2010 —
Vosges Matin
Carnet
Claude Aubert nous a quittés
Une grande figure de l’agglomération spinalienne vient de disparaître avec le décès, survenu à l’âge de 85 ans, de Claude Aubert.
Claude Aubert est né le 27 mai 1925 à Gerbépal. Passionné par l’horticulture il a effectué sa formation en région parisienne.
En décembre 1950, il épousait Marie-Thérèse Cuny. Le couple s’installa d’abord à Bezons puis à Yerres. En 1965, c’est le retour dans les Vosges pour reprendre le magasin Floralux, rue des États-Unis. La famille s’agrandit avec la naissance de François et de Pierre qui leur donnèrent 3 petits-enfants.
Actif et dynamique, il ne se contenta pas de son activité au magasin. Nommé vice-président de l’union des commerçants d’Épinal, il présida l’association des commerçants du quartier de la gare, qu’il dynamisa par de nombreuses manifestations commerciales.
Il fut président du syndicat des fleuristes pendant près de 30 ans. Interfleuriste de la première heure, il fut président du club Interflora Vosges, représentant ses confrères au bureau national. Passionné, il forma de nombreux jeunes à son métier en créant, avec une poignée de fleuristes des Vosges, la première école du département. Il s’impliqua également au jury départemental des balcons fleuris et au comité de fleurissement de Chantraine et environs. Il faisait également partie de l’association des anciens combattants.
La grande épreuve de sa vie a été la déportation. Pendant des années, il resta muet, ne voulant pas évoquer ces moments terribles. A la naissance de son premier petit-fils, il commença à dénouer les fils de son passé. Il témoigna ensuite à plusieurs reprises auprès des écoliers. Il emmena des élèves visiter le Struthof, et participa au concours scolaire sur la déportation.
Tout a commencé le 2 novembre 1944, il avait alors 17 ans. Le maquis de Corcieux, dont il fait partie, a été dénoncé. Il est arrêté avec ses compagnons. Partis à 18 de Gerbépal... Quatre seulement rentrèrent.
Claude Aubert a été déporté successivement à Schirmeck, Dachau, Auschwitz et Buchenwald. Il gardait un souvenir hallucinant de ces transferts qu’il a évoqué avec réticence. Entassé avec 110 camarades de martyr, il réussit à se hisser sur un frein d’où, à l’aide d’une gamelle attachée à une corde de vêtements, il ramassa de la neige. Ce qui lui a évité de mourir de soif.
A son arrivée à Auschwitz, le numéro 200224 tatoué sur son bras signifiait qu’il pouvait travailler. Les autres détenus étaient directement dirigés vers les fours crématoires.
Le 27 janvier 1945, les Soviétiques ont libéré Auschwitz, mais n’y trouvèrent que quelques milliers de survivants que les nazis avaient abandonnés car ils ne pouvaient pas marcher. Claude Aubert était parti à pied avec les hommes valides pour rejoindre une gare à 80 km où un train les attendait pour Buchenwald.
Sa chance est d’avoir été transporté à l’infirmerie de Buchenwald avec un pied gelé. Transformé en cobaye, on lui mit sur le pied une pommade blanche et une noire sur celui de son voisin, à qui on a dû, plus tard, couper la jambe. Ensuite on lui a inoculé la tuberculose, ce qui lui a permis d’être nourri et d’échapper au four crématoire et aux cinq pendaisons quotidiennes.
Le 11 avril 1945 les Américains arrivèrent. Rapatrié à Paris le jour de ses 20 ans, il ne pesait plus que 32 kg. Victime d’une pleurésie, il a été hospitalisé dans un état désespéré à l’hôpital Saint-Maurice où il reçut... l’extrême onction. Mais son courage et sa rage de vivre ont eu le dessus.
Ses obsèques auront lieu aujourd’hui samedi 27 novembre à 14 h en l’Église Saint Pierre Fourier de Chantraine.
[Vosges Matin, 27 novembre 2010]