1837 —
Annuaire administratif et statistique des Vosges 1837 / Charles Charton
CAHOUET DE, préfet.- M. de Cahouet, préfet du département d'Ille-et-Vilaine, est mort en juin 1836 à Passy, près Paris, après une longue et douloureuse maladie, âgé seulement de 53 ans.
Il avait débuté par la carrière des armes ; officier d'artillerie en sortant de l'école polytechnique, il fit les glorieuses campagnes de 1805, 1806 et 1807, et se distingua particulièrement au siège de Dantzig, puis à Friedland, où il reçut sur le champ de bataille, de l'empereur lui-même, la décoration de la légion d'honneur. Après la paix de Tilsitt, des infirmités prématurées, suite des fatigues de la guerre, l'obligèrent à quitter le service militaire. Mais bientôt après, il fut nommé auditeur au conseil d'état et ensuite préfet ; c'était en 1809 : il n'avait que 26 ans et se trouva le plus jeune préfet de l'empire, faveur éclatante qu'il sut mériter en prouvant qu'il réunissait au plus haut degré les talents administratifs à la bravoure militaire.
Son attachement pour l'empereur et la franchise de ses opinions le firent destituer lors de la restauration de 1814 ; appelé dans les Cent-jours à la préfecture des Vosges, où il sut faire apprécier ses brillantes qualités, il fut destitué de nouveau à la seconde rentrée des Bourbons.
Le gouvernement né de notre glorieuse révolution ne pouvait négliger son patriotisme et son expérience, et lui devait une réparation. M. de Cahouet, puissamment recommandé par tout ce que son pays renfermait d'hommes honorables, fut réintégré dans ses anciennes fonctions, et nommé successivement préfet dans le Pas-de-Calais, dans la Mayenne et dans le département d'Ille-et-Vilaine.
Dans ces trois départements, dans le dernier surtout où la tâche était plus difficile, il s'appliqua spécialement à calmer les passions, à rétablir l'ordre et la sécurité, et il y réussit avec un rare bonheur, par son impartialité, sa prudence et son énergie.
Des routes nouvelles, des créations et des améliorations de toute espèce signalèrent partout son administration ; tout récemment encore, il venait, à force de persévérance, d'aplanir tous les obstacles qui s'étaient opposés à l'établissement du bassin de Saint-Malo ; il se réjouissait de voir commencer enfin des travaux que la population attend avec une si vive impatience et qui promettent de si utiles résultats...
La mort est venue terminer prématurément sa carrière : quoiqu'il fut doué d'une constitution robuste, son zèle, qui l'entraînait trop souvent au-delà de ses forces, développa en lui le germe d'une cruelle maladie : des ménagements observés à temps auraient pu le sauver, sa répugnance à quitter ses occupations le perdit ; il vint a Paris pour soigner sa santé, mais trop tard, hélas ! Tout l'art des médecins a été impuissant. Il est mort, laissant à sa famille et à son fils jeune encore une réputation sans tâche, l'exemple d'une rare application au travail et d'un dévouement entier à son pays, et emportant avec lui l'estime et l'affection de tous les gens de bien.