[ Senones (88), 22/12/1901 – Peyrat-le-Château (87), 22/08/1969 ]
/ pseudonymes : Jean MARIGNY, Denis PEYRAT, Jacques HEURTEVILLE, Valentine BERGUES
Un qui peut se vanter d’avoir joué un tour pendable à certains criticaillons qui n’hésitent pas à apposer leur signature à des "prière d’insérer" qu’ils reproduisent tout uniment, c’est Bellenand, l’éditeur de Fantômes sur papier blanc de Pierre Humbourg. En effet, sur cette feuille volante qui accompagne les services de presse et où l’auteur expose brièvement ses intentions, on pouvait lire simplement : "Prière d’insérer ce que vous penserez de Fantômes sur papier blanc... Merci d’avance".
Pour ceux qui se souviennent des chroniques spirituelles que Pierre Humbourg a données à divers journaux, même cette dernière précaution était inutile. Car l’on sait que cet écrivain charmant est aussi un homme sincère, et les souvenirs de près d’un demi-siècle qu’il couche sur du papier blanc témoignent d’un rare souci d’indépendance : Humbourg n’a ni Légion d’honneur, ni fauteuil académique, il entend demeurer lui-même, tout bonnement, - un clochard de l’aventure, qui vient pousser sa chanson tendre et ironique tour à tour, une chanson qui a pour titre Souvenirs, et qu’il chante juste.
L’écrivain est quelque peu alsacien sur les bords, puisqu’il est né à Senones, dans les Vosges, que son arrière-grand-père fut Charles-Louis Spindler qui accabla ses contemporains de peintures bien léchées, de sous-bois romantiques et de portraits, cependant que son grand-père pratiqua assez distraitement la médecine à Strasbourg, qu’il quitta en 1871.
C’est à Marseille, comme correcteur dans un journal, que Humbourg fit ses débuts, avec une équipe de camarades qui montèrent à Paris et vers la célébrité. Aussi bien trouve-t-on dans Fantômes sur papier blanc toute une galerie de portraits : Pagnol, Giraudoux, Jouvet, Duvernois, Cocteau, Anna de Noailles, Maurras, Montherlant, qui sais-je encore.
Les anecdotes alternent avec les portraits. Il y a l’histoire de Léo Larguier qui explique que la France manque de chefs, ce qui provoque tout un débat politique, jusqu’au moment où le poète, très surpris de la tournure que prend la conversation, précise qu’il s’agit de chefs sachant préparer une anguille meunière. Il y a le propos aussi du vieux Sylvain ; sifflé un soir, le vieux tragédien s’indigne : Les s..., ils ont sifflé Molière, alors que seule son interprétation était en cause. Il y a le très joli portrait de famille des Gallimard, la tentative de définition de l’esprit NRF : Il y faudrait la subtilité de Proust démêlant ce qui faisait le climat du côté de Guermantes. C’était, avec pas mal d’intelligence, une légère méfiance et beaucoup d’ennui. Il y a...
Mais on ne raconte pas des souvenirs aussi gentiment rassemblés, avec une pudeur qui cependant ne masque jamais la sincérité. On sourit souvent, on est ému parfois, on est charmé toujours.
Jean Guinand, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 23 mars 1952.