Jacques LHOTE

[ Viménil (88), 16/09/1780 – Mirecourt (88), 03/01/1846 ]

instituteur

Créateur de l'école mutuelle dans les Vosges.

Biographie vosgienne

1846 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1846 / Charles Charton

LHÔTE Jacques.- L’instruction primaire a perdu dans M. Lhôte l’un de ses partisans les plus dévoués, l’un de ses serviteurs les plus éclairés et les plus actifs. Les services qu’il lui a rendus dans le cours de sa laborieuse carrière, l’ont placé haut dans l’estime de ses concitoyens, sans altérer en rien sa modestie qui était le plus bel ornement de son mérite.

Né à Viménil, dans le canton de Bruyères, le 16 septembre 1780, M. Lhôte (Jacques), après avoir acquis, à force de persévérance et d’application, et malgré les difficultés inhérentes aux vicieuses méthodes du temps, les connaissances nécessaires pour se livrer à l’enseignement primaire, débuta dans la carrière dès l’âge de 15 ans ; le 8 février 1795, il fut placé à la tête de l’école de la petite commune de Fiménil ; il la quitta le 11 novembre 1796, pour tenir l’école communale de Dompierre. Le 22 octobre 1798, il prit la direction de l’école de Bruyères, et le 21 décembre 1802, il vint se fixer à Mirecourt où il ouvrit une école privée.

D’abord peu fréquentée, parce que le jeune instituteur était inconnu dans cette ville et que ses dehors empreints d’une simplicité toute villageoise étaient peu propres à donner une haute opinion de son savoir, cette école ne tarda pas à recevoir un grand nombre d’élèves : la capacité de M. Lhôte, son dévouement à son état, sa méthode d’enseignement, furent bien vite appréciés. Son établissement prit faveur ; les pères de famille lui confièrent sans la moindre hésitation l’instruction de leurs enfants ; il forma des sujets fort recommandables, et ses succès le signalèrent comme un maître qui ne reculait devant aucun obstacle et qui réunissait l’amour du travail, la passion de l’enseignement à l’attachement qu’il portait à ses élèves, dont il était autant l’ami que l’instituteur, et qu’il entourait tous sans aucune distinction de la même sollicitude.

En 1821, époque à laquelle la méthode d’enseignement mutuel, si longtemps dénigrée par certains hommes, commença à s’introduire dans les Vosges *, l’administration municipale de Mirecourt, qui voulait créer aux frais de la ville une école de ce genre, eut recours à M. Lhôte et l’engagea à se mettre en mesure de la diriger. M. Lhôte, empressé de répondre à ce voeu, partit pour Paris, y étudia les principes et le mécanisme de la nouvelle méthode et, grâce à son heureuse facilité de conception, s’en pénétra dans peu de temps. Il revint aussitôt après à Mirecourt, organisa promptement l’école projetée et eut la satisfaction de la voir fréquenter par plus de 200 élèves. C’est alors plus que jamais qu’il put montrer toute l’étendue de son zèle, de son intelligence, de son savoir, de sa persévérance ; c’est alors qu’il commença, au profit de l’instruction, une nouvelle série de succès qu’il termina en 1824, où l’état de sa santé, altérée par les fatigues inséparables de ses fonctions, le força de remettre en d’autres mains la direction d’une école qu’il avait été si heureux d’établir sur des bases solides et durables.

M. Lhôte cependant ne resta pas pour cela dans l’inaction : le travail était sa vie ; l’emploi de receveur des hospices et du bureau de bienfaisance de Mirecourt étant devenu vacant, M. Lhôte y fut nommé le 19 octobre 1826. L’administration agit avec justice ; c’était un hommage rendu à sa rare probité, une récompense accordée à ses services passés. M. Lhôte apporta dans l’accomplissement de ses nouveaux devoirs la même exactitude et le même dévouement que dans l’exercice de ses anciennes fonctions ; gardien des intérêts des établissements charitables dont il était le trésorier, il leur consacra tous ses soins ; il veilla à ce qu’il n’y fût porté aucune atteinte ; il eut moins fait pour ses biens propres. Scrupuleux observateur des règles de la comptabilité, il fit sans cesse régner dans sa gestion, qui ne dura pas moins de 20 ans, l’ordre, la clarté, la régularité. Ses comptes en offrent la preuve incontestable.

M. Lhôte fut nommé en 1830 membre du conseil municipal de Mirecourt, mais il n’y resta que jusqu’au moment où la loi du 21 mars 1831, déclarant ces fonctions incompatibles avec celles de receveur de l’hospice, obligea ses concitoyens à lui donner un successeur au conseil. Sa courte participation à l’administration des affaires communales lui suffit cependant pour mettre en relief son esprit d’ordre et de conciliation, en même temps que son sincère dévouement au bien public.

Membre du bureau de bienfaisance et de la maison de refuge de la même ville, on le vit seconder de tout son pouvoir les sages mesures prises par l’autorité municipale pour arriver graduellement à l’extinction de la mendicité ; c’est ici le lieu de faire remarquer que de toutes les villes du département, celle de Mirecourt a été la première à travailler à l’accomplissement de cette grande amélioration sociale et que, depuis plus de 15 ans, s’il y a encore des pauvres dans cette localité, du moins 11 n’y a plus de mendiants.

La loi du 28 juin 1833, que l’on regarde avec raison comme la charte de l’instruction primaire, ayant institué des comités supérieurs d’arrondissement, M. Lhôte fut appelé à faire partie de celui de Mirecourt, où il a constamment siégé jusqu’à sa mort. Aucun membre n’était plus assidu que lui aux séances de ce comité ; aucun membre ne surveillait avec plus de vigilance les intérêts de l’enseignement. M. Lhôte se faisait un devoir de visiter les écoles chaque année ; il encourageait les maîtres et les élèves, il les interrogeait, il relevait avec bienveillance les erreurs ou les torts des uns et des autres, et il leur indiquait les moyens d’en prévenir le retour. C’était encore du bien qu’il faisait et dont il était loin de tirer vanité.

La commission de surveillance de l’école normale primaire le reçut dans son sein et n’eut qu’à s’applaudir de son concours.

En 1840, sa passion pour l’enseignement et sa sollicitude pour la jeunesse l’emportant sur toute autre considération, il rentra dans la carrière et accepta l’emploi de professeur de morale religieuse à l’école communale de garçons. Cette science ne pouvait avoir un interprète plus pur et plus zélé.

En parlant des services rendus par M. Lhôte à l’instruction, nous ne devons pas oublier la grammaire française qu’il publia il y a une vingtaine d’années, et qui est arrivée à sa dix-huitième édition. L’auteur, par modestie sans doute, n’y attacha pas son nom, mais il dut voir par la prodigieuse quantité d’exemplaires tirés de son livre, que cet ouvrage était de nature à lui assigner une placé honorable parmi les grammairiens, et qu’il pouvait avec orgueil en avouer la paternité **.

La mort de M. Lhôte, arrivée le 3 janvier 1846, plongea dans le deuil la ville de Mirecourt. Une affluence de citoyens notables se pressa à son convoi. Le sous-préfet de l’arrondissement, les autorités municipales, les diverses administrations charitables, le comité supérieur et le comité local d’instruction primaire, les professeurs du collège, assistèrent à cette triste cérémonie, qui fut célébrée le 5 janvier : les élèves de l’école normale et de l’école mutuelle marchaient en tête du cortége ; deux discours prononcés sur sa tombe, l’un par M. Gaspard, maire de Mirecourt, et l’autre par M. Drouot, directeur de l’école mutuelle, retracèrent ses nobles qualités et ses remarquables services. Et pour que rien ne fût oublié dans ce juste hommage rendu à la mémoire de cet excellent citoyen, le lendemain, 6 janvier, le comité supérieur s’assembla pour consigner sur ses registres l’éloge de M. Lhôte ainsi que l’expression de ses regrets, et transmit ce témoignage spécial de son estime et de sa reconnaissance à tous les inspecteurs cantonaux et à tous les instituteurs de l’arrondissement.



* La première école qui adopta cette méthode fut celle de Houécourt, fondée par M. le duc de Choiseul, dont les idées libérales firent bonne justice des entraves absurdes apportées alors à la propagation de la méthode lancastrienne.

** Les cinq premières éditions de cette Grammaire ont été tirées à 5 000 exemplaires chacune, et les autres à 10 000, en tout 155 000 exemplaires !

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

LHOTE (Jacques), l’un des serviteurs les plus éclairés et les plus actifs de l’instruction primaire, naquit à Vimenil, canton de Bruyères, le 16 septembre 1780.

Après avoir acquis, à force de persévérance et d’application, et malgré les difficultés inhérentes aux vicieuses méthodes du temps les connaissances nécessaires pour se livrer à l’enseignement primaire, il débuta dans la carrière dès l’âge de 15 ans, le 8 février 1795 ; il fut placé à la tête de l’école de la petite commune de Vimenil, il la quitta le 11 novembre 1796, pour passer à l’école communale de Dompierre, même canton de Bruyères ; le 11 octobre 1798, il prit la direction de l’école de Bruyères et le 21 décembre 1802, il vint se fixer à Mirecourt où il ouvrit une école privée.

D’abord peu fréquentée, parce que le jeune instituteur était inconnu dans cette ville et que ses dehors empreints d’une simplicité toute villageoise étaient peu propres à donner une haute opinion de son savoir, cette école ne tarda pas à recevoir un grand nombre d’élèves : la capacité de Lhôte, son dévouement et son état, sa méthode d’enseignement furent bien vite appréciés. Son établissement prit faveur ; les pères de famille lui confièrent, sans la moindre hésitation, l’instruction de leurs enfants, il forma des sujets fort recommandables, et ses succès le signalèrent comme un maître qui ne reculait devant aucun obstacle et qui réunissait l’amour du travail, la passion de l’enseignement à l’attachement qu’il portait à ses élèves, dont il était autant l’ami que l’instituteur, et qu’il entourait tous sans aucune distinction de la même sollicitude.

En 1821, époque à laquelle la méthode d’enseignement mutuel, si longtemps dénigrée par certains hommes commença à s’introduire dans les Vosges, l’administration municipale de Mirecourt, qui voulait créer aux frais de la ville une école de ce genre eut recours à Lhôte et l’engagea à se mettre en mesure de la diriger. Lhôte, empressé de répondre à ce vœu, partit pour Paris, y étudia les principes et le mécanisme de la nouvelle méthode, et, grâce à son heureuse facilité de conception, s’en pénétra dans peu de temps.

Il revint aussitôt après à Mirecourt, organisa promptement l’école projetée et eut la satisfaction de la voir fréquentée par plus de deux cents élèves. C’est alors plus que jamais qu’il put montrer toute l’étendue de son zèle, de son intelligence, de son savoir, de sa persévérance ; c’est alors qu’il commença, au profit de l’instruction, une nouvelle série de succès qu’il termina en 1824, où l’état de sa santé, altérée par les fatigues inséparables de ses fonctions, le força de remettre en d’autres mains la direction d’une école qu’il avait été si heureux d’établir sur des bases solides et durables.

Lhôte cependant ne resta pas pour cela dans l’inaction : le travail était sa vie ; l’emploi de receveur des hospices, du bureau de bienfaisance de Mirecourt étant devenu vacant, Lhôte y fut nommé le 19 octobre 1826. L’administration agit avec justice ; c’était un hommage rendu à sa rare probité, une récompense accordée à ses services passés. Lhôte apporta dans l’accomplissement de ses nouveaux devoirs la même exactitude et le même dévouement que dans l’exercice de ses nouvelles fonctions ; gardien des intérêts des établissements charitables dont il était le trésorier, il leur consacra tous ses soins ; il veilla à ce qu’il n’y fût porté aucune atteinte ; il eût moins fait pour ses biens propres. Scrupuleux observateur des règles de la comptabilité, il fit sans cesse régner dans sa gestion, qui ne dura pas moins de vingt ans, l’ordre, la clarté, la régularité. Ses comptes en offrent la preuve incontestable.

Lhôte fut nommé en 1830 membre du conseil municipal de Mirecourt ; mais il ne resta que jusqu’au moment où la loi du 19 mars 1831, déclarant ces fonctions incompatibles avec celles de receveur de l’hospice, obligea ses concitoyens à lui donner un successeur au conseil. Sa courte apparition à l’administration des affaires communales lui suffit cependant pour mettre en relief son esprit d’ordre et de conciliation, en même temps que son sincère dévouement au bien public. Membre du bureau de bienfaisance et de la maison de refuge de cette même ville, on le vit seconder de tout son pouvoir les sages mesures prises par l’autorité municipale pour arriver graduellement à l’extinction de la mendicité.

La loi du 28 juin 1833, que l’on regarde avec raison comme la charte de l’instruction primaire, ayant institué des comités supérieurs d’arrondissement, Lhôte fut appelé à faire partie de celui de Mirecourt, où il a constamment siégé jusqu’à sa mort. Aucun membre n’était plus assidu que lui aux séances de ce comité ; aucun membre ne surveillait avec plus de vigilance les intérêts de l’enseignement. Lhôte se faisait un devoir de visiter les écoles chaque année ; il encourageait les maîtres et les élèves, il les interrogeait, il relevait avec bienveillance les erreurs des uns et des autres, et il leur indiquait les moyens d’on prévenir le retour. C’était encore du bien qu’il faisait et dont il était loin de tirer vanité.

La commission de surveillance de l’école normale primaire le reçut dans son sein et n’eut qu’à s’applaudir de son concours.

En 1840, sa passion pour l’enseignement, et sa sollicitude pour la jeunesse l’emportant sur toute autre considération, il rentra dans la carrière et accepta l’emploi de professeur de morale religieuse à l’école communale de garçons. Cette science ne pouvait avoir un interprète plus pur et plus zélé.

En parlant des services rendus par Lhôte à l’instruction, nous ne devons pas oublier la grammaire française qu’il publia vers 1827, et qui est arrivée à sa 43e édition. L’auteur, par modestie sans doute, n’y attacha pas son nom, mais il dut voir par la prodigieuse quantité d’exemplaires tirés de son livre que cet ouvrage était de nature à lui assigner une place honorable parmi les grammairiens, et qu’il pouvait avec orgueil en avouer la paternité. Le nombre des exemplaires tirés de cette grammaire s’élève à plus d’un demi-million. La propriété de cet intéressant ouvrage a été achetée par M. Humbert, éditeur à Mirecourt, qui a eu la bonne pensée d’y joindre un volume d’exercices et un corrigé ; l’académie de Nancy l’a adoptée, pour être suivie et enseignée dans les écoles de son ressort, et c’est ensuite de cette recommandation, que l’éditeur a cru devoir placer le nom de l’auteur sous le titre de cette grammaire.

La mort de Lhôte, arrivée le 3 janvier 1846, plongea dans le deuil la ville de Mirecourt. Une affluence de citoyens notables se pressa à son convoi. Le sous-préfet de l’arrondissement, les autorités municipales, les diverses administrations charitables, le comité supérieur et le comité local d’instruction primaire, les professeurs du collège, assistèrent à cette triste cérémonie, qui fut célébrée le 5 janvier : les élèves de l’école normale et de l’école mutuelle marchaient en tête du cortège ; deux discours prononcés sur sa tombe, l’un par le maire de Mirecourt et l’autre par le directeur de l’école mutuelle, retracèrent ses nobles qualités et ses remarquables services. Et pour que rien ne fut oublié dans ce juste hommage rendu à la mémoire de cet excellent citoyen, le lendemain, 6 janvier, le comité supérieur s’assembla pour consigner sur ses registres l’éloge de M. Lhôte ainsi que l’expression de ses regrets, et transmit ce témoignage spécial de son estime et de sa reconnaissance à tous les inspecteurs cantonaux et à tous les instituteurs de l’arrondissement.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

LHÔTE (Jacques).- Né à Viménil le 16 septembre 1780, ce fut un instituteur modèle partout où il exerça, à Fiménil, en 1795, à Dompaire, à Bruyères de 1798 à 1802, à Mirecourt où il créa la première école mutuelle en 1821.

Il mourut à Mirecourt le 3 janvier 1846.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

LHÔTE (Jacques), créateur de l’école mutuelle dans les Vosges
Viménil, 16 septembre 1780 – Mirecourt, 3 janvier 1846


Instituteur à Fiménil en 1795, puis à Dompaire, à Bruyères de 1798 à 1802, Jacques Lhôte est retenu comme instituteur à Mirecourt. Il y crée une école mutuelle en 1821 qui est considérée comme une école modèle et qui donne l’impulsion au développement de ce type d’enseignement dans le département puisqu’on en compte 31 à 1834.

En 1824, Jacques Lhôte résigne ses fonctions pour raison de santé. Il est remplacé par Perney et l’école mutuelle sert d’école d’application pour la toute nouvelle école normale d’instituteurs de 1829 à 1831. Néanmoins, Jacques Lhôte, resté membre de la commission de surveillance jusqu’à son décès, est appelé par le directeur à donner en 1832 des cours de méthode et des leçons de pédagogie théorique et pratique aux 40 élèves-instituteurs.


Bibl. : Bouvier.- Biographie générale des Vosges, p. 457.
Lutringer (M.) et Rothiot (P.).- Cent cinquante ans au service du peuple, tome I, p. 34, 35, 49.


[Albert Ronsin]

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