GOËRI

[ ?? , 570 – , 18/09/ 647 ]

évêque de Metz

Évêque de Metz de 629 à 647, né entre 565 et 575, aussi nommé Goeric, Goëric, Goéry, Gœury.

Biographie vosgienne

1967 — La Liberté de l’Est

Silhouettes d’autrefois

Père de famille, ancien militaire, vocation tardive, il ne vint à Épinal que longtemps après sa mort ; il y a sa rue, il y a sa place, son école et c’est un bienfaiteur de notre cité. Qui est-ce ? Mais laissons le parler.

Enfant d’Aquitaine

Je suis né il y a bien longtemps, et il est tout naturel que ma mémoire soit un peu défaillante. Certes ma biographie fut écrite quatre siècles après ma mort, mais ce récit n’a pas trouvé trace devant Monseigneur Duchesne, non plus que devant le chanoine Lévêque ou le chanoine Laurent. Ma vie de renoncement me porte au reste à négliger ses vétilles.

J’ai vu le jour en Aquitaine, dans la seconde moitié du VIe siècle. Ma famille occupait de hautes fonctions. J’étais parent de saint Arnoul. Je fis une honorable carrière dans l’armée et exerçais les fonctions de vice-roi d’Aquitaine. Mon épouse me donna deux filles : Précie et Victorine, qui furent également jugées dignes de l’auréole.

Évêque de Metz

Atteint d’une cécité partielle, je me rendis à Metz et fus guéri par l’intercession de saint Étienne. J’ai érigé en ex-voto une église qui subsista jusqu’au XVIIIe siècle. Saint Arnoul, mon parent, très influent à la cour d’Austrasie, me fit confier un poste dans le gouvernement de ce royaume. Il me céda sa crosse d’évêque de Metz quand il se retira dans la solitude.

Consacré évêque de Metz en 629, je fus doux aux humbles et aux malheureux et j’ai érigé de nombreuses églises. J’aimais à me rendre au Saint-Mont auprès de Saint Arnoul.

Sentant venir la mort, je me fis étendre sur un lit de cendres, où je mourus, le 19 septembre 643, à Metz, bien entendu. Je fus inhumé au monastère Saint-Symphorien, dans la chapelle des Saints-Innocents.

Les origines d’Épinal

Après ma mort, on a commencé à raconter des histoires et à m’imputer la fondation de la ville d’Épinal. C’est Ruyr, un historien du temps jadis, qui écrit que "suivant la piste du bienheureux Saint Arnoul et me dépêtrant en des affaires de la cour", je vins me livrer à la solitude au bord de la Moselle en un lieu où fut construite la ville d’Épinal.

Cela fut longtemps considéré comme parole d’évangile, malgré l’opinion de Monseigneur Duchesne, historien de l’Eglise primitive, jusqu’à ce que le premier coup porté à cette légende le fut par le savant chanoine Lévêque, dans une conférence qu’il fit au Gymnase d’Épinal le 11 juin 1933.

Je dois dire qu’un de mes pieux admirateurs, l’abbé Maugenre, curé d’Aydoilles, écrivit alors une fracassante brochure intitulée : Fondation du monastère des Épines et de la ville primitive de Spinal par le Roi Pontife évêque de Metz, comte du Chaumontois, et par son coadjuteur Saint Auger (Saint-Dié, 1934). Cette défense inespérée ne convainquit nullement le bon chanoine Lévêque qui resta sur ses positions et envoya confidentiellement une réfutation manuscrite de huit pages à son collègue.

Et mon cœur n’en reste pas moins pétri d’une douce indulgence pour ce pieux défenseur d’une cause désespérée, que fut l’abbé Maugenre. Mais la preuve de son erreur n’en est-elle pas que le bon Monsieur Laurent, lui aussi chanoine, partage la la vie du chanoine Lévêque dans l’étude si nuancée qu’il me consacra dans la Vie diocésaine du 15 septembre 1960 ?

Non certes, je n’ai pas fondé Épinal, mais j’y suis venu, plus tard, sinon en chair, du moins en os (mon chef excepté) lorsque qu’un de mes successeurs à l’évêché de Metz, dont je ne doute pas qu’on fasse aussi la silhouette, amena mes reliques au monastère des Bénédictines. Mes deux filles sont aussi auprès de moi.

L’attachement des Spinaliens

Grâce à moi, Épinal devint alors un centre de pèlerinage, et comme le mal des ardents ravageait le monde occidental, le bien que je fis aux malades amena des quantités de pèlerins, ce qui entraîna le développement de la cité.

Les Spinaliens me furent attachés et fidèles jusque dans les mauvais jours : en 1791, quand on confisqua l’orfèvrerie des églises, la ville réclama mes reliques et les mit dans une châsse de bois doré faite par un pieux compagnon menuisier appelé F. Beurton. Les habitants d’Épinal me devaient bien cela, car en l’an 1462, comme Thibault de Neufchâtel assiégeait leur bonne ville, un boulet traversa les verrières de l’église ; ma main secourable l’arrêta au passage et je le laissais tomber, devenu inoffensif, au pied du maître-autel. Un vitrail de la Basilique (refait en 1849) rappelait ce miracle. Dois-je dire que lors du bombardement américain du 11 mai 1944, un éclat de bombe vint m’emporter la tête, mais, "stoïque, je ne lâchai pas mon boulet", ainsi que l’atteste le chanoine Laurent.

Patronages divers

Il convient que je vous rappelle aussi que les bouchers d’Épinal avaient de temps immémorial l’insigne honneur de porter ma châsse à la procession du 19 septembre. Je les guidai du haut du ciel lorsque vers 1442, les bouchers d’Épinal, de garde à la porte du Boudiou avec leurs molosses, surprirent les routiers qui pillaient l’église collégiale et en firent de la chair à pâté.

J’ai aussi donné mon nom à des bourgs vosgiens, Girmont et Girecourt, ainsi que l’affirment les étymologistes, bien qu’il n’y paraisse guère à première vue.

Je patronnais le Chapitre de nobles dames chanoinesses si chères aux savants érudits de la Société d’émulation.

C’est également le jour de ma fête que les violons de la cour du duc de Lorraine célébraient au XVIe siècle leurs fêtes corporatives.

S’il faut en croire un dicton du pays messin, la pluie le jour de ma fête annonce cherté de vie. C’est à croire qu’il n’a cessé de pleuvoir ce jour-là depuis bien des années.

QUI EST-CE ?
Nous pensons que cette fois tous les Spinaliens ont trouvé. C’est seulement à l’usage des étrangers à notre ville que nous les invitons à trouver la réponse dans notre page des petites annonces classées.

Jean Bossu


Silhouettes d’autrefois

Il s’agissait de saint Goery qui a donné son nom à une rue et une place d’Épinal. Girmont dérive de Goerici-mons.


[ La Liberté de l’Est , 20 janvier 1967 ]

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