Pierre HUMBOURG

[ Senones (88), 22/12/1901 – Peyrat-le-Château (87), 22/08/1969 ]

/ pseudonymes : Jean MARIGNY, Denis PEYRAT, Jacques HEURTEVILLE, Valentine BERGUES

Auteur vosgien

1901
Naissance le 22 décembre à Senones (Vosges). Il est le fils de Paul Humbourg, officier, et de Mme, née Lucie Weiss.
1914
Le 7 septembre, son père meurt sur le front meusien.

Il fait ses études au Prytanée militaire de La Flèche, et obtient son diplôme de bachelier.
1922
Il se marie avec Adèle Peysson (deux filles naissent de cette union, Mireille et Régine), et il débute une carrière de journaliste au Petit Provençal.
1924
Il fonde à Marseille (10, quai du Canal) les Cahiers du Sud et y publie des poèmes et une étude sur Giraudoux. Il est engagé comme reporter au Matin où il travaille jusqu’en 1937.

Notamment pour échapper à diverses pressions lors de sa collaboration au Provençal, il écrit beaucoup de chroniques et même quelques romans sous divers pseudonymes : Jean Marigny, Denis Peyrat, Jacques Heurteville, Valentine Bergues, etc.
1930
Il est le meneur de la trentaine de journalistes désœuvrés attendant au Cercle Interallié la remise du prix Femina le 3 décembre et qui ont l’idée de créer le Prix Interallié. Devenu l’un des quatre grands prix littéraires français, ce dernier est décerné chaque année à un roman ayant pour auteur un journaliste français. Le jury est composé de 10 journalistes masculins qui remettent leur prix en novembre, juste après le Goncourt.
1933
Il collabore à la revue Fantasio, aux côtés de Francis Miomandre, J.-J. Brousson, René Pujol, Robert Dieudonné, etc.
1937-1940
Il tente quelques essais au cinéma, propose des scénarios, écrit des dialogues.
1944
Le 4 septembre, lors de la première séance publique du Comité National des Écrivains, une commission d’épuration décide de l’établissement d’une liste noire publiée dans Les Lettres françaises. Une seconde liste, puis une troisième, seront publiées les 16 septembre et 21 octobre 1944 : cette dernière comprend entre autres les noms de Pierre Humbourg, Pierre Benoît et Maurice Chapelan.
1946
Il débute une nouvelle carrière de chroniqueur et de critique littéraire.
1948
Il obtient le Prix Cazes.
1955
Mariage en secondes noces le 10 novembre avec Denise Legrésy.
1963
Prix Rencontre pour Escale.

Le Who’s Who des années 60 indique qu’il aime à jouer au golf... Jamais Pierre Humbourg n’a frappé une balle de golf : cette légende vient du texte malicieux qu’il a lui-même fourni à cet éditeur...

Denise Humbourg (2007) : Son green : les rivières à truites ; le bambou refendu, son club. Il a d’ailleurs préfacé un livre sur la pêche, écrit sur celle-ci des chroniques dans Paris-Presse, France-Soir, Nice-Matin, etc. Ajoutez à la pêche au lancer l’aquarelle, le pastel, la photographie et un tendre attachement pour les chats, enfin l’attirance pour le billard à quatre bandes, et la belote à l’occasion

Il est membre du jury du Prix Alphonse-Allais.
1969
Décès le 22 août, à Peyrat-le-Château (Haute-Vienne).

Fantômes sur papier blanc

Un qui peut se vanter d’avoir joué un tour pendable à certains criticaillons qui n’hésitent pas à apposer leur signature à des "prière d’insérer" qu’ils reproduisent tout uniment, c’est Bellenand, l’éditeur de Fantômes sur papier blanc de Pierre Humbourg. En effet, sur cette feuille volante qui accompagne les services de presse et où l’auteur expose brièvement ses intentions, on pouvait lire simplement : "Prière d’insérer ce que vous penserez de Fantômes sur papier blanc... Merci d’avance".

Pour ceux qui se souviennent des chroniques spirituelles que Pierre Humbourg a données à divers journaux, même cette dernière précaution était inutile. Car l’on sait que cet écrivain charmant est aussi un homme sincère, et les souvenirs de près d’un demi-siècle qu’il couche sur du papier blanc témoignent d’un rare souci d’indépendance : Humbourg n’a ni Légion d’honneur, ni fauteuil académique, il entend demeurer lui-même, tout bonnement, - un clochard de l’aventure, qui vient pousser sa chanson tendre et ironique tour à tour, une chanson qui a pour titre Souvenirs, et qu’il chante juste.

L’écrivain est quelque peu alsacien sur les bords, puisqu’il est né à Senones, dans les Vosges, que son arrière-grand-père fut Charles-Louis Spindler qui accabla ses contemporains de peintures bien léchées, de sous-bois romantiques et de portraits, cependant que son grand-père pratiqua assez distraitement la médecine à Strasbourg, qu’il quitta en 1871.

C’est à Marseille, comme correcteur dans un journal, que Humbourg fit ses débuts, avec une équipe de camarades qui montèrent à Paris et vers la célébrité. Aussi bien trouve-t-on dans Fantômes sur papier blanc toute une galerie de portraits : Pagnol, Giraudoux, Jouvet, Duvernois, Cocteau, Anna de Noailles, Maurras, Montherlant, qui sais-je encore.

Les anecdotes alternent avec les portraits. Il y a l’histoire de Léo Larguier qui explique que la France manque de chefs, ce qui provoque tout un débat politique, jusqu’au moment où le poète, très surpris de la tournure que prend la conversation, précise qu’il s’agit de chefs sachant préparer une anguille meunière. Il y a le propos aussi du vieux Sylvain ; sifflé un soir, le vieux tragédien s’indigne : Les s..., ils ont sifflé Molière, alors que seule son interprétation était en cause. Il y a le très joli portrait de famille des Gallimard, la tentative de définition de l’esprit NRF : Il y faudrait la subtilité de Proust démêlant ce qui faisait le climat du côté de Guermantes. C’était, avec pas mal d’intelligence, une légère méfiance et beaucoup d’ennui. Il y a...

Mais on ne raconte pas des souvenirs aussi gentiment rassemblés, avec une pudeur qui cependant ne masque jamais la sincérité. On sourit souvent, on est ému parfois, on est charmé toujours.

Jean Guinand, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 23 mars 1952.




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