Dieudonné DUBOIS

[ Saint-Dié (88), 20/11/1759 – Saint-Dié (88), 14/05/1804 ]

avocat, préfet

Biographie vosgienne

1839 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1839 / Charles Charton

DUBOIS Dieudonné.- Préfet de la Gironde. Dès la création des préfectures, l’administration de deux de nos départements les plus importants, placés par leur climat, leurs moeurs, leur industrie, dans des positions toutes différentes, le Nord et la Gironde, fut confiée à deux préfets que l’arrondissement de Saint-Dié a vu naître, MM. Dieudonné et Dubois. Nous avons publié, dans notre annuaire de 1838, la notice de M. Dieudonné : il nous reste à parler de son compatriote et de son collègue.

M. Dubois (Dieudonné) naquit à Saint-Dié en 1759 ; sa famille était assez obscure ; son père était marchand tanneur, mais, loin de vouloir imposer sa profession à son fils, il lui fit faire au contraire des études qui le portèrent vers la carrière du barreau. A l’époque de la révolution de 1789, il comptait au nombre des avocats les plus distingués de sa ville natale.

En 1790, M. Dubois devint maire de Saint-Dié. Il se fit remarquer dans cette magistrature municipale, dont la difficulté des temps éloignait souvent les hommes les plus capables, par son esprit de justice, par son zèle et sa fermeté. Ces premiers pas dans l’administration le conduirent bientôt à un poste plus élevé. Le 30 janvier 1791, il fut nommé administrateur du département des Vosges, et le 11 novembre 1791, procureur général syndic. En cette dernière qualité, il fut maintes fois obligé de prendre la parole, soit dans les réunions publiques, soit dans les solennités nationales, si fréquentes à cette époque, et ses discours furent toujours l’expression fidèle des sentiments patriotiques, mais exempts d’exagération, qui l’inspiraient. L’administration départementale était alors eu quelque sorte pourvue du privilège de fournir des députés aux assemblées législatives. La plupart de ses membres y furent successivement appelés. M. Dubois, que recommandaient déjà son expérience et ses services, ne tarda pas à partager la faveur dont jouissaient ses collègues, et fut élu, le 21 germinal an IV, membre du conseil des cinq cents.

Il s’appliqua, comme il l’avait fait jusqu’alors, à remplir ses nouveaux devoirs avec conscience, dans l’intérêt de son pays et non point dans celui des partis qui divisaient la France. Ses travaux furent appréciés de ses collègues : plusieurs fois, ils le désignèrent pour développer les motifs des nouvelles lois proposées à l’assemblée, et c’est sur son rapport qu’en l’an VI elle ordonna la création des barrières sur les routes, avec la perception d’un droit dont le produit était affecté à l’entretien et à la réparation de ces communications. Cette mesure fut accueillie avec défaveur par la population qui, habituée encore aux allures de la liberté, s’effarouchait du moindre obstacle apporté à la circulation des citoyens, et trouvait mauvais que l’on mît la restauration des routes à la charge de ceux qui les dégradaient. On s’indigna contre l’assemblée et surtout contre son rapporteur, qui fut vivement blâmé par ses compatriotes. Cette loi malencontreuse, et pourtant juste en elle-même, n’eut pas du reste une longue existence, et disparut devant le budget de l’État qui, tous les ans, réserve à l’entretien des routes et des chemins une part des contributions publiques.

M. Dubois n’en conserva pas moins l’estime de ses collègues. Le 29 floréal an VII, ils le nommèrent commissaire de la trésorerie nationale, fonctions qu’il exerçait encore lors du coup d’état du 18 brumaire an VIII ; auquel il demeura étranger.

M. Dubois entra au conseil d’état le 4 nivôse an VIII et fut attaché à la section des finances, où l’appelaient naturellement les fonctions qu’il avait remplies eu qualité de commissaire de la trésorerie. Le lendemain, le sénat le nomma membre du tribunat, mais il n’accepta point cette nouvelle charge. Enfin, le cinquième jour complémentaire an VIII, le premier consul, qui appréciait le mérite de M. Dubois, l’investit des fonctions de préfet de la Gironde.

M. Dubois se rendit sans retard à son poste, où sa présence était nécessaire, et dès les premiers jours de son administration, il s’acquit cette réputation de magistrat droit et intègre que le temps ne fit que fortifier. On le vit travailler sans relâche à la réforme des abus, à l’introduction des améliorations les plus remarquables, au développement et à l’affermissement de la prospérité de son département. Entre autres mesures qui le recommandèrent à la reconnaissance de celle contrée et qui signalèrent son amour du bien public, on doit citer l’abolition des jeux, dont la ferme rapportait un revenu de 40 000 francs. Le Préfet pouvait s’approprier ce revenu, la loi l’y autorisait, mais il aima mieux y renoncer que de maintenir une institution réprouvée par la morale publique.

Mais les habitants de la Gironde ne conservèrent pas longtemps leur nouvel administrateur. M. Dubois, dont la santé chancelante s’épuisait tous les jours par les fatigues et les veilles, se vit obligé de renoncer à ses fonctions après 3 ans d’exercice, et revint dans les premiers jours de floréal an XI reprendre sa place au conseil d’État. Il emporta, en partant de Bordeaux, les regrets universels de ses administrés.

M. Dubois emmena avec lui à Paris un jeune homme, originaire de la Gironde, annonçant les plus heureuses dispositions et dont il se plut à guider les premiers pas dans la carrière administrative, où il était destiné à jouer un si grand rôle. Tout le monde sait qu’en effet M. le duc, Decazes, ce jeune homme à qui M. Dubois portait un si vif intérêt, a occupé les plus hauts emplois et qu’il est encore revêtu aujourd’hui des fonctions de grand référendaire de la chambre des Pairs.

Bien que les occupations de M. Dubois à Paris lui laissassent plus de repos qu’à Bordeaux, sa santé fut loin de se rétablir : elle déclinait au contraire chaque jour davantage ; sa constitution était mince par une maladie chronique qui avait fait de funestes progrès. Il ne rêvait plus que son pays natal ; il espérait que l’air pur des montagnes des Vosges opérerait pour lui un prodige, et que bientôt ses forces ranimées lui permettraient de reprendre avec une nouvelle ardeur le cours de ses travaux. Vain espoir ! M. Dubois se mit en route pour Saint-Dié, et fatigué par un long trajet, il expira pour ainsi dire en posant le pied sur la terre qui l’avait vu naître, le 24 floréal an XII, âgé à peine de 44 ans.

Ses restes furent déposés dans le cimetière du faubourg Saint-Martin de Saint-Dié. Une tombe modeste les reçut ; aucun monument ne fut érigé à sa mémoire, et en parcourant ce cimetière aujourd’hui abandonné, on chercherait vainement, à travers l’herbe et la mousse, la pierre tumulaire qui couvre les cendres d’un législateur, d’un conseiller d’État et du second préfet de la Gironde.

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

DUBOIS Dieudonné.- Né à Saint-Dié en 1759, se voua au barreau et exerçait la profession d’avocat à Saint-Dié, lorsque la révolution éclata. Il en embrassa les principes avec chaleur, fut nommé maire de Saint-Dié en 1790, administrateur du département des Vosges en 1791, et procureur général syndic en 1792. Ces dernières fonctions lui ayant donné occasion de faire remarquer son intelligence des affaires et son patriotisme, le département l’envoya au conseil des cinq-cents.

Il s’y occupa principalement d’objets de finance, proposa et fit décréter une nouvelle organisation de l’administration des contributions directes, obtint que l’État se chargerait de la défense des intérêts des défenseurs de la patrie, fit dégrever plusieurs départements d’une partie de leurs contributions, combattit la proposition de soumettre les salines à l’impôt, etc. Ses collègues lui donnèrent une haute preuve de confiance en le choisissant pour secrétaire et en l’élevant, peu de temps après, à la présidence du conseil.

Membre du conseil d’État après le 18 brumaire, il fut bientôt apprécié par le premier consul, qui lui confia l’administration de l’un des départements les plus importants, celui de la Gironde. Sa mauvaise santé l’arrêta malheureusement dans sa nouvelle carrière. Après trois années de travaux qui lui ont mérité l’approbation unanime de ses administrés, il se démit de fonctions auxquelles il ne pouvait plus consacrer tout son temps, et rentra au conseil d’État. Sa maladie prenant de jour en jour plus de gravité, il témoigna le désir de revoir les montagnes des Vosges, mais son heure était venue ; il mourut en mettant le pied sur le sol natal, le 24 floréal an XII.

Pendant qu’il exerçait les fonctions de préfet à Bordeaux, Dubois s’attacha un jeune homme chez qui il se plaisait à reconnaître la plus haute intelligence des affaires ; il le conduisit à Paris et guida ses premiers pas dans l’administration. Ce jeune homme était M. Decazes, aujourd’hui duc et grand référendaire à la chambre des pairs.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

DUBOIS (Dieudonné), naquit à Saint-Dié en 1759 ; son père était marchand tanneur ; loin de lui imposer son état, il lui fit donner une instruction solide qui le dirigea vers le barreau. Devenu avocat, maire de Saint-Dié, puis ensuite administrateur du département des Vosges, procureur général syndic, il fut nommé membre du conseil des Cinq-Cents où il se distingua comme rapporteur. C’est Dubois qui créa les barrières sur les routes pour la perception des droits. Mais cette loi fut mal accueillie et ne fut pas de longue durée. Il fut ensuite commissaire de la trésorerie nationale, entra au conseil d’état, et refusa de faire partie du tribunat.

Le premier consul appréciant le mérite de Dubois le nomma préfet de la Gironde. Son premier soin fut d’abolir les jeux qui rapportaient quarante mille francs au préfet lui-même. Cet acte le rendit très populaire. Sa santé ne lui permit pas de prolonger son séjour à Bordeaux ; il reprit sa place au conseil d’état. C’est Dubois qui guida les premiers pas du duc Decazes.

Il se décida à revoir les Vosges, et à peine avait-il touché la terre natale qu’il mourut âgé de 44 ans, le 24 floréal an XII.

En parcourant le cimetière du faubourg Saint-Martin, à Saint-Dié, on chercherait vainement à travers l’herbe et sous la mousse l’humble pierre qui recouvre les cendres d’un législateur, d’un conseiller d’État, du second préfet de la Gironde, de l’ancien maire de la ville, d’un enfant de Saint-Dié.

Et combien de grandes âmes sont ainsi oubliées.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

DUBOIS Dieudonné.- Avocat, né en 1759. Il embrassa la cause de la Révolution avec chaleur ; fut nommé maire de Saint-Dié, en 1790 ; administrateur du département des Vosges, en 1791, et procureur général syndic, en 1792, puis envoyé au conseil des Cinq-Cents, dont il fut un des présidents.

Il entra au Conseil d’État en l’an VIII, et devint préfet de la Gironde sous l’Empire. C’est lui qui conduisit à Paris un jeune homme de grande intelligence, dont il avait dirigé les premiers pas dans l’administration, M. Decazes, depuis duc et pair de France.

Dubois était d’une frêle santé, qui le força au repos et interrompit sa carrière ; il voulut revoir les montagnes des Vosges ; mais à peine eut-il pu les contempler une dernière fois, qu’il mourut, en l’an XII, à l’âge de quarante-quatre ans.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

DUBOIS (Dieudonné).- Né à Saint-Dié le 20 novembre 1759, Dubois, homme de loi et avocat dans sa ville natale, y fut élu procureur de la commune le 8 février 1790.

Maire de Saint-Dié le 24 juin suivant, puis juge de paix de la ville en octobre 1790, il fut élu le 7 septembre 1791 administrateur du département, réélu en 1792 et nommé procureur général syndic en décembre 1793. Élu député des Vosges au Conseil des Cinq-Cents le 4 octobre 1795, par 191 voix, il se fit remarquer par sa compétence en matière financière. Aussi, en 1797, à sa sortie du Conseil, fut-il nommé commis de la Trésorerie.

Bonaparte fit de lui un conseiller d’État (section des finances), et un membre du Tribunat, le 24 décembre 1799. En 1801, il le nomma préfet de la Gironde ; mais sa santé très atteinte le contraignit à revenir dans les Vosges.

Dieudonné Dubois mourut à Saint-Dié le 13 mai 1804.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

DUBOIS (Dieudonné) dit DUBOIS des VOSGES, avocat, homme politique, préfet, conseiller d’État

Saint-Dié, 20 novembre 1759 - Saint-Dié, 14 mai 1804

Dieudonné Dubois. Dieudonné est le cinquième enfant de Claude Dubois, marchand tanneur rue Royale à Saint-Dié et de Jeanne Marguerite Vinet. Licencié en droit, il vient s’établir à Saint-Dié. Remarqué pour ses capacités, il devient juge au buffet du chapitre. Avec Joseph Mengin, il est envoyé en mission auprès de l’Assemblée Nationale pour soutenir les droits de la ville dans la formation des départements. Élu maire de la ville le 24 juin 1790, il est choisi le 24 octobre comme juge de paix du canton, puis est élu administrateur du département le 7 septembre 1791, et membre du directoire le 14 décembre suivant. Non réélu le 11 novembre 1792, il retrouve l’emploi de procureur général syndic du département le 28 novembre 1793. Élu député au conseil des Cinq Cents le 13 octobre 1795, il s’occupe surtout de l’organisation des finances. Plusieurs de ses propositions sont adoptées par le conseil. C’est à lui que l’on doit la règle ainsi énoncée en l’an V : Jamais le pouvoir judiciaire ne peut, sans forfaiture, s’immiscer dans les affaires administratives.

Le 7 ventôse, il est élu par le conseil commissaire à la Trésorerie Nationale. Ayant coopéré au succès du coup d’état du 18 brumaire, il en est récompensé par Bonaparte qui le fait entrer à la section des finances du Conseil d’État le 24 décembre 1799, et le nomme en même temps membre du Tribunat. Nommé préfet de la Gironde en octobre 1800, il crée à Bordeaux une école de théorie commerciale. L’année suivante, il est envoyé comme préfet du Nord. De retour au Conseil d’État pour raisons de santé, il y présente avec un collègue le titre XVII du livre III du code civil : Du Mandat. Revenu dans les Vosges pour se soigner, il y meurt presque aussitôt le 24 floréal an XIII. De son mariage avec Anne Marie Rosalie Ferry, il n’eut pas d’enfant. Il était membre de la Légion d’honneur depuis le 2 octobre 1803.


Bibl. : Robert.- Dictionnaire des parlementaires, t. II, p. 419.
Bardy (H.).- Les deux premiers maires de Saint-Dié, in Bulletin de la Société philomatique vosgienne, t. XXVI, 1898-1899, p. 164-192.


[Albert Ronsin].

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