notre jeune forestier était appelé pendant plusieurs mois par an, en mission au Service Central du reboisement à Paris, où son esprit net et son jugement sûr étaient fort appréciés des grands chefs. Il avait été nommé Inspecteur adjoint en 1890.

La rude vie du reboiseur, sous le climat excessif des grandes altitudes, avait altéré la santé de Barret qui demanda et obtint le Service ordinaire à Laruns (Basses-Pyrénées), puis à Pau, de 1896 à 1899. Ses notes, fort élogieuses, témoignent de la facilité avec laquelle il s’assimila la gestion forestière communale, toute nouvelle pour lui.

A la suppression du cantonnement de Pau en 1899, Marcel Barret fut chargé du cours de topographie et de mathématiques à l’école des Barres, où il se distingua par un enseignement clair et communicatif.

Promu Inspecteur en 1901, il quitta le professorat en 1902 pour gérer près de son pays natal, l’importante chefferie de Darney ; mais sa santé et celle de ses enfants ne pouvant s’accommoder du climat vosgien, il obtint de revenir dans le Sud-Ouest et en janvier 1910 il s’installait à Dax, qui devait être son dernier poste.

La suppression malencontreuse du cantonnement de Dax en 1900, transformant l’ancienne inspection en Chefferie, avait eu en fait pour résultat d’abaisser les fonctions d’inspecteur à celles de chef de cantonnement. Dans ce service important comme forêts communales, Barret se consacra à peu près exclusivement à la gestion des belles forêts de la vallée de l’Adour, qui formaient l’ancien cantonnement de Dax, et dut payer de sa personne au delà de ses forces.

Déjà fatigué dès le début de 1914, la mobilisation, en lui enlevant ses collaborateurs immédiats, l’obligea à remplir seul une tâche multiple ; ce surmenage prolongé devait lui être fatal. Une crise plus sérieuse de sa maladie survenue en juillet igtâ lui imposa un repos de trois mois ; l’amélioration fut de courte durée et malgré les soins éclairés qui lui furent prodigués, vaincu par le mal, il dut bien à regret se résoudre à demander une retraite prématurée. Le 13 mai 1916, M. l’Inspecteur Barret cessait ses fonctions à Dax. En récompense de ses services, il avait reçu les palmes d’Officier d’Académie en 1904 et la croix de Chevalier du Mérite Agricole.

C’est dans la propriété de famille où il s’était retiré qu’il s’est éteint, après plus de deux ans de cruelles souffrances chrétiennement supportées, ignorant probablement, hélas ! qu’il allait retrouver dans la paix éternelle son fils aîné, jeune aspirant, tué à l’ennemi le 21 juin 1918 à la tête de sa section de mitrailleuses. Le nom de notre camarade Barret peut s’ajouter à la liste, qui ne s’allonge que trop, de ceux qui disparaissent avant l’heure, victimes de ce surcroît de labeur ingrat imposé par les événements de guerre aux forestiers de l’arrière non mobilisés.

Esprit très cultivé et pas banal, servi par une intelligence vive et curieuse de toutes choses, M. l’Inspecteur Barret laissera dans le Corps forestier le souvenir du plus affable des camarades, d’un chef bienveillant, d’un agent distingué à tous égards, que les circonstances seules ont empêché d’arriver aux situations les plus élevées de la hiérarchie.

Nous nous inclinons respectueusement devant celle qui fut l’admirable et si dévouée compagne de sa vie, doublement atteinte en ces jours cruels comme épouse et comme mère. Puisse l’expression émue de nos regrets et de notre sympathie, si insuffisante qu’elle soit malgré sa sincérité, apporter quelque adoucissement à son immense douleur.

R. L.


[Revue des Eaux et Forêts, Annales forestières, tome 56, 1918]

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