1848 —
Annuaire administratif et statistique des Vosges 1848 / Charles Charton
BERTRAND Jean-Nicolas.- Chevalier de la légion d’honneur et de Saint-Louis, capitaine de la vieille garde impériale, naquit le 12 novembre 1778 au Ban-de-Sapt, commune de l’arrondissement de Saint-Dié. Sorti des rangs du peuple, il partit comme simple volontaire, enrôlé en 1793 dans un des quatorze bataillons que le département des Vosges envoyait au secours de la patrie menacée.
La bravoure du jeune militaire ne tarda pas à le faire distinguer et à lui valoir les galons de brigadier aux grenadiers à cheval. Compris dans le nombre des hommes d’élite choisis pour escorter Bonaparte en Égypte, il assista à la bataille des Pyramides, où il entendit de la bouche du général en chef de notre armée d’orient ces sublimes paroles : Soldats ! du haut de ces monuments, quarante siècles vous contemplent ! et il allait quinze ans plus tard, dans Moscou fouler un des premiers les remparts du Kremlin.
Des bords du Nil, revenu en France avec son général, il passa dans les guides à cheval de la garde consulaire, et, franchissant le mont Saint-Bernard, il courut, avec d’intrépides compagnons d’armes, cueillir à Marengo une moisson de lauriers.
C’était le 14 juin 1800 : quatre années après, et quand le héros d’Italie eut été proclamé empereur des Français, le brigadier Bertrand recevait à l’hôtel militaire des invalides une des premières décorations de la légion d’honneur que distribua la main de Napoléon. Le 1er mai 1807, il obtenait le grade de maréchal des logis, pour voir au bout de quatre ans l’épaulette de lieutenant s’allier au signe de l’honneur.
La garde consulaire étant, dès 1804, devenue la garde impériale, Bertrand, qui n’avait point quitté son régiment, y fut nommé porte-aigle ; il fit à ce titre les guerres d’Allemagne, d’Espagne et de Pologne. Promu bientôt lieutenant en premier, avec rang de capitaine, il prit part aux batailles d’Austerlitz, d’Iéna, d’Eylau et de Friedland, ainsi qu’il devait, comme nous l’avons dit tout à l’heure, se trouver à la mémorable victoire de la Moskova, qui ouvrit à la grande armée, les portes de l’ancienne capitale des tzars.
Parmi les beaux faits d’armes du capitaine Bertrand, on cite une charge de cavalerie à cette bataille d’Eylau, qui fut si acharnée, si meurtrière, et jusqu’au dernier moment si douteuse, entre les Russes et les Français, charge où Bertrand, à la tête d’une colonne de grenadiers à cheval de la garde, perça les trois grandes lignes de l’armée russe ; cette action d’éclat le fit mettre à l’ordre du jour de l’armée.
Dans la retraite de Russie, Bertrand, doué d’une vigoureuse constitution et d’une fermeté de bronze, put triompher et des frimas glacés et des privations de tout genre. Il eut le commandement d’un bataillon composé d’officiers sans troupes, et alors plus ou moins ébranlés par la rigueur du froid ou les attaques incessantes des cosaques tirailleurs. On le vit au passage désastreux de la Bérézina traverser deux fois la rivière à la nage, arracher à la mort et rallier au drapeau quelques débris de sa colonne éparpillée. Une gerbe de blé attachée à la selle de son cheval lui procurait au bivouac du soir le grain qu’il broyait sur la pierre et dont il formait une galette, à défaut de pain de munition qui manqua pendant quelques jours. Il tira encore le dernier coup de fusil à Kowno sur les Russes, avec un détachement du corps de l’héroïque maréchal Ney ; puis il atteignit Varsovie et la Saxe. Enfin il ne tarda pas à rejoindre la vieille garde reformée sur l’Oder, et il concourut avec elle au succès des immortelles journées de Lützen, de Bautzen, de Dresde et de Hanau, pour revenir ensemble défendre pied à pied notre territoire envahi par les troupes étrangères. Retenu loin des champs de Waterloo, il s’était encore uni par la pensée au dernier cri de ses frères de gloire : La garde meurt et ne se rend pas !
Le gouvernement de la Restauration ayant mis Bertrand en non activité, celui-ci rentra sous le toit domestique. Livré désormais aux habitudes de la vie calme, après une vie si agitée, il savourait les douceurs du repos, faisant le plus noble usage de son honnête aisance, élevant ses neveux orphelins et leur tenant lieu de père. Aucun de ses jours ne s’écoulait sans que Bertrand ne l’eût marqué par une bonne action ou par quelque service qu’il avait soin de cacher.
Le capitaine Bertrand est mort à Paris, le 1er avril 1847, emportant avec lui, dans un monde meilleur sans doute, les bénédictions et les pleurs de toute sa famille adoptive et d’une veuve à laquelle il n’a pu conserver que des ressources très bornées. Les Vosgiens, présents dans la capitale, ont assisté à ses obsèques et lui ont rendu les derniers devoirs de l’amitié. L’un d’eux, M. Albert Montémont, a prononcé sur sa tombe son éloge funèbre où nous avons puisé la notice qui précède.
1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
BERTRAND (Jean-Nicolas), chevalier de la Légion d’honneur et de Saint-Louis, capitaine de la vieille garde impériale, naquit le 12 novembre 1778, au Ban-de-Sapt, canton de Senones.
Sorti des rangs du peuple, il partit comme simple volontaire, enrôlé en 1793 dans un des 44 bataillons que le département des Vosges envoyait au secours de la patrie menacée.
Peu de soldats ont eu d’aussi beaux états militaires que Bertrand. Il a fait toutes les guerres de l’Empire et est venu mourir à Paris le 1er septembre 1847, emportant avec lui, dans un monde meilleur, les bénédictions et les pleurs de toute sa famille adoptive et de ses nombreux amis.
Tous les membres de la Société vosgienne de Paris, et dont Bertrand faisait partie, assistèrent aux obsèques de leur compatriote, et lui rendirent ,les derniers devoirs de l’amitié.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
BERTRAND (Jean Nicolas), officier de la garde impériale, franc tireur
(Ban-de-Sapt, 12 novembre 1778 - Paris, 1er avril 1847)
Né au hameau de Gemainfaing, de Nicolas Bertrand et de Marie Didier son épouse, Jean Nicolas Bertrand a juste 16 ans lorsqu’il s’engage le 22 frimaire an III dans la 95ème demi brigade d’infanterie, où il retrouve de nombreux Vosgiens, dont deux de ses cousins. Blessé au cours d’un combat à Mannheim, il passe en l’an V dans la cavalerie ; il est dans l’unité des guides qui escorte le général Napoléon Bonaparte lors de la campagne d’Italie et rejoint deux ans plus tard, en 1799, le 1er régiment de carabiniers.
Incorporé dans les grenadiers à cheval de la garde, il est à Marengo en 1800. Brigadier en 1805, il participe dans les vélites aux campagnes en Prusse et en Pologne, 1806 et 1807. Maréchal des logis en 1807, il est en Espagne avec Napoléon 1er, puis à Essling. Le 6 décembre 1811, il est nommé lieutenant porte-aigle des grenadiers à cheval de la garde impériale. L’année suivante, il prend part à la campagne de Russie puis repasse le Rhin en février 1813. Après un séjour à l’hôpital, il repart en campagne en Saxe et combat à Leipzig et à Hanau.
Au cours de la campagne de France en 1814, il est désigné par Napoléon pour tenter de créer dans les montagnes des Vosges, comme les frères Brice et Nicolas Wolff, un corps de partisans destinés à combattre les envahisseurs. Bertrand établit son groupe à Saales, d’où il est délogé par les Bavarois. Il rejoint Nicolas Wolff au camp de Rothau. Sa tête est mise à prix. Il rejoint la garde à Fontainebleau, est mis en demi-solde de capitaine, tente de retrouver un emploi dans la garde royale de Paris.
Durant les Cent-Jours, suspect, il est éloigné à Senones. Avec le retour des Bourbons, il retrouve, en janvier 1816, un emploi de capitaine des dragons de la Garonne, puis de la gendarmerie de Paris. En 1817, il est promu adjudant major. Il prend sa retraite en 1825, année au cours de laquelle il acquiert d’un de ses parents une ferme à Moyenmoutier.
Chevalier de la Légion d’honneur en 1804, il est fait chevalier de Saint-Louis en 1819. Il épouse (peut-être en 1810) Marie Anne Colin, marchande de modes à Paris, qui meurt jeune. En 1818, il se remarie avec Joséphine Messier, de Badonviller, âgée de 34 ans, nièce du célèbre astronome Charles Messier. Ils s’installent à Paris et ont une fille, Joséphine, morte en 1832.
Bibl. : Blachon (R.).- Un partisan méconnu Jean Nicolas Bertrand, in L’Essor, N° 128, sept. 1985, p. 6-12.
[Albert Ronsin].