1980 —
L’Est républicain
Une grande figure romarimontaine disparaît : Jacques-Joseph Bammert
Jacques-Joseph Bammert n’est plus. Le Vieux Philosophe a jeté l’éponge dans le combat qu’il menait depuis des mois avec la maladie.L’écrivain-journaliste-historien a lâché pour toujours sa plume qu’il avait conduite à travers une vingtaine de livres et d’innombrables articles et chroniques. Nos lecteurs n’ont certainement pas oublié la patte de celui qui depuis une dizaine d’années collaborait à notre journal.
Issu d’une famille alsacienne qui avait opté pour la France en 1870-71, J.-J. Bammert naquit à Remiremont le 26 octobre 1905. Après son service militaire, il ouvrit l’Auberge des Genêts qui devint vite une maison réputée, la cuisine de Mme Bammert aidant. Il reprit l’uniforme en 1939 pour une drôle de guerre où il connut la captivité. C’est pendant cette captivité qu’il noua une longue histoire d’amour avec les lettres. Autodidacte, il travailla la langue française avec un compagnon prisonnier professeur de faculté.
Sa plume le démangeait et il la laissa courir alertement avec des personnages hauts en couleurs comme Le Jurin Emile, le Nonon Batisse, le Vieux Philosophe. Il devint journaliste après la guerre et, féru d’histoire locale, dévora des livres et des livres de bibliothèques. Son oeuvre bientôt s’élabora : Les Contes de la Rochotte, Les Monologues du Nonon Batisse, L’Epopée de Jurin Emile, La Grange de Hazard, Les Kyriolés, La Dernière tournée, Symphonies en gris, furent suivis d’ouvrages historiques sur Remiremont et sa région. Puis il y eut en 1968 La Walkyrie, qui valut à J.-J. Bammert le Prix Erckmann-Chatrian. Passionné par l’histoire de sa ville, l’hôte de la Grange des Gènes écrivit ensuite la remarquable Histoire du chapitre des Nobles Dames de Remiremont, récompensée par le Prix de l’Union des conseillers généraux de Lorraine.
Un animateur hors pair
La dernière oeuvre de J.-J. Bammert, Contes et légendes de la montagne vosgienne, une savoureuse brassée de contes et de légendes racontés dans un style vif argent parfumé au terroir connut un grand succès et l’auteur avait dû faire récemment un nouveau tirage du livre.
S’il donnait volontiers, ces dernières années, l’image d’un ermite un brin bourru, retiré sur sa montagne, J.-J. Bammert fut cependant un animateur hors pair. Il fut le père de l’inoubliable carnaval d’été (et de ses Queue-leu-leu) qui mettait dans la cité des chanoinesses une ambiance que l’on n’a plus jamais connue ; il lança la foire d’automne et le concours de bûcherons. En 1952, il organisa l’étonnante exposition de la France d’Outre-Mer qui vit le Champ-de-Mars transformé en quartier exotique, une manifestation colorée que vint inaugurer le président Vincent Auriol.
J.-J. Bammert était tout naturellement devenu le guide officiel et éclairé de la cité des chanoinesses, fonction qu’il assuma jusqu’à ce que la maladie le lui interdise.
Le Vieux Philosophe a tourné sa dernière page. Mais le livre de sa vie est bien rempli.
[
L’Est républicain , 13 février 1980 ]
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
BAMMERT (Jacques-Joseph), écrivain régionaliste, historien et journaliste
(Remiremont, 28 octobre 1905 - Remiremont, 12 février 1980)
Fils de Joseph-Jules Bammert et de Augustine Naegelen, c’est durant sa captivité lors de la 2e Guerre mondiale que cet autodidacte noua une longue histoire d’amour avec les lettres sous l’influence d’un compagnon prisonnier, professeur de faculté. Romancier, il publie, sous le pseudonyme de J. Desgênes qu’il conservera jusqu’en 1955, une première oeuvre intitulée La Grange du Hazard, roman sur les moeurs montagnardes vosgiennes. Suivent L’Épopée de Juvin Émile, pionnier de 2ème classe qui sont ses souvenirs personnels sur la "drôle de guerre" en 39-40, et La Walkyrie, roman qui lui vaudra l’attribution du prix Erckmann-Chatrian en 1968.
Passionné d’histoire locale, J.-J. Bammert rédige plusieurs notices et guides touristiques sur sa ville natale et ses monuments et donne en 1971 une monumentale Histoire du chapitre des Nobles Dames de Remiremont récompensée par le prix de l’Union des Conseils généraux de Lorraine.
J.-J. Bammert est également, dans la cité des chanoinesses, un organisateur hors pair. Il y crée le Carnaval d’été, un groupe folklorique, le Concours du meilleur bûcheron de France et lance la foire d’automne. Mais ce sont ses talents de conteur patoisant qui méritent le plus d’attention. Rassemblés en plusieurs volumes, ses Monologues du Nonon Batisse, ses Contes de Lourres et autres récits en dialecte vosgien sont une contribution non négligeable à la connaissance des traditions locales.
Bibl. : Heili (Pierre), A la mémoire de J.-J. Bammert, in Le Pays de Remiremont, n° 3/1980, p. 91-92 (cet article donne la bibliographie complète de l’écrivain).
[Pierre Heili].