Nicolas François BRUILLARD

[ Epinal (88) , 11/09/ 1764 – Epinal (88) , 08/03/ 1837 ]

conseiller de préfecture

Biographie vosgienne

1839 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1839 / Charles Charton

BRUILLARD Nicolas François.- Conseiller de préfecture. L'année 1837 a vu disparaître l'un de ces hommes malheureusement trop rares, dont la loyauté et le mérite ont toujours étalé la modestie et le désintéressement. M. Bruillard, issu d'une famille dans laquelle la noblesse des sentiments était héréditaire, après de fortes études au collège d'Épinal, se rendit à Nancy pour y puiser la science du droit. Par son aptitude au travail et sa vie studieuse et retirée, il devint bientôt un jurisconsulte profond.

La révolution vint alors ouvrir la carrière des emplois à tous les hommes marquants, mais M. Bruillard, qui aurait pu, comme tant d'autres, briller sur une scène plus vaste et occuper des emplois éminents, se tint à l'écart, et si plus tard on le vit gérer quelques places, on peut dire que, loin de les avoir recherchées, elles lui furent imposées par la justice et l’appréciation de ses concitoyens.

Nommé administrateur du directoire du district d'Épinal à la création de ces établissements, il a été continué dans ces fonctions jusqu'à la suppression arrivée au commencement de l'an IV.

A cette époque, l'assemblée électorale des Vosges le choisit pour administrateur du département. Il en exerça les fonctions jusqu'au 23 prairial an IV, où des affaires personnelles et momentanées l'obligèrent de s'en démettre. Il y fut rappelé par ses collègues le 27 germinal an VI, et leur choix fut confirmé lors de la première assemblée électorale qui suivit.

Cette lacune qui existe entre sa démission et sa rentrée dans l'administration, se trouve en partie couverte par sa nomination à la place de juge suppléant près les tribunaux civils et criminels du département. Il remplissait les fonctions d'administrateur au moment de la journée du 18 brumaire an VIII. Il ne les cessa que pour passer immédiatement à celles de conseiller de préfecture. Il reçut alors une preuve honorable de la confiance du gouvernement, qui le chargea de remplir les premières fonctions de Préfet, ce qu'il fit depuis le 17 germinal an VIII jusqu'au 24 floréal an VIII, où il procéda à la réception du citoyen Desgouttes, qu'une maladie avait empêché de se rendre à son poste.

C'est dans ces circonstances difficiles qu'il prouva combien ses facultés étaient puissantes. Seul, sans aide, il sut organiser à la satisfaction générale une administration nouvelle, prendre toutes les dispositions nécessitées par le nouvel ordre de choses, exécuter la levée et le départ des conscrits, et pourvoir par tous les moyens, au milieu de la pénurie des denrées de première nécessité, à la subsistance d'une nombreuse cavalerie stationnée dans le département des Vosges, lequel, grâce à ses efforts, obtint l’honneur de donner son nom à l’une des principales places de Paris, récompense promise au département qui aurait payé le premier ses contributions, et, par des fournitures, aurait le plus contribué à servir la chose publique.

M. Bruillard fut chargé de suppléer le Préfet bien d’autres fois et souvent à des époques orageuses. Nous citerons surtout l'année 1812, où les denrées furent si rares et si chères que la famine menaça les populations, et les années 1814, 1815 et 1816 où, aux malheurs de deux invasions étrangères, se joignirent les privations imposées par la disette. M. Bruillard sut diriger, d'une main ferme et habile, l'administration confiée à ses soins, calma les inquiétudes, parvint à faire convenablement approvisionner les marchés, et, par sa conduite prudente, épargna à son département une contribution de 500 000 francs, exigée par les troupes alliées.

La restauration ne méconnut point tant de services rendus, et M. Bruillard reçut la décoration de la légion d'honneur le 31 octobre 1814. Peu d'années après, il renonça à ses fonctions.

Depuis 18 ans, il menait une vie retirée, nécessitée par les fatigues éprouvées dans les travaux administratifs qu'il avait dirigés pendant 28 ans, à travers les orageuses époques de nos diverses révolutions, quand le 8 mars 1837, la mort est venue frapper cet homme de bien à l'âge de 72 ans, et en le trouvant calme et résigné.

Un nombreux convoi, composé de toutes les classes, lui rendit un solennel et touchant hommage, en l'accompagnant à sa dernière demeure.

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