1859 —
Annuaire administratif et statistique des Vosges 1859 / Charles Charton, p. 211-213
COLIN Joseph Charles Antoine.- Bâtonnier de l’ordre des avocats d’Épinal, décoré de la médaille militaire de Sainte-Hélène, il est décédé le 1er mars [1858], à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.
M. Colin était certainement un des doyens du barreau français. Il exerçait sa profession depuis cinquante-trois ans.
Au premier appel de la patrie en danger, le jeune Colin s’engagea volontairement, à l’âge de dix-sept ans, dans le 2e bataillon des Vosges, et obtint rapidement le grade de lieutenant. Il fit plusieurs années, en cette qualité, la guerre dangereuse des Chouans en Bretagne, et fit partie, sous les ordres du capitaine de vaisseau Romain-Desfossés, père de l’ancien ministre de la marine, de ce nom, d’une expédition sur les côtes de l’Océan, destinée par le Directoire à protéger les frontières maritimes de la France, pendant que nos escadres soutenaient dignement, en Égypte, la réputation de la valeur française.
Après avoir fait naufrage sur les récifs de l’île de Sein, si redoutés des navigateurs ; après avoir échappé plusieurs fois à la mort, M. Colin revint à Épinal en l’an VIlI de la République (en 1800) ; il s’y livra à l’étude du droit (il y avait alors à Épinal une chaire de droit) ; le 28 thermidor an XIII, il obtint le grade de licencié, et en 1810, il succédait comme avoué à M. Martin, qui mourut vice-président du tribunal civil d’Épinal.
En 1828, il céda sa charge à son neveu, Me Pensée, et se consacra tout entier aux plaidoiries. Dans la profession d’avocat, M, Colin, qui s’était fait lui-même par son travail, fut toujours, ainsi que Me Maud’heux père l’a dit sur sa tombe en quelques paroles profondément senties, un guide pour ses jeunes confrères, un ami pour tous et un modèle du plus grand désintéressement.
S’il a été, en effet, un homme qui s’occupât peu de ses intérêts, ce fut M. Colin, dont le coeur généreux allait toujours au devant de toutes les infortunes et qui donnait toujours avec magnificence.
Sous la robe de l’avocat battait le coeur du patriote ardent de 1790. M. Colin avait conservé de sa jeunesse des idées d’indépendance, il avait pour le pouvoir d’alors des sentiments d’hostilité bien connus et, sous la Restauration, il fut impliqué dans la conspiration du lieutenant-colonel Caron, qui paya de sa vie l’idée qu’il avait eue de faire remonter sur le trône la dynastie des Napoléon.
C’est à Épinal, on le sait, que cette conspiration prit naissance parmi les sous-officiers d’un régiment de dragons qui s’y trouvait en garnison en 1821, c’est aussi à Épinal que la conspiration échoua. Le colonel Caron aurait, a-t-on dit, fait offrir d’être du nombre des conjurés à un chef d’escadrons, qui aurait informé l’autorité.
M. Colin, mandé à Paris comme témoin, fut gardé à vue par la gendarmerie pendant toute la durée de son séjour, et peu s’en fallut que de témoin il devint accusé.
Après la révolution de 1830, M. Colin, qui avait sur la population d’Épinal une influence justement méritée, fut immédiatement nommé membre du conseil municipal ; il devient successivement adjoint et maire de cette ville.
M. Colin est mort ayant conservé toute sa présence d’esprit. Ses derniers instants ont été adoucis par les secours de la religion, et c’est dans les sentiments d’une foi sincère qu’il a rendu son âme à Dieu.
1889 —
Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier
COLIN (Joseph Charles Antoine).- Né à Épinal en 1774, il fut avocat au barreau de cette ville et se fit remarquer par son hostilité au gouvernement de la Restauration.
Il fut impliqué, en 1822, dans la conspiration du lieutenant-colonel Caron, qui fut exécuté à Colmar.
Il ne faut pas le confondre avec Jean-Nicolas Colin, qui fut secrétaire-général de la préfecture des Vosges du 31 août 1830 à 1865, après avoir été adjoint au maire d’Épinal.