Jean François THOUVENIN

[ Valfroicourt (88), 14/07/1766 – , 17/10/1846 ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1847 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1847 / Charles Charton

THOUVENIN Jean-François.- Bénédictin. Il était le dernier des bénédictins de la fameuse maison de Cluny, où Pierre le vénérable offrit un asile au célèbre Abeilard. Il était né à Valfroicourt, le 14 juillet 1766, dans une famille d'honnêtes cultivateurs. Ses dispositions pour l'étude s'étant manifestées de bonne heure, son père confia son éducation à l'un de ses oncles, alors curé de Landaville, qui lui fit faire ses premières classes. Après les avoir terminées, ses idées de retraite le portèrent à entrer dans un monastère, et il choisit de préférence celui de Cluny, où un autre de ses oncles remplissait les fonctions de sous-prieur.

Le nouveau disciple de Saint-Benoît s'efforça de marcher sur les traces des religieux les plus distingués de son ordre, par la régularité de leurs moeurs, leur scrupuleuse observance de la règle, leur amour des sciences et des lettres, et leur constante application. Peut-être aurait-il à son tour occupé un rang honorable dans la liste de ces bénédictins, qui ont laissé après eux une haute réputation de talent, de savoir et de persévérance, et dont les oeuvres ont en quelque sorte immortalisé les noms ; mais les événements politiques et les convulsions sociales ne lui permirent pas de poursuivre ce but glorieux. Il avait à peine atteint l'âge de 24 ans que la Révolution française vint abolir les couvents, disperser leurs hôtes et confisquer leurs biens. La maison de Cluny subit le sort commun.

M. Thouvenin, battu par la tempête, chercha un refuge dans quelque lieu hospitalier, où il pût se livrer à l'étude et à la méditation. Un riche propriétaire de l'Auvergne, M. de Lauzane, le reçut comme un ami dans son domaine, de Charbonniéres-lez-Vérilles, et le pria de se charger de l'éducation de son fils. Le bénédictin accepta cette mission qui entrait dans ses goûts, pour s'en acquitter avec un remarquable dévouement. Il payait ainsi depuis trois ans la dette de l'hospitalité, lorsqu'une lettre de son père vint l'avertir que son nom allait être porté sur la liste des émigrés, qu'il lui fallait éviter les terribles conséquences de cette fatale inscription et qu'il devait s'empresser de rentrer dans sa famille, qui concevait à son égard les plus vives inquiétudes. M. Thouvenin eut de la peine à se séparer de M. de Lauzane et de son élève ; toutefois l'invitation de son père était trop pressante pour qu'il pût y résister, et il se décida à revenir à Valfroicourt. Il y cultiva quelque temps les terres paternelles, mais comme il ne s'était jamais senti entraîné vers les travaux des champs, il ne tarda pas à les quitter pour aller occuper une chaire au collège de Saint-Dizier. Il y enseigna pendant huit années avec distinction.

L'instruction publique n'était pas encore la carrière qui lui convenait le mieux. Depuis quelques années, la France redevenue calme, avait vu se relever les autels abattus et revenir leurs ministres proscrits. Le professeur de Saint-Dizier, obéissant à l'impulsion de sa première vocation, donna sa démission de son emploi et entra au séminaire de Nancy, sous l'épiscopat de Monsieur d'Osmond. De même qu'à Cluny, il observa religieusement au séminaire les règles sévères qui y étaient en vigueur et auxquelles il put se plier malgré la grande maturité de son âge : ses supérieurs se plaisaient à le citer à ses condisciples comme un modèle de conduite et lui témoignaient la plus sérieuse estime.

En sortant du séminaire, l'abbé Thouvenin fut nommé par l'évêque de Nancy à la cure de Gugney-sous-Vaudémont, où il sut par ses heureuses qualités se faire aimer de ses paroissiens. Désirant se rapprocher de son lieu natal, il demanda en 1824 et il obtint la cure de Hagécourt et de Valleroy-aux-Saules. C'est là que, pendant 15 ans, il pratiqua, dans l'exercice de son ministère, toutes les vertus qui distinguent le bon pasteur. Il aurait voulu, comme il le disait lui-même, mourir les armes à la main, mais son grand âge et ses infirmités le forcèrent de quitter le sacerdoce en 1839, et il attendit, avec la sécurité d'âme que l'homme juste seul peut espérer, la fin de sa longue existence, qui se termina le 17 octobre 1846. M. Thouvenin était alors âgé de 80 ans. Il emporta dans la tombe les regrets de tous ceux qui purent le connaître et apprécier l'aménité de ses moeurs, la bienveillance de son caractère, la gaieté de son humeur, la piété de ses sentiments et la tolérance de son esprit.

[Notice signée : C.C.]


Nouvelle recherche