Claude MAURICE

[ Saint-Dié (88) , 27/09/ 1773 – , // ]

militaire

Deux grands coeurs !

Biographie vosgienne

1841 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1841 / Charles Charton

MAURICE Claude et Barbe.- Il est peu de personnes dont la vie ait été aussi pleine d'actes de bienfaisance que celle des époux Maurice, de la commune de Plaine. Nonobstant leur état d'indigence, ils se sont imposé, dès leur jeunesse, la mission charitable et pénible de venir, autant qu'il est en eux, au secours des pauvres et des malades, et ils la remplissent encore, malgré leur âge avancé, avec un dévouement digne d'éloges. C'est ainsi qu'ils se chargent, depuis 24 ans, de pourvoir aux besoins d'une fille indigente, épileptique et idiote, sans reculer devant le dégoût que la vue de cette malheureuse inspire.

Cet acte de vertu n'est pas le seul que l'on rencontre dans la longue et belle vie des époux Maurice ; suivons-les à toutes les époques de leur existence, et nous verrons qu’elle est remplie de belles actions, et que le vieux Maurice est recommandable en outre par ses bons et loyaux services envers l'État.

Maurice (Claude) est né à Saint-Dié, le 27 septembre 1773. A l'âge de 14 ans, il s'engagea à Phalsbourg, dans le régiment de Bourbonnais. La révolution ayant éclaté, Maurice fut incorporé dans le 3e bataillon de volontaires des Vosges ; il fit dans ce corps la campagne du Rhin, et fit partie de la valeureuse garnison de Mayence. Après la reddition de cette place, il fut dirigé sur la Vendée, dans la 30e demi-brigade, et y partagea, pendant 4 ans, les fatigues de cette rude guerre ; mais ayant reçu un coup de sabre à la main gauche, il fut réformé et renvoyé dans ses foyers après 11 ans de service, sans pension et sans aucune indemnité.

Maurice avait alors 25 ans ; quelques mois après, il épousa Barbe Vincent, de la commune de Châtas.

Cette femme, dont la passion dominante est la bienfaisance, s’était déjà rendue utile en recueillant, avant son mariage, un pauvre enfant qui n'était âgé que de quelques mois lorsqu'il perdit son père et sa mère. Barbe Vincent eut pitié de ce malheureux orphelin, et l'éleva gratuitement jusqu'à l'âge de 4 ans, époque à laquelle il mourut.

Après leur mariage, les époux Maurice donnèrent asile à une malheureuse indigente, qui laissa à leur charge deux enfants, que ceux-ci élevèrent comme les leurs propres, l'un jusqu'à l'âge de 23 ans, et l’autre, qui est cette malheureuse idiote dont nous avons parlé et continue à habiter avec eux ; car personne ne voudrait se charger de cette misérable créature, qui a 8 ou 10 attaques d'épilepsie par jour, dont le corps ne présente qu'une plaie, qui est idiote, muette, qu'il faut surveiller continuellement et nourrir comme un enfant en bas âge.

Pendant l'hiver de 1816 à 1817, qui fut si malheureux pour notre contrée, par suite de la famine qui s'y fit sentir, un pauvre habitant de Plaine perdit sa femme, qui lui laissa 7 enfants en bas âge, dont le dernier n'avait que quelques mois et était encore à la mamelle. La femme Maurice, qui allaitait à cette époque un de ses enfants, se charge de ce petit orphelin, lui fait partager le lait de son propre enfant, et ne le rend à son père que lorsqu'il est en âge de travailler.

La conduite bienfaisante de ces deux vieillards a toujours été désintéressée, et cependant ils sont loin d'être dans l'aisance, car ils ne possèdent qu'une chétive maison, et n'ont pour vivre que le modique traitement du mari, qui, malgré son grand âge, remplit encore les fonctions de garde forestier.

M. le Préfet des Vosges, ne voulant pas laisser sans récompense des actes de vertu aussi rares et aussi longtemps soutenus, vient d'adresser à l'académie française un rapport pour faire participer les époux Maurice à la fondation de M. de Montyon.

Nouvelle recherche