1852 —
Annuaire administratif et statistique des Vosges 1852 / Charles Charton
BRICE Joseph Nicolas Noël.- Ancien général commandant le département des Vosges, né le 24 décembre 1783 à Lorquin (Meurthe), décédé en février 1851 à Nancy.
Fils d'un instituteur, il fut élevé par son père ; il n'attendit pas l'appel de la conscription, et, le 9 mars 1803, il s'engagea comme volontaire dans le 14e régiment de chasseurs à cheval. Distingué bientôt de ses chefs pour sa bonne tenue et son aptitude militaire, il fut successivement promu aux grades de brigadier (6 juillet 1803), de fourrier (15 septembre 1803), de maréchal des logis (23 novembre 1803), de maréchal des logis chef (29 juillet 1804). Il fit d'abord la campagne des côtes et, plus tard, celle d'Italie, à la suite de laquelle il fut appelé dans les chasseurs à cheval de la garde impériale.
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Passé dans ce corps d'élite, Brice se retrouva simple chasseur ; mais, en peu de temps il eut reconquis ses galons, gagné ses épaulettes, et, dès 1809, il était lieutenant en second, décoré de l'étoile de la Légion d'Honneur (14 avril 1807) ; il avait fait les campagnes de la Prusse, de 1805 et 1806, la campagne d'invasion en Espagne en 1808, et se trouvait à Wagram, où il fut blessé de deux coups de sabre. Plus tard, il fit les campagnes d'Autriche, de Russie, en qualité de lieutenant en premier et de porte-étendard. En 1814, il fut nommé adjudant major, et, quelques mois après, capitaine chef d'escadron.
Ce fut vers la fin de la campagne de 1814, qu'il fut chargé par l'Empereur d'aller en Lorraine et dans les Vosges, et d'y provoquer une levée en masse, pour agir sur les derrières de l'ennemi ; la ville de Strasbourg a, dans un drame représenté sur son théâtre, le 20 janvier 1850, et intitulé : L'Alsace en 1814, célébré une partie des exploits de Brice dans cette mémorable défense. Mais il dut céder au torrent, et mettre bas les armes à la suite de la capitulation de Paris.
A la nouvelle du retour de l'Empereur, Brice, alors en garnison à Cambrai et sous les ordres du lieutenant-général Lefebvre-Desnouettes, reçut de ce général diverses instructions, auxquelles il se conforma avec autant d'intelligence que de succès ; et Napoléon, qui ne l'avait pas oublié, peu de jours après son arrivée à Paris, le chargea d'une mission pareille à celle qu'il lui avait donnée en 1814, et lui confia, pendant la guerre, le commandement du deuxième corps de chasseurs volontaires de la Meurthe.
Le mal que ce corps fit à l'ennemi fut incalculable ; les chasseurs de Brice étaient devenus la terreur des troupes coalisées, qu'ils battirent par nombreux détachements en plusieurs circonstances.
Mais l'Empereur ayant abdiqué une seconde fois, le colonel Brice, qui était demeuré en ligne, signa, le 19 juillet seulement, avec le comte et général Orloff, une capitulation des plus honorables, et la force des choses seule amena la dissolution des corps-francs ; car l'armée ayant fait sa soumission, la résistance des corps de partisans devenait sans objet.
Protégé par la capitulation qu'il avait signée, le colonel Brice devait se croire à l'abri de toute poursuite ultérieure ; il n'en fut point ainsi.
Après une double condamnation, dont l'une à mort, le colonel Brice parvint à s'évader et à se rendre à Bruxelles, mais la police inquisitoriale des coalisés le contraignit à quitter cette retraite, et il dut se réfugier en Allemagne.
Ce ne fut qu'en 1819, quand les passions politiques furent calmées, que le colonel Brice se décida à revenir en France et à purger sa double contumace.- Par arrêt de la Cour de cassation du 23 décembre 1819, toute la procédure relative à ce brave officier fut cassée et renvoyée devant le conseil de guerre séant à Metz, qui l'acquitta à l'unanimité (22 avril 1820).
Libéré de sa double condamnation, Brice fut admis le 15 août 1820, au traitement de réforme en qualité de chef d'escadron.
Jusqu'en 1830, Brice vécut en simple citoyen ; mais lorsque éclata le mouvement national de juillet, il fut l'un des premiers officiers remis en activité, et prit le commandement du 3e de cuirassiers, en garnison à Lille. De Lille, le régiment vint à Lunéville, et, en arrivant à Nancy, le colonel Brice fut accueilli avec enthousiasme ; son entrée dans notre ville fut presque un triomphe. Après une disgrâce qui ne fut que momentanée, il fut remis en activité, et, en mai 1837, envoyé en Afrique en qualité de commandant de place à Bône.
Un peu plus tard, il fut mis en retrait d'emploi, et rentra dans la vie privée. La révolution de 1848 ne crut pouvoir mieux faire que de le rendre à l'activité et de l'utiliser. On renvoya donc à Épinal d'abord, mais avec le grade de général de brigade ; puis ensuite à Verdun, lors de la suppression de la subdivision des Vosges. Quelques mois après sa mise à la retraite, le général Brice fut enlevé à sa famille, à ses concitoyens, à la France.