Jean Florentin DESHAYES

[ Bains-les-Bains (88), 16/10/1775 – Bains-les-Bains (88), 20/06/1852 ]

sous-officier

Biographie vosgienne

1853 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1853 / Charles Charton

DESHAYES Jean Florentin.- Sous-officier. Chevalier de la Légion d’Honneur, ancien sergent-major de grenadiers à pied au premier régiment de la garde impériale, décédé à Bains le 20 juin 1852, à l’âge de 79 ans.

Le 5 août 1792, à l’âge de 17 ans, il entra comme volontaire au 70e régiment d’infanterie et fut envoyé à l’armée du Rhin. En 93, il fut nommé caporal, et en l’an III, sergent à l’armée de l’Ouest. Il fut embarqué en l’an V sur la côte d’Afrique, en l’an VII il revint à l’armée de l’Ouest, et en l’an VIII il partit pour cette brave armée d’Italie, dont les hauts faits forment une des belles pages de notre histoire.

Deshayes ne tarda pas à prendre rang parmi les plus intrépides, Lannes venait de gagner la bataille de Montebello, on était à la veille de Marengo. Dans la nuit du 10 au 11 juin, Deshayes reçoit l’ordre d’aller, avec 15 hommes de sa compagnie, occuper un pont qu’il doit défendre jusqu’à la mort. La mission était périlleuse, mais elle était de celles qu’on recherchait le plus à cette grande époque. Arrivé à la tète du pont, il y forme une solide barricade au moyen de voitures et de poutres, et derrière ce rempart improvisé, il attend l’ennemi. La nuit se passa bien ; mais le matin, vers huit heures, on vit approcher une colonne de cavalerie autrichienne forte de 4 000 hommes.

Elle veut franchir le pont, mais la barricade lui ferme le passage et les cavaliers mettent pied à terre pour l’enlever. Deshayes avait recommandé à ses hommes de ne tirer qu’à bout portant, et les premiers soldats ennemis qui se présentent tombent sous les balles françaises. D’autres reviennent à la charge et subissent le même sort. L’ennemi vit alors que l’affaire était sérieuse et qu’il fallait combattre ; mais tous ses efforts furent inutiles, nos soldats tinrent bon. Cette défense héroïque dura cinq heures, jusqu’à l’arrivée de la colonne française qui repoussa les autrichiens. Deshayes n’avait perdu qu’un seul homme. Le nom de tous ces braves fut mis à l’ordre du jour, et l’Empereur leur distribua huit fusils d’honneur.

Deux jours après, à Marengo, Deshayes se distinguait encore. Déjà blessé à la jambe droite, il n’en est pas moins au premier rang, attendant de pied ferme une charge de cavalerie. Au moment où il fait feu sur un officier qu’il désarçonne, un cavalier autrichien lui fend le crâne d’un coup de sabre. Laissé pour mort sur le champ de bataille, il perdit le fusil d’honneur qu’il avait si glorieusement gagné deux jours auparavant.
br> Le 14 nivôse an IX, il quitta ses galons de sergent pour passer dans la garde. Il s’y conduisit bravement et s’y éleva jusqu’au grade de sergent-major. Mais la guerre l’avait usé, ses blessures et ses infirmités ne lui permettaient plus de servir la France, et vers la fin de 1809 il sollicita et obtint sa pension de retraite. Il revint à Bains, et sa vie de citoyen fut aussi honnête que sa vie de soldat avait été glorieuse. Lors du mariage de l’Empereur, il fut désigné comme le plus digne et doté par le canton de Bains. Parfois, au sein de sa vie vertueuse et calme, il exprimait un regret : il aurait voulu mourir sur le champ de bataille. Mais qu’il se console, s’il n’a pas eu la mort du soldat, il a eu celle de l’homme de bien, et les larmes de ceux qui l’ont connu en sont le témoignage éclatant.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

DESHAYES (Jean-Florentin), chevalier de la Légion d’honneur, ancien sergent-major de grenadiers à pied au premier régiment de la garde impériale, décédé à Bains la 20 juin 1852, à l’âge de 79 ans.

Il s’engagea le 5 août 1792, dans le 70e régiment de ligne et fut envoyé à l’armée du Rhin. Parmi ses nombreuses actions d’éclat, nous rappellerons celle de la nuit du 10 au 11 juin, la veille de Marengo. Deshayes avec 15 hommes barricade l’entrée d’un pont, repousse 4000 Autrichiens et ne perd qu’un seul homme. Cette défense héroïque dure 5 heures. Le nom de ces braves fut mis à l’ordre du jour, et l’Empereur leur délivra à chacun un fusil d’honneur.

Deshayes se retira du service avec le grade de sergent-major, par suite de ses graves blessures. Il se fixa à Bains où il est mort en exprimant le regret de n’être pas mort comme ses camarades sur le champ de bataille.

Lors du mariage de l’Empereur, il fut désigné comme le plus digne et doté par le canton de Bains.

Nouvelle recherche