Joseph FRECHARD

[ La Petite-Raon (88), 30/12/1765 – Vézelise (54), 23/07/1849 ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1850 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1850 / Charles Charton

FRÉCHARD Dom Joseph.- Le vénérable dom Fréchard, dernier religieux bénédictin de la maison de Senones, fondateur de l’institut des frères de la doctrine chrétienne du diocèse de Nancy, vient de mourir à Vézelise. Chargé d’ans et de bonnes oeuvres, il s’est éteint le 24 juillet 1849 dans les douceurs du sommeil des justes ; pouvait-il, après les 84 années qu’il a traversées en faisant le bien, ne pas s’endormir avec la sécurité du lendemain ?

Joseph Fréchard est né à la Petite-Raon, dans les Vosges, en 1765, de l’une de ces familles patriarcales dont il sut toujours conserver l’inébranlable foi et la naïve simplicité. A l’âge de 24 ans, se sentant appelé à l’état religieux, il entra chez les PP. Bénédictins de Senones, où son père s’honorait d’avoir assisté le dernier à l’autel l’illustre dom Calmet. Il y avait deux ans qu’il goûtait dans cette solitude le calme qui fait la solution du grand problème de la vocation religieuse, lorsque 93 éclata. La lave révolutionnaire se répandant sur toute la France, enveloppa bientôt dans une générale proscription tous les ordres religieux. Force fut au jeune Fréchard de quitter sa chère retraite, où il rêvait un avenir si plein d’amour de Dieu, et si plein de dévouement pour les hommes ; il lui fallut aussi se dépouiller de la robe monacale qu’il ne devait plus reprendre que pour descendre dans la tombe.

La Suisse fut sa terre d’exil ; il y apprit dans l’adversité à conserver toujours cette inaltérable sérénité avec laquelle il savait bénir ceux qui le maudissaient, aimer ceux qui le haïssaient et abriter de son silence ceux qui le persécutaient. Profitant d’un moment de halte que le Directoire venait de donner à la proscription, dom Fréchard revint en France se dévouer dans sa patrie, au service des pauvres, en enseignant les vérités de l’Évangile. Mais la fièvre révolutionnaire venait d’entrer dans une nouvelle période ; traqué de nouveau, le jeune Fréchard dut à la protection du ciel d’échapper mille fois à l’échafaud ; cependant pris et enchaîné, il fut écroué dans les prisons de Saint-Dié, où il ne continua pas moins de répandre l’instruction parmi les prisonniers. Mis en liberté, son zèle prit plus d’expansion ; c’est ainsi qu’au milieu des fonctions diverses qu’il remplit comme vicaire ou comme curé à Raon-l’Étape, à Raon-Rupt, à Colroy-la-Roche, ou il exerça 14 ans son ministère, il réunissait quelques pauvres filles, auxquelles il sut inspirer assez de piété pour en faire de saintes religieuses, et assez de science pour en faire ces maîtresses si habiles et si dévouées de la maison de Portieux : voilà ce qu’il fit pour son diocèse.

Il devait quelque chose au diocèse de Nancy, il vint le lui apporter avec le reste de ses jours. Ce fut en 1822 qu’il vint se fixer à Vézelise ; il put y acheter une vaste maison et la payer au prix de ses sueurs, de ses épargnes et aidé de la généreuse sympathie de ses confrères. A peine eut-il un asile qu’il songea à le partager ; il y appela la jeunesse studieuse et dévouée, et put ainsi fonder l’Institut des frères de la Doctrine chrétienne du diocèse de Nancy, oeuvre si éminemment catholique et sociale, qui, par sa haute direction et les plus nombreuses et honorables sympathies, pourra bientôt payer à notre époque son tribut de dévouement et de bienfaisance. Mais Dieu qui voulait prêter vie à cette oeuvre dut la marquer du cachet de l’épreuve ; dom Fréchard perdit sa chère congrégation et ses bons frères, qu’il appelait ses enfants, parce qu’il les aimait comme un père. Séparé de son petit troupeau, il sentait toujours néanmoins son coeur battre près de lui et pour lui ; dans sa peine il ne cherchait d’autre asile que son humilité, d’autre confident que Dieu, d’autre écho que la solitude de sa modeste chapelle, et d’autre consolation que dans les plus abondantes charités. Je mourrais en paix, disait-il, si je retrouvais ma petite famille. Le Seigneur a exaucé la prière de cet homme juste, l’orage s’est apaisé, ses enfants sont rentrés à la maison paternelle ; ils sont venus rivaliser de zèle et d’affection durant sa longne maladie et recueillir de sa bouche, comme un gage précieux de son amour pour eux, la promesse qu’il allait être leur protecteur dans le ciel !

[Notice signée : P.].

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

FRÉCHARD (Joseph dom), né à la Petite-Raon en 1765, mort à Vézelise le 24 juillet 1849, était le dernier religieux bénédictin de la maison de Senones, et fondateur de l’institut des frères de la doctrine chrétienne de Nancy.

Son père s’honorait d’avoir le dernier assisté Dom Calmet à l’autel.

Dom Fréchard eut beaucoup à souffrir en 93. Il échappa plusieurs fois à l’échafaud. Au milieu des fonctions divines qu’il remplit comme vicaire et comme curé à Raon-l’Etape, à Raon-Rupt et à Colroy-la-Roche, où il exerça quatorze ans son ministère, il fit l’éducation première, du cœur et de l’esprit à plusieurs jeunes filles qui devinrent des maîtresses habiles et dévouées de la maison de Portieux.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

FRÉCHARD (Joseph).- Dom Fréchard fut le dernier bénédictin survivant de l’abbaye de Senones et fonda l’institut des frères de la Doctrine chrétienne, à Nancy.

Né à La Petite-Raon en 1765, il dut se cacher pendant la Terreur, vécut en Suisse, devint vicaire à Raon-Rupt, puis curé à Raon-l’Étape, à Colroy-la-Roche, et mourut à Vézelise, le 24 juillet 1849.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

FRÉCHARD (Joseph), prêtre, fondateur de l’Institut des Frères de la Doctrine Chrétienne de Nancy

La Petite-Raon, 30 décembre 1765 - Vézelise (Meurthe-et-Moselle), 23 juillet 1849


Après de rapides études dans les abbayes de Moyenmoutier et Senones, il fit profession en 1787. A la Révolution en 1790, il émigra et fut ordonné en 1792. Il revint dans les Vosges et s’établit à Ranrupt, où il développa une intense activité missionnaire. Menacé, il dut se réfugier à Nancy. Après bien des tribulations, il finit par être arrêté et interné quelque temps à Saint-Dié (1799).

Quand dom Lombard, dernier abbé de Senones, tenta de reconstituer une communauté bénédictine à Saint-Jean-du-Mont, dom Fréchard le rejoignit. Mais lorsque la petite congrégation fut dissoute, il devint curé de Colroy-la-Roche et Saint-Blaise-la-Roche en 1808. Préoccupé par l’instruction des enfants, il s’efforça de former chez lui de jeunes instituteurs. C’est l’origine des Frères de la Doctrine Chrétienne. Le presbytère de Colroy devenant trop exigu, dom Fréchard acheta en 1821 le couvent désaffecté des Capucins de Vézelise. Le 17 juillet 1822, une ordonnance royale approuva la nouvelle congrégation.

Lorsque éclata la révolution de 1830, dom Fréchard craignit pour sa fondation une persécution semblable à ce qu’il avait connu dans ses premières années de prêtrise et il ferma son établissement. Quand les événements furent redevenus plus propices, il refusa de reprendre la tête de sa congrégation et la direction passa aux frères Baillard qui en transférèrent le siège de Vézelise à Sion-Vaudémont. Mais leur gestion désastreuse les fit révoquer par l’évêque.

La congrégation s’installa de nouveau à Vézelise en 1847, moins de deux ans avant le décès de son fondateur qui n’avait pas quitté les lieux.

Ce qui frappa beaucoup les contemporains de dom Fréchard, ce fut sa raideur, son intransigeance. Il ne tolérait aucune compromission et adopta envers ses confrères jureurs une attitude qui créa des difficultés personnelles à plusieurs d’entre eux après leur réconciliation avec Rome. Il mena sa paroisse avec une autorité qui frôlait l’autoritarisme.

Mais cet aspect de sa personnalité ne doit pas faire oublier qu’il mena une vie de sacrifice au service des autres, d’abord en s’exposant au danger pour exercer auprès des fidèles un ministère interdit, puis en se consacrant tout entier à une oeuvre qui devait assurer à de nombreux jeunes une instruction solide liée à une éducation chrétienne.


Bibl. : Godefroy/Cherest.- Bibliothèque des bénédictins de Saint Vanne, p. 88.
Godefroy (J.-E.).- Les Bénédictins de Saint Vanne et la Révolution, Paris, 1918.
Reeber (E.).- Dom Fréchard, in Saisons d’Alsace, N° 63, 1977.
Martori (P.).- Dom Fréchard, in Semaine religieuse de Lorraine, 1890, p. 778.


[Gérard et Marie-Thérèse Fischer].

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