Frédéric POTTECHER

[ Bussang (88) , 11/06/ 1905 – Paris (75) , 13/11/ 2001 ]

Auteur vosgien

1905
Frédéric Pottecher naît le 11 juin à Bussang (Vosges). Il est le fils de Georges Pottecher, industriel, et de Mme, née Germaine Wapler.

Il fait ses études à l’École Alsacienne et à la Faculté de droit de Paris, puis à l’École libre des Sciences Politiques.
1927-1930
Il est comédien avec la troupe des Pitoëff.
1931
Rédacteur à l’Oeuvre (1931), puis à Comoedia (1931-1938).
1937
Il rend compte de son premier procès d’assises.
1938-1939
Il travaille à Paris-Soir.
1943-1944
Editorialiste à Radio-Levant à Beyrouth (Liban).
1945
Chroniqueur judiciaire à la Radiodiffusion française.
1957
Premiers pas à la télévision, toujours comme chroniqueur judiciaire.
1958
Président, puis président d’honneur (1966), de l’Association de la presse judiciaire. Président du Syndicat national des journalistes judiciaires.
1963
Il réalise pour la télévision une série d’émissions sur les prisons.

Ses violons d’Ingres : le théâtre et l’histoire.
1969-1971
Président de la Société des journalistes du mensuel Le Fait public.
1969-1978
Chroniqueur à Europe 1.
1986
Scénariste et dialoguiste du téléfilm L´Affaire Marie Besnard (7 d´or du meilleur auteur).
1988
Scénariste et dialoguiste du téléfilm Le Procès de la défaite.
2001
Décès à Paris le 13 novembre, à l’âge de 96 ans.

Il était Officier de la Légion d´honneur, Commandeur des Arts et des Lettres, Médaille d’argent de la Reconnaissance française.

Communiqué de l’AFP / PARIS, 13 novembre 2001 (AFP).- Frédéric Pottecher, doyen des chroniqueurs judiciaires dont il était le plus populaire de l’après-guerre, décédé aujourd’hui à l’âge de 96 ans, était un irréductible adversaire de la peine de mort.

Il avait été pendant plus de trente ans le témoin pour la radio et la télévision des grands procès politiques et criminels, Pétain, Eichmann, Salan, Barbie, Touvier, Marie Besnard, Dominici, Simone Weber.

Ce journaliste rigoureux se doublait d’un conteur passionné et captivant lorsqu’il ressuscitait les grands moments judiciaires qui ont marqué la mémoire collective, comme les affaires Seznec ou Petiot.

Né le 11 juin 1905 à Bussang (Vosges), où son père dirigeait une industrie familiale, Frédéric Pottecher, après des études de droit, est d’abord tenté par la carrière de comédien.

Mais en 1931, il devient rédacteur à l’Oeuvre, à Comoedia, puis à Paris-Soir à la veille de la guerre. Son premier procès, en 1937, se termine par la condamnation à mort du jeune accusé, et cinquante ans plus tard, Frédéric Pottecher en gardait encore une vive émotion.

A la Libération, il entre à la radio d’État et réalise lors du procès Pétain son premier grand reportage en tant que chroniqueur judiciaire.

A l’ORTF, puis à Europe 1, à la télévision, il rend compte notamment de l’enquête de l’assassinat du président américain John Kennedy. Il couvre aussi les procès Ranucci, Patrick Henry.

Au micro ou à l’écran, le journaliste défend avec fougue sa vérité, campe avec brio les protagonistes du drame judiciaire et donne à vivre intensément chaque phase d’un procès.

Officier de la Légion d’Honneur, président d’honneur de l’association de la presse judiciaire depuis 1966, Frédéric Pottecher qui avait publié ses Mémoires en 1977 (A Voix haute) est l’auteur notamment de Histoire du Théâtre du peuple (1975), Le Procès Pétain (1980), Les Grands Procès de l’Histoire (1981).

Frédéric Pottecher, une voix pour la justice

Jeune, il se voyait plutôt comédien. De l’acteur, Frédéric Pottecher gardera la voix. Pendant soixante ans, le doyen des chroniqueurs judiciaires mettra cette belle voix grave et ses talents de conteur au service de la justice. Faire vivre avec passion, au micro ou à l’écran, les plus grands procès, les affaires criminelles qui ont marqué la mémoire collective, comme les affaires Dominici, Petiot ou Marie Besnard, "un vrai roman de Balzac" selon lui.

Frédéric Pottecher apprend son métier de journaliste à l’Oeuvre où il entre en 1931 puis à Paris-Soir. Il interviewe alors les grands artistes de l’époque comme Matisse. En 1936, connaissant sa passion du théâtre, son rédacteur en chef l’envoie couvrir son premier procès d’assises. "Allez voir cette tragédie. On passera votre papier" lui lance-t-il. L’accusé, un fils de bonne famille qui a tué un oncle pour acheter de la drogue à sa maîtresse est condamné à mort. Un premier verdict qui marquera la conscience du jeune journaliste et en fera un irréductible adversaire de la peine de mort.

Son premier grand reportage en tant que chroniqueur judiciaire, Frédéric Pottecher le réalise à la Libération lors du procès Pétain. A l’ORTF, puis à Europe 1 ou la télévision, il rend compte notamment de l’enquête sur l’assassinat de Kennedy et couvre aussi les procès de Christian Ranucci et Patrick Henry. Parmi les affaires qui l’ont marquées, il retient le procès du curé d’Uruffe, un drame qui a secoué l’opinion publique des années cinquante. Une jeune femme enceinte éventrée par ce curé qui sera finalement condamné à la réclusion à perpétuité alors que la foule du palais de justice de Nancy réclamait la peine de mort.

Le monde judiciaire retiendra de Frédéric Pottecher ce désir de justice et de vérité qu’il défendra tout au long de sa vie avec fougue. Un monde judiciaire pour qui il avait un profond respect. Interrogé il y a deux ans par le Républicain Lorrain, il affirmait : "Les magistrats dont j’ai le plus grand respect sont une nécessité pour les démocraties. Il faut leur donner les pouvoirs qu’ils réclament car ce sont des "gens biens". Des hommes et des femmes vraiment utiles à la société comme l’étaient les grands procès et la "mise en scène" qui les accompagnait naguère". Des propos que peuvent relayer tous ceux qui aujourd’hui constatent la crise de l’institution judiciaire et son cruel manque de moyens.

Renaud PILA (source : tf1.fr)

Florilège

PROCES DE RIOM : Ce procès intenté au gouvernement du Front populaire et aux généraux après la défaite de juin 1940, "offre l’exemple le plus convaincant de l’injustice des procès politiques, de celui de Jeanne d’Arc à celui de Pétain, en passant par ceux de Charlotte Corday, Louis XVI, du maréchal Ney, de Bazaine et de bien d’autres. Le langage du débat politico-judiciaire est marqué des violences afférentes à la loi des vainqueurs".

MARIE BESNARD : Habitante de Loudun (Vienne), accusée puis acquittée d’avoir empoisonné sa famille à l’arsenic dans les années 1950. "Dans cette affaire, on a fait exactement tout ce qu’il ne fallait pas faire (...) Au début, nous étions convaincus de la culpabilité de Marie Besnard. En fait, la presse ne reflétait que les potins de Loudun (...) Non, Marie Besnard était innocente. Vous savez quand on commence à chercher dans la vie de quelqu’un, on trouve toujours quelque chose de suspect. La rumeur peut fabriquer un coupable (...) Dans l’affaire Marie Besnard, la rumeur a tellement bien fonctionné que beaucoup, aujourd’hui encore, la croient coupable".

GASTON DOMINICI : Accusé en 1954 du meurtre d’un ingénieur britannique, Jack Drumond, de sa femme et de sa fille, qui dormaient sur le bas-côté de la RN7 à Lurs (Alpes-de-Haute-Provence), en août 1952, à proximité de la ferme de la Grand-Terre, des Dominici : "Je n’ai jamais vu une autre affaire de cette importance, aussi grave et aussi étrange. Il n’y a pas de mobile. Coupable ? je n’en sais rien. Ce qui est certain, c’est que le vieux est un type d’une intelligence extraordinaire, presque illettré, mais une finesse de jugement, une vivacité, une vélocité de l’esprit..."

CHRISTIAN RANUCCI : Exécuté en 1976 pour le meurtre en 1974 d’une fillette Maria-Dolores Rambla à Marseille : "Ce garçon-là, je ne suis pas sûr qu’il soit coupable. Je ne suis pas sûr non plus qu’il soit innocent. Mais de toute façon, je trouve qu’il est criminel de l’avoir guillotiné. Le cas Ranucci est vraiment angoissant".

JUSTICE : "La justice, ce n’est pas de la science, c’est un art. L’art de rechercher la vérité" (...) "Les gens veulent que la justice soit carrée. Ce n’est pas vrai, c’est un art".

PEINE DE MORT : "Je crois qu’il faut avoir vu une guillotine pour pouvoir parler de la peine de mort (...) Il faut avoir vu une tête tomber pour comprendre qu’il s’agit d’un acte épouvantable et répugnant".



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